L’invitée de la rédaction : Françoise Desbiez

La parution de son dernier ouvrage, cosigné avec Alain Michaud et intitulé "Jura des rencontres" fait la part belle à de nombreuses célébrités locales, mais aussi à de savoureuses déclinaisons, poétiques et bucoliques, de l'ensemble de notre patrimoine.

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Françoise Desbiez.

Françoise Desbiez, pourquoi et comment vous est venue l’idée d’écrire ce nouveau livre ?
L’idée d’un livre, cela peut trainer des mois comme une graine enterrée, on ne la voit même pas, et puis, il y a un mot, une idée, un souvenir qui fait office de soleil et fait émerger une sorte de plante.
Pas encore finalisée : sa forme et ses couleurs, tout est à revoir, affiner, repeindre. Au bout de mille et une retouches, parfois des mois, voire des années, cela fait un livre et l’on est toujours étonné du résultat, jamais exactement ce qui était prévu. Il y a quelque chose d’inconnu, parfois miraculeux qui s’ajoute à ce que vous aviez envisagé au début.

De Bernard Clavel à André Besson, en passant par Guy Thomas, Lola Semonin ou encore Serge Blanc-Potard, que retenez-vous de ses portraits, de ses rencontres ?
J’ai toujours aimé les portraits. Même à l’aquarelle (j’en fais un peu) ce sont les visages qui
m’intéressent. Les reportages étaient l’occasion de faire de belles rencontres. Il y a les volubiles, qui racontent tout sans se faire prier, les prudents qui en disent suffisamment mais pas trop, les taiseux dont chaque mot est lâché comme à regret. Ceux qui peuplent ce livre sont tous des passionnés : écrivains, poètes, comédienne ou artisan. Ils ont le même goût du beau travail et l’envie de vivre selon leur choix, le goût de la liberté en somme. Et cet appétit doit atténuer les atteintes de l’âge.
Je crois que les artistes ou artisans, (pour moi, c’est pareil) ont un atout en plus,
souvent chèrement acquis : le pouvoir de vivre fort. Cela les entraine sur des voies de traverses, à la découverte d’un inconnu qui expliquerait le monde. Un des plus beaux compliments que j’ai reçu était « avant de te lire, je savais que j’aimais les sapins. Maintenant, je sais pourquoi ».
C’est peut-être juste cela l’écriture : ouvrir une porte et répondre à des pourquoi.

Qu’il s’agisse de l’ode à la neige ou de l’éloge de la fondue, on retrouve votre style si affectif, notamment employé pour décrire le Casino des Chauvins dans l’un des vos précédents ouvrages. Selon vous, malgré le temps qui passe et l’époque tourmentée que nous vivons, nos traditions et nos valeurs demeurent-elles suffisamment ?
Je crois que l’homme de Cromagnon devait déjà déplorer la perte des valeurs, et Dieu sait qu’on peut le faire actuellement. Je me méfie de la nostalgie. J’ai créé sur Facebook un groupe « Jura, Casino des Chauvins » qui peut paraitre un repaire du « c’était mieux avant ». Les gens se retrouvent, parlent d’amis, de rires, de souvenirs bien sûr, comme sur un petit ilot de bienveillance. Il n’y a jamais eu de propos malveillants ou déplacés, comme c’est souvent le cas sur internet.
L’inquiétude est plutôt, outre la situation nationale et mondiale, le peu de cerveau disponible qu’il reste une fois les écrans éteints et la vie quotidienne accomplie. Je suis désespérée par les fôtes d’orthographe qui rendent parfois les textes incompréhensibles…

Il semblerait que votre parcours n’ait pas toujours été de tout repos avec certains
éditeurs… Avec le recul, que pensez-vous aujourd’hui de tous ces tartuffes de la
littérature ?
L’édition est une jungle où l’éditeur doit tout connaitre : les lois de cette jungle déjà.
Il doit posséder une culture et la curiosité de dénicher des auteurs, un certain sens artistique pour la présentation du livre, la philosophie pour affronter des différents aléas du boulot, l’art de discuter avec les imprimeurs ou les clients, le sens du commerce et j’en passe. Comment réunir autant de qualités en un seul être ? Les gros éditeurs ont des aides mais les régionaux sont souvent isolés.
Ils se battent plus ou moins bien contre une société qui ne veut pas d’eux.
Ceci dit, je ne dirai jamais de mal des éditeurs, (enfin presque jamais !) parce qu’il joue parfois le rôle du père Noël pour un auteur.

Justement, que conseilleriez vous à un jeune auteur ?
D’être entêté jusqu’à l’absurde ! D’y croire jusqu’au bout.

Avez-vous un dernier message à faire passer à nos lecteurs ?
Les gens qui lisent sont plus heureux, vivent plus longtemps, en meilleure santé intellectuelle. Et ils vivent à travers les livres, plein de vies passionnantes !

Jura des rencontres, Éditions Engoulevent. Prix : 24 euros.