
Ce n’était pas une réunion agricole comme les autres. Mardi 25 août, à Bretenière, le Conseil de l’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté (CAF) a réuni les principaux acteurs de la profession après un été marqué par une canicule et une sécheresse exceptionnelles. « C’est plus fort que ce qu’on a pu connaître jusqu’à maintenant, une sécheresse inconnue au bataillon », résume Stéphane Sauce, président du CAF et de la FRSEA Bourgogne-Franche-Comté.
Élevage, grandes cultures, viticulture : difficile de trouver un secteur épargné. « Il n’y a pas une exploitation qui, sur un sujet ou sur un autre, ne sera pas impactée », estime Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d’agriculture. La profondeur des sols ou la localisation peuvent atténuer les conséquences, mais pas les effacer. Et les quelques pluies revenues en août restent insuffisantes pour véritablement « relancer la machine ».
Plus inquiétant encore, les conséquences débordent déjà sur 2027. Certains colzas semés en espérant les orages ont germé avant de sécher dans le sol. Des parcelles pourraient devoir être ressemées. « On commence déjà à cumuler les pertes pour 2027 », prévient Vincent Lavier. Les achats d’engrais nécessaires à la prochaine campagne viendront encore alourdir les charges.
« Redonner un souffle aux agriculteurs »
Face à cette situation, un mot domine : trésorerie. Achats de fourrage imprévus, surcoûts de plantation, récoltes réduites… « Une des priorités qu’on doit avoir en tête, c’est de redonner un souffle aux agriculteurs », insiste Stéphane Sauce. La principale piste défendue est celle d’une année blanche : reporter les annuités de l’année en fin de tableau d’amortissement, avec une prise en charge des frais financiers pour limiter le reste à charge des exploitants.
La Région soutient cette demande. Christian Morel, vice-président du Conseil régional chargé de l’agriculture, a indiqué qu’un courrier a été adressé le 25 août à la ministre de l’Agriculture. Une avance de trésorerie avec prise en charge des intérêts par le Conseil régional est également envisagée. Les Jeunes Agriculteurs réclament aussi une attention particulière pour les nouveaux installés afin qu’une campagne difficile ne fragilise pas immédiatement leur projet.
Les professionnels demandent aussi le déclenchement du cas de force majeure pour alléger certaines contraintes réglementaires, ainsi qu’un gel de la hausse des fermages, annoncée à 3,2 %. Plus largement, ils souhaitent que l’administration s’adapte aux aléas. « On demande aux agriculteurs de s’adapter tout le temps », relève Stéphane Sauce, qui regrette que documents et échéances restent identiques malgré les bouleversements climatiques.
Derrière les récoltes, l’inquiétude humaine
Mais la réunion a également fait émerger un sujet moins comptable : la santé mentale des agriculteurs. Difficultés économiques, aléas climatiques et pression administrative s’accumulent. « Il y a vraiment un ras-le-bol », prévient Christian Morel. Dans les Chambres d’agriculture, des cellules de suivi existent déjà, parfois en lien avec la MSA et des psychologues.
« On a une perspective d’avenir qui devient de plus en plus sombre », poursuit Stéphane Sauce. Une inquiétude qui rejoint celle du renouvellement des générations. « C’est pour ça qu’on se bat aujourd’hui : pour que dans 10 ans, dans 15 ans, dans 30 ans, il y ait encore des agriculteurs sur l’ensemble de notre territoire », souligne Vincent Lavier.
Un nouveau CAF est envisagé le 25 septembre pour dépasser les mesures d’urgence et travailler sur des réponses structurelles. Car après cet été, le constat de Vincent Lavier est sans détour : « Je n’ai jamais connu ça dans ma carrière. On sent bien quand même qu’on est à un point de bascule. »


























