La Commanderie des Nobles Vins du Jura et du Comté, ambassadeur du terroir franc-comtois

Le vignoble jurassien avec ses 1850 hectares reste petit par la taille, mais comme le note le magasine «Cuisine et Vins de France » de mars 2021, « il est immense par la diversité de ses terroirs et la multiplicité de ses vins identitaires au fort tempérament. » Quand au comté, c’est le premier fromage AOP de France. Créée en 1966, la Confrérie est devenue l’ambassadeur du terroir franc-comtois en assurant la promotion de ces produits phares que sont les vins du Jura et le comté. Jean-Louis Mussillon, président de la Confrérie, explique sa passion du terroir. Interview.

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Intronisations à Arbois 2021.
Jean-Louis Mussillon, président de la Commanderie (photo Commanderie).

Jean-Louis Mussillon, pouvez-vous vous présenter ?
J’ai été intronisé une première fois au château d’Artois en même temps que Jean Ferniot  et une seconde fois à Arbois avec Hubert-Félix Thiefaine, le chanteur dolois avec qui j’avais fait du théâtre à Dole, il y avait également Claude Guéant. Je suis président depuis le 15 octobre 2016, ayant succédé à Bernard Legrand qui a été président pendant pratiquement un quart de siècle. Il a quitté ce poste après le cinquantième anniversaire de la Commanderie à Champagnole. Deux amis vignerons m’avaient demandé de donner un coup de main à cette soirée que j’ai animé. Quelques mois après, le grand Maitre Bernard Vandelle m’a appelé pour me proposé de rentrer au C.A. de la Commanderie. A ma grande surprise, on m’a proposé dans la foulée le poste de président. Poste que j’ai accepté après maintes réflexions. J’ai trouvé une équipe formidable, des gens merveilleux et passionnés.

Intronisation de Jacques Chirac à Lons le Saunier (photo Commanderie).

Comment est née la Commanderie ?
En 1966, à l’initiative de Bernard Boilley, président de la chambre d’agriculture du Jura, les responsables agricoles ont pensé que le département devait se doter d’un organisme de promotion, de type Confrérie. Dans un souci de coopération, ils ont associé les vins du Jura et le comté. Ainsi est née la Confrérie des Nobles Vins du Jura et du Comté. Le CICG (Comité Interprofessionnel de gestion du Comté) et le CIVJ (Comité Interprofessionnel des Vins du Jura) ont rapidement rejoint la Chambre d’agriculture pour soutenir la création de ce nouvel outil de promotion au service des jurassiens.
Le premier Chapitre s’est tenu la même année au Château du Pin. Edgar Faure inaugurera d’ailleurs le livre d’or de la Confrérie et recevra le titre de Commandeur de la Commanderie des Nobles vins du Jura et du Comté.

Fête de la st Vernier à Montaigu (photo Commanderie).

Comment est organisée la Commanderie, quelle différence avec les confréries ?
Entre Confréries et Commanderies, il n’y a que les termes qui changent, dans le Jura, on parle de Confrérie. Par contre, nous nous différencions par notre vocation qui est de participer et non pas simplement de défiler. On fait une animation, on n’a rien à vendre. On accompagne des professionnels dans le but de promouvoir les produits du terroir.
La Commanderie est une association créée par l’interprofession des vignerons et de la filière comté. Les trois organismes fondateurs sont partenaires et financeurs, C.I.G.C. C.I.B.G et chambre d’agriculture. Ces 3 organismes choisissent chacun 5 personnes parmi les professionnels de leur choix pour siéger au C.A, celui-ci étant composé de 24 membres, il reste 9 sièges qui sont également choisis par ces organismes mais parmi des non professionnels. Ceux-ci sont connus pour leur investissement en faveur des produits du Jura. Ces membres sont renouvelés tous les 3 ans. Il y a en aussi plus de 200 adhérents qui payent une cotisation modeste.

A la foire de Diijon en 2019 avec Dominique Loiseau (photo Commanderie)

Quelle est le rôle et le but de la Confrérie ?
Son rôle est de soutenir toutes les professions de la filière comté et vins du Jura. Elle s’investit partout et est l’ambassadeur du terroir franc-comtois. Un ambassadeur convivial qui communique sa passion pour une région. Comté et vins du Jura forment l’épicentre des cérémonies, des discours. Plus qu’un événement, chaque intronisation devient le symbole vivant de la tradition.
Nous sommes le gardien de la mémoire et du savoir. Les membres de la Commanderie le sont aussi de la qualité de leurs produits. Ce sont ces professionnels avertis qui deviennent bénévoles garants de l’esprit d’autrefois. Douze membres fondateurs composent le Grand conseil réunis autour du Président, du Grand Maitre et de l’Officier de plume. Nous sommes sollicités pour créer l’événement lors de différentes manifestations publiques ou privées et invite à découvrir la passion d’un territoire.

