Mag39. Arinthod : À l’écomusée, Guy Dupuis fait parler les objets d’autrefois

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Écomusée outils autrefois Arinthod
Une multitude d’objets à découvrir à l'Écomusée

Dans les salles de l’écomusée des outils d’autrefois d’Arinthod, les objets semblent silencieux. Pourtant, lorsqu’on s’y attarde, chacun raconte une histoire. Une histoire de gestes, de métiers, de vies simples mais ingénieuses. Et lorsque Guy Dupuis, l’un des piliers de ce lieu, prend la parole, ces objets reprennent presque vie.

Concept Paysage Du Revermont Lons-le-Saunier

Installé au cœur de la Petite Montagne jurassienne, l’écomusée est né d’une initiative associative portée par des passionnés de patrimoine local. Depuis treize ans, il rassemble, conserve et transmet les traces de la vie quotidienne d’autrefois. En 2024, une nouvelle étape a été franchie lorsque le musée est devenu communal, reconnaissance officielle d’un travail de mémoire patiemment construit.

Aujourd’hui, près de 4 000 objets y sont exposés. La collection continue de s’enrichir grâce aux dons des habitants et des collectionneurs, au point que certains objets doivent désormais être refusés faute de place.

Le succès du lieu ne se dément pas : plus de 1 300 visiteurs ont franchi les portes du musée en 2025. En 2024, l’écomusée a reçu un trophée pour la préservation du patrimoine, décerné par la Fédération française des médaillés de la jeunesse, des sports et de l’engagement associatif.

Guy Dupuis aime rappeler une phrase du poète Lamartine : « Les objets inanimés ont-ils une âme ? » Pour lui, la réponse est évidente. Derrière chaque objet exposé se cache un homme, une femme, un métier, une vie. Et c’est précisément cette mémoire qu’il s’efforce de transmettre aux visiteurs.

Le temps où la cuisinière faisait tout

Dans les maisons trônaient une cuisinière à bois, lourde et robuste. On peut encore en apercevoir dans certaines maisons anciennes. Pourtant, elle raconte bien plus que l’histoire d’un simple appareil domestique.

Autrefois, on parlait davantage du foyer que du ménage. La cuisine constituait le cœur de la maison. La cuisinière à bois y occupait une place centrale. Elle chauffait la pièce principale et diffusait sa chaleur dans les pièces du bas.

Mais elle ne servait pas seulement à chauffer. On y préparait les repas, on y faisait cuire les gaufres ou griller les châtaignes. On y torréfiait le café et l’on y faisait bouillir l’eau pour la toilette. Les briques réfractaires placées dans le four accumulaient la chaleur. Le soir venu, on les glissait dans les lits pour les réchauffer pendant les nuits d’hiver.

Autour de cette source de chaleur se déroulait aussi la vie sociale. Les soirées s’organisaient autour du foyer. On discutait, on racontait la journée, on recevait parfois les voisins. La télévision n’existait pas encore.

Écomusée outils autrefois Arinthod
Les éléments incontournables de la cuisinière.

Une société où rien ne se perdait

La vie quotidienne dans les campagnes reposait sur un principe simple : rien ne devait être gaspillé.

La cendre de bois, par exemple, avait de multiples usages. Elle servait à fabriquer la lessive, à faire briller les cuivres, à éloigner les limaces du jardin ou encore à enrichir la terre. Les habitants pratiquaient également ce que l’on appelait le « grumaillage », une activité consistant à casser noisettes et noix afin d’en extraire l’huile.

Le maïs était quant à lui épanouillé, puis suspendu en grappes pour sécher. Une fois sec, il était égrené et conservé pour l’alimentation des hommes et des animaux. Ces pratiques témoignent d’un mode de vie où l’ingéniosité compensait l’absence de machines modernes. « L’obsolescence n’existait pas », rappelle souvent Guy Dupuis. Les circuits courts, eux, étaient déjà une réalité.

Quand les arracheurs de dents faisaient spectacle

Certaines vitrines du musée surprennent davantage encore les visiteurs. Parmi elles, celle consacrée aux anciens instruments de dentisterie.

Avant que la médecine dentaire ne devienne une véritable spécialité, les dents étaient souvent arrachées par des forains ambulants. Ils intervenaient sur les places de marché ou lors des foires, parfois devant un public curieux. L’un des instruments exposés au musée est la célèbre clé de Garengeot, un outil métallique destiné à extraire les molaires. L’opération se faisait bien entendu sans anesthésie.

Écomusée outils autrefois Arinthod
Clé de Garengeot à gauche et masticateur à droite.

Les objets des poilus

Le musée évoque aussi une période plus sombre de l’histoire : celle de la Première Guerre mondiale. On y trouve les objets et uniforme du Lieutenant Pellier, de Chisséria qui a été mobilisé et qui avait déjà reçu la légion d’honneur en 1898.

Parmi les objets présentés figurent les modestes objets du quotidien des soldats. On y découvre par exemple la cousette du poilu, un petit nécessaire contenant aiguille et fil pour réparer vêtements et chaussures.

On peut également voir des bracelets d’identification, portant le nom et le matricule du soldat, ainsi que des scies pliantes utilisées pour couper le bois dans les tranchées. La pipe du poilu occupe elle aussi une place particulière. L’expression « casser sa pipe » trouverait son origine dans ces pipes en terre cuite qui se brisaient souvent lorsque les soldats tombaient au combat.

Le musée présente également des prothèses de mains fabriquées par les frères Lumière, les célèbres inventeurs du cinéma. Produites à plusieurs milliers d’exemplaires, ces prothèses étaient offertes aux chirurgiens militaires pour aider les soldats amputés. Leur extrémité pouvait recevoir différents outils interchangeables.

Écomusée outils autrefois Arinthod
Les objets du poilu.
Écomusée outils autrefois Arinthod
L’ uniforme du Lieutenant Pellier, de Chisséria.
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Des prothèses de mains fabriquées par les frères Lumière.

Les vêtements d’autrefois

L’écomusée s’intéresse aussi aux vêtements traditionnels qui accompagnaient la vie quotidienne.

Chez les hommes, la ceinture de flanelle servait à soutenir et protéger les reins du froid. Les sabots étaient omniprésents, avec une paire pour la semaine et une autre réservée au dimanche. Le béret, d’origine basque, était quant à lui porté dans toute la France et est devenu l’un des symboles de l’identité française. Les femmes portaient quant à elles les coiffes franc-comtoises, ainsi que des jupons ou cotillons.

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La ceinture de flanelle servait à soutenir et protéger les reins du froid.

Transmettre la mémoire

À Arinthod, l’écomusée n’est pas seulement un lieu d’exposition. C’est un lieu de transmission.

Les bénévoles et passionnés, Michel Chapotte, Michel Sudan, Roger Picod et Jean Troupel qui s’y investissent ont une conviction commune : les objets ne prennent tout leur sens que lorsqu’ils sont accompagnés de l’histoire de ceux qui les ont utilisés. Pour Guy Dupuis, partager ces connaissances est essentiel. Il aime rappeler cette idée simple : « Partager une connaissance n’est pas une soustraction. C’est une addition, parfois même une multiplication. » Et dans les salles de l’écomusée d’Arinthod, chaque visite contribue un peu à faire vivre cette mémoire.

Pour en savoir plus

Sur rendez-vous 48 heures à l’avance toute l’année :
☎ 06 56 73 51 81

  • avril à septembre : tous les mardis matin de 9 heures à 12 heures
  • juillet et août : du mardi au samedi après-midi
  • Journées du patrimoine
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