Dans le Jura, il existe un moment très précis où la randonnée bascule. Ce n’est ni au départ, encore plein d’entrain, ni à l’arrivée, quand les jambes négocient déjà. Non. C’est entre les deux. Devant un panneau.
Un de ces panneaux jaunes plantés au milieu de nulle part : quelques flèches, des noms de lieux, des durées affichées avec un optimisme constant. À première vue, tout semble limpide. Puis le doute s’installe.
À gauche, un belvédère à 45 minutes. À droite, un autre, à 50 minutes. Tout droit, une variante à une heure. Et derrière soi, le retour. Immédiat. Presque tentant.
On s’arrête. On lit. Deux fois. Comme si un sens caché allait apparaître. Autour du panneau, le groupe se rassemble. Chacun réfléchit en silence.
Il y a toujours quelqu’un pour lancer : “Je crois que c’est par là.” Un « je crois » assuré, qui suffit souvent à entraîner tout le monde dans une direction choisie davantage par conviction que par certitude. Les autres suivent. Parce qu’il faut bien avancer. Parce qu’admettre qu’on hésite, en pleine forêt, a quelque chose d’inconfortable.
Quelques minutes plus tard, le doute revient. Discret, puis partagé. On espère un nouveau panneau, un repère, ou mieux : quelqu’un en face, dont la simple présence validera — ou non — le choix précédent. Dans le Jura, les chemins sont bien balisés. C’est ce qu’on dit. Et c’est souvent vrai. Mais entre deux balises subsiste toujours cet espace d’incertitude.
Rien de grave. On ralentit. On observe davantage. On discute. Et parfois, on découvre autre chose que ce qu’on cherchait. Peut-être est-ce cela, l’esprit des sentiers jurassiens : ne pas vraiment se perdre, mais accepter, un instant, de ne pas être tout à fait sûr. Et continuer quand même.


