Au salon gastronomique de Lyon (photo Commanderie).

Pour vous, ce terroir est unique, pourquoi ?
S’il est un produit qui justifie que ce terroir est unique, c’est le vin jaune. Élaboré à partir du cépage savagnin qui vieillit dans des fûts de chêne durant un minimum de six ans et trois mois, ce vin est une pure merveille qui se présente dans un flacon appelé clavelin de 62 cl. Le vin jaune demeure incontestablement l’un des plus grands vins blancs secs du monde. Avec cinq cépages, les vins jurassiens sont infiniment nuancés, selon le relief, et le microclimat propre au terroir qui les accueille. Le vignoble jurassien peut compter également sur le voluptueux vin de paille, le délicat crémant du Jura, l’étonnant macvin ou le puissant marc du Jura.
L’autre produit promu et défendu par la Commanderie est le comté, fromage au lait cru à pâte pressée cuite et premier AOP de France. Un esprit visionnaire et volontariste a été à l’origine de la filière comté rassemblant les producteurs de lait. Chaque jour, le comté est élaboré artisanalement dans environ 150 fromageries appelées les « fruitières ».

Présentation du Comité et du Chateau-Châlon (photo Commanderie).

Comment peut-on être intronisé ?
La plupart du temps, ce sont des gens qui veulent remercier d’autres personnes, ce sont souvent des parrainages. Nos 3 partenaires historiques peuvent aussi vouloir rendre hommage à des personnes qui honorent la profession. Ce peut être aussi une demande personnelle. Si la candidature convient à l’ensemble du C.A , celle-ci est acceptée. Par exemple, cette année, nous avons eu 9 intronisés. Ces intronisations ont lieu pendant les manifestations auxquelles nous participons. Nous avons comme projet de participer à des manifestations à l’étranger pour promouvoir le jura. Depuis 1966 près de 2500 personnes ont été intronisées.

Intronisation de Guy Mercier à Champagne/Loue (photo Commanderie).

Commanderies, Confréries, tout cela n’est-il pas un peu désuet et dépassé ?
La Commanderie, c’est la tradition. Un pays qui ne respecte plus ses traditions, c’est un pays qui meurt, qui n’a plus d’âme, plus de vie. Les jeunes de la profession n’ont pas la même mentalité que les anciens, la vie n’est plus la même, ils travaillent différemment. Je pars du principe que cela a été créé comme un outil de promotion, cet outil existe et demeure. Il fonctionne et on se rend compte qu’il a sa place dans le système. On n’était pas loin de 170 personnes le samedi 16 octobre à Arbois pour le Chapitre des vendanges, il y avait des Belges, des Suisses, des gens de Bourgogne….On intronise, on rend hommage à certaines personnes. Il y a un repas gastronomique. Les Hôtels arboisiens affichaient complet.
L’outil existe avec des gens qui s’y intéressent, je crois qu’il faut maintenir et profiter de cette chance d’avoir cette Commanderie dans le Jura. Les professionnels comptent sur nous pour animer leurs manifestations. On fait rire et sourire les gens quand on intronise avec un certain humour.
Maintenir la commanderie est indispensable, elle est un outil de promotion. Comment organiser la percée du vin jaune sans la confrérie du vin jaune ? Tous les intronisés deviennent ambassadeurs de nos produits. On ne peut pas faire une fête dans le Jura sans vin, sans comté et….sans la Confrérie. Tant qu’il y aura des gens suffisamment  dévoués pour le faire, nous continuerons.

les membres de la confrérie devant l’église d’arbois(photo Commanderie).

Malgré tout, n’y a-t-il pas des choses à modifier ou à améliorer ?
C’est vrai qu’il ne faut pas vivre qu’avec le passé, mais on ne peut pas le nier. On s’interroge malgré tout sur l’avenir. On ne sait pas si on trouvera une autre forme. Peut-être trouver des manifestations à d’autres époque de l’année à destination d’un public plus jeune. On discute pour trouver la bonne solution pour s’adapter. C’est à nous aussi d’aller chercher les gens et non de se contenter d’envoyer des invitations. Il faut que l’on aille dans des petites communes. Beaucoup de petites fruitières voient le jour, il est dommage qu’on ne nous demande pas  pour les inaugurer. Cela demande du temps pour trouver et fidéliser une nouvelle clientèle. Il faut se tourner vers les jeunes qui s’intéressent au vin et trouver des manifestations plus accessibles.
S’il y a des gens dans des villages et qui organisent des fêtes, ils peuvent nous demander notre présence et nous solliciter ou des associations pour des congrès nationaux. Nous sommes à leur écoute et à leur disposition.

Quelques intronisés célèbres.
Edgar Faure, Charles Pasqua, Jacques Chirac, Pierre Bellemare, Henri Salvador,  Paul-Emile Victor, Dominique Loiseau, Pierre Perret, Catherine Lara, Hubert-Félix Thiefaine etc…..