À Arinthod, l’atelier “Émaux Emoi” reflète une approche artisanale où le bijou devient un terrain d’exploration. Christie Eyraud y travaille principalement l’émail grand feu sur cuivre, une technique exigeante qui repose sur la transformation de la matière par la chaleur.
Chaque pièce est réalisée à la main. Pigments, métal et cuisson à haute température se combinent pour produire des effets de couleur et de texture souvent imprévisibles. « Ce qui m’intéresse, c’est la couleur, la texture, la lumière », explique-t-elle. Des éléments déjà présents dans ses autres pratiques artistiques.
Son travail s’inscrit dans une recherche formelle, mais aussi dans une volonté de donner une seconde vie aux matériaux. Le cuivre utilisé est majoritairement recyclé, issu de tuyaux ou de chutes de chéneaux.
Une pratique artisanale ancrée dans la matière
Dans cet atelier, la fabrication repose sur un équilibre entre technique et exploration. Deux types de pièces coexistent : certaines, plus accessibles, dont les découpes sont réalisées au laser, et d’autres entièrement façonnées à la main, de la découpe à l’assemblage, avec des apprêts en argent recyclé ou en or laminé.
L’émail s’est imposé progressivement dans son parcours. « Il y a 18 mois, on m’a donné un four et du matériel ancien. J’ai commencé seule, en explorant », raconte-t-elle. Une approche autodidacte qui caractérise l’ensemble de son travail.
Cette manière de faire, basée sur l’essai et l’observation, laisse une place importante à l’aléatoire. Le passage au four modifie les teintes, fait apparaître des variations, rendant chaque pièce unique.
Sa démarche intègre également une réflexion environnementale. « J’essaie de limiter mon impact environnemental. J’utilise du cuivre recyclé, je travaille sans machines électriques, hormis le four. Tout est fait à la main », précise-t-elle.

Du fil à l’émail, un parcours guidé par la matière
Avant de se consacrer à l’émail, Christie Eyraud a longuement travaillé les fibres textiles. Mohair, alpaga, soie ou mérinos : elle file elle-même ses matières avant de les transformer. Une activité qu’elle a pratiquée pendant plus de dix ans.
« Je n’étais pas satisfaite des laines du commerce parce que le “poil de pétrole” ce n’est pas le plus intéressant », explique-t-elle. Ce constat la pousse à acquérir un rouet en Nouvelle-Zélande et à apprendre seule le filage. « Pendant plus de dix ans, j’ai énormément filé. C’est une activité très chronophage. »
Aujourd’hui, son travail dépasse largement le cadre du bijou. Peinture, encre de Chine et photographie prolongent ses recherches autour du geste, du trait et de la lumière. Elle évoque des formes proches de “paysages mentaux”, où abstraction et évocation se mêlent.
Pour la suite, elle envisage d’élargir encore son champ de création. « Sortir un peu du bijou pour aller vers des tableaux émaillés », confie-t-elle. Elle souhaite aussi participer à la mise en valeur de la vie culturelle locale : « Il y a déjà beaucoup de créateurs ici, c’est une vraie richesse. »


























