Clara, tu viens tout fraîchement de rentrer de Roland-Garros. Tu étais la seule du département à avoir eu la chance d’être ramasseuse de balles. Comment as-tu fait pour y parvenir ?
Je suis licenciée au tennis club de Dole, mais quand j’ai passé les présélections strictes (10% sont présélectionnés), j’étais au club de Mont-sous-Vaudrey. J’ai passé mes présélections en octobre 2020 à Dijon, au milieu de la pandémie de coronavirus. Ensuite, j’ai été prise suite aux présélections, mais avec le COVID, je n’ai pas pu faire le stage de formation pour me préparer à devenir ramasseuse de balles. Ils m’ont donc mis dans le stage de 2022. Suite au stage, j’ai été retenue.
Au moment des présélections, on était 4000 pour toute la France. 250 nouveaux et 30 anciens ramasseurs de balles qui ne sont pas repassés par la case des sélections ont été pris. On était donc 280 ramasseurs de balles, venus de toute la France et des DROM. J’étais la seule du Jura.

 

Comment se passe la compétition derrière l’écran ? N’est-ce pas trop stressant d’être regardée par des millions de personnes à 16 ans ?
C’est un peu stressant. Quand on avait du public, dès qu’on était sur un grand court comme le 14 (central des annexes), on était trop content. Avec le public, ça mettait dans l’ambiance. Ça nous concentrait plus. Quand il y a le public, ça met aussi les joueurs à l’aise et ils sont plus cool.
On est dans des équipes de 6 ou 7 (avec un remplaçant). Ce sont des équipes qui changent tous les jours, comme les courts où on est. C’est assez aléatoire pour les qualifications, mais ensuite, c’est en fonction du niveau des ramasseurs de balles. En tant que ramasseur, on est évalué pendant les trois semaines.
Il y a des fonds et des filets. Il faut faire moins d’1m65 pour être au filet. Il y a 4 ramasseurs au fond et 2 au filet. C’est plus dur d’être au filet. Au fond, il y a quand même le stress de servir le joueur.

 

Concernant les joueurs, avez-vous des contacts avec eux en dehors des courts ?
Des contacts, pas vraiment. On peut les croiser dans les couloirs. C’est quand même cool de pouvoir croiser Rafael Nadal (Espagne)… J’ai aussi croisé Hugo Gaston (Français) Denis Shapovalov (Canada) et Alexander Bublik (Kazakhstan).
J’ai ramassé sur le Simonne-Mattieu. J’ai aussi eu la chance de pouvoir faire le protocole Wilson. Le protocole Wilson, c’est le ramasseur de balles qui emmène avant l’entrée des joueurs le sac Wilson plein de balles. Quand on fait ce protocole, on est à un mètre des joueurs avant qu’ils rentrent sur le terrain. J’ai fait le protocole des joueurs pour Carlos Alcaraz (Espagne) et Albert Ramos-Viñolas (Espagne).
Après la finale, les encadrants des ramasseurs de balles ont réuni les filles dans les vestiaires. Ils nous ont emmenées sur le court Philippe-Chatrier (court central de Roland-Garros). À ce moment-là, on savait qu’on allait voir Nadal. Ils nous ont installées dans les escaliers de sortie des joueurs. Casper Ruud (Norvège), le perdant de la finale, est sorti par les escaliers en nous tapant dans la main. Après, il y a Nadal qui est arrivé. Il nous a tapées dans la main aussi. C’était dur à réaliser d’avoir touché Nadal…

 

« Voir les joueurs, ça donne envie d’être à leur place… »

 

La compétition se déroulant en région parisienne, comment as-tu pu t’organiser pour te loger et poursuivre tes études au lycée ?
J’ai été logée chez la mère d’une ramasseuse de Paris. On allait à Roland-Garros ensemble.
Pour l’école, c’était un peu compliqué parce qu’on faisait des journées assez longues. La première semaine, ça allait parce que c’était des demi-journées, mais après, on pouvait faire de longues journées.
En trois semaines, j’ai énormément appris, que ce soit dans le sens culturel ou professionnel. Ça m’a énormément responsabilisé. C’est une aventure incroyable et cohérente avec mon projet professionnel.

 

Justement, comptes-tu y retourner l’an prochain ? Quelles sont tes ambitions professionnelles dans le tennis ?
J’ai atteint l’âge limite, puisque c’est 16 ans, donc je ne pourrai pas y retourner l’année prochaine, ce que je regrette.
Cette expérience m’a vraiment montré le dépassement de soi, que ce soit en regardant les joueurs ou par rapport à nous, parce qu’on devait être à fond. Voir les joueurs, ça donne envie d’être à leur place.
Je vais donc persévérer dans la compétition pour me classer. Dès que je suis rentrée en début de mois, je me suis aussitôt inscrite au prochain tournoi de Dijon.