L’invité de la semaine : Philippe Joutier

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Philippe Joutier vous venez de sortir votre dernier ouvrage « L’information truquée et la fabrique du prêt à penser ». A l’intérieur, vous y évoquez les nombreux courants complotistes qui, d’après vous, rallient à leur cause près d’un tiers de l’opinion publique ! Comment expliquez-vous un tel succès de ces grossières manipulations ?
Le sensationnalisme, la facilité de la rediffusion, l’anonymat et l’absence de vérification !
Fonctionnant davantage au sentiment qu’à la raison, les ados, encore trop jeunes pour  avoir acquis le minimum de recul critique, sont des proies faciles et les théories du complot les séduisent : selon un sondage IFOP de 2018, 30% des 18-24 ans y souscrivent, contre 8% pour les plus de 65 ans.
Les convaincus du complot appliquent leur analyse critique aux théories officielles, mais jamais aux leurs.

Ils sont couramment employés depuis une petite quinzaine d’années en France, les réseaux sociaux ont-ils accentué ce phénomène ? Que pensez-vous de leur utilisation exponentielle et des multiples contenus haineux ou stupides que l’on peut y trouver ?
Twitter est devenu notre source principale d’informations. C’est la première fois dans l’histoire humaine que chacun peut donner son point de vue dans l’espace public et de pouvoir le faire en toute impunité puisque restant anonyme ! Le filtre produit par les journalistes n’existe plus. L’impact des théories conspirationnistes est bien plus important que les thèses officielles. Si je vous dis que la terre est ronde je ne vais pas inonder le web pour l’affirmer, ni perdre du temps à le démontrer. Mais si je vous dis qu’elle est plate, votre curiosité va être piquée. Or, par la puissance des réseaux, je peux multiplier cette  affirmation. Ce qui jadis n’aurait été perçu que comme le délire isolé d’un illuminé, peut aujourd’hui en se généralisant sur le web par les relais en cascade, prendre un poids suffisant pour apparaitre comme vérité cachée. Une réaction en chaine avec un effet boule de neige.

 Vous l’affirmez dans votre ouvrage. Pourquoi et comment les pays (y compris occidentaux) instrumentalisent leur Histoire ?
Cette réécriture de l’Histoire, chaque pays la fait. C’est aussi vrai pour la France. Les faits ne sont pas présentés de façon descriptive, mais plutôt de façon interprétative. Aujourd’hui, il s’agit de convaincre la jeunesse des bienfaits du mondialisme, des vertus du multiculturalisme et accessoirement de garantir la paix sociale. Aujourd’hui, les croisades présentent les occidentaux comme les agresseurs et Charles Martel, pourtant fondateur de la dynastie carolingienne, a disparu de la plupart des livres d’histoire. Mais il incombe aussi à l’Éducation Nationale, de préparer les jeunes esprits aux guerres futures. Au début du 20eme siècle, il faut reconquérir l’Alsace et la Lorraine perdues après la défaite de 1870. On verra apparaitre dès l’école élémentaire, les bataillons scolaires avec fusil en bois pour apprendre le maniement des armes sous l’autorité de l’instituteur.

Vous le faites remarquer dans votre livre et en effet, on peut aujourd’hui l’observer quasi-quotidiennement, les dérives extrémistes, “progressistes” et bien-pensantes ostracisent les traditions, l’efficience et les valeurs de notre civilisation. Souvent d’ailleurs au nom d’une prétendue “désobéissance civile” libertaire… Comment en est-on arrivé là ?
Avec l’évolution de la morale, ce n’est plus sur la gloire par les armes que se légitiment les grandes idées, mais plutôt sur la défense des espèces et le sauvetage de la planète. Ceux qui hier saccageaient les magasins juifs, saccagent aujourd’hui ceux des commerçants qui prétendent continuer à vendre de la viande et n’hésitent pas à combattre la démocratie comme à Notre Dame des Landes. Violences toujours légitimées au nom du bien commun puisqu’eux seuls savent ce qui est bon pour les classes populaires trop mal éduquées pour être capables de discernement. Cette attitude autoritaire et violente qui prétend imposer son idéologie à la nation par la force traduit un incommensurable mépris de classe, ce qui n’en empêche pourtant nullement les auteurs de s’afficher les défenseurs de la démocratie. Car attention, ce n’est pas du fascisme, mais… de la “désobéissance civile”.

Selon vous, notamment depuis la naissance du mouvement des gilets jaunes, le clivage ville/campagne  serait en train de gommer le clivage (extrême) droite/(extrême) gauche ?
A mon sens, ce n’est plus un clivage idéologique entre droite et gauche, c’est un clivage  culturel et il est préoccupant car il produit une césure dans notre identité et dans nos valeurs communes. Il oppose des urbains qui parlent anglais, peuvent travailler à domicile et se veulent branchés sur le monde, contre des ruraux plutôt attachés à leurs terroirs, considérés comme ringards et pollueurs. Des ruraux coincés dans des campagnes dont paradoxalement, le développement des lignes à grande vitesse et des autoroutes renforce l’isolement dès lors qu’elles y sont à l’écart ! TER improbables, réseaux internet balbutiants, diesels diabolisés et départementales où fleurissent des radars en embuscade. Autant de difficultés qui alimentent la frustration et la haine des élites, qui sont à l’origine du mouvement des Gilets Jaunes.
Les gens peuvent accepter l’inégalité quand l’espérance ne leur est pas fermée.
Cette réalité réduit considérablement les pouvoirs que le peuple prête aux gouvernants.
Ils n’ont finalement que des moyens assez limités sur les leviers capables de relancer la croissance…

Dernière question, votre  précédent livre « Les corruptions religieuses » a été censuré par les médiathèques de Lons et de Saint-Amour car jugé “trop polémique”. Comment appréhendez-vous cette étrange “rançon de la gloire” ? Votre livre serait-il si dangereux ?
Ah, j’aimerai bien ! Ce serait finalement flatteur. Dangereux je ne sais pas, mais dérangeant sans doute, puisqu’effectivement un lecteur ayant suggéré son achat à la médiathèque de Lons, cette dernière lui a répondu qu’il n’y avait pas sa place.
Quant à Saint-Amour, le motif du rejet était en effet très explicite.
Nous verrons le sort qui sera fait à celui-ci…

L’ouvrage est disponible à Lons-le-Saunier,  dans les librairies Guivelle ou la Boîte de Pandore.
Il peut aussi être commandé sur Amazon, Decitre, Cultura ou directement aux éditions Dualpha Francephi Diffusion
BP 20045
53120 Gorron
France
https://francephi.com/catalogue/dualpha-editions