
À première vue, le métier peut sembler figé dans le silence des allées et le recueillement des familles. Pourtant, derrière les grilles des cimetières dolois, la réalité est bien différente. Sébastien, 47 ans, et Wilfried, bientôt 40 ans, occupent les fonctions de conservateurs des cimetières de Dole. Un métier discret, souvent méconnu, où l’humain tient une place centrale.
« On est un peu la police du cimetière », résume Wilfried avec un sourire. Surveillance des travaux funéraires, gestion des concessions, accueil des familles, présence lors des inhumations ou encore organisation des cérémonies patriotiques : leurs journées sont loin de l’image austère que l’on pourrait imaginer.
Pour Wilfried, le cimetière est presque une histoire de famille. Son père occupait déjà le poste de gardien dans les années 1980. Lui-même a grandi dans la petite maison située à l’entrée du cimetière Nord. « J’ai toujours connu le cimetière », confie-t-il. « Quand j’étais petit, j’accompagnais mon père pour guider les gens vers les tombes. » Résultat : aujourd’hui encore, il connaît les lieux « les yeux fermés ».
Sébastien, lui, vient du secteur social. Ancien salarié du 115 à Dole, il a rejoint le cimetière il y a cinq ans. Deux parcours différents, mais une même qualité indispensable selon eux : l’empathie. « Les familles arrivent souvent perdues. Elles ne savent pas par quel bout commencer », explique Sébastien.
« On s’adapte à chaque famille »
Dans les bureaux des conservateurs, les émotions défilent quotidiennement. Certains proches restent silencieux, d’autres ressentent le besoin de parler… ou même de plaisanter. « Il y a des familles qui ont besoin de rire pendant qu’elles sont là. Alors on s’adapte », raconte Wilfried. « D’autres préfèrent le silence. »
Le métier confronte aussi à des situations parfois difficiles. Les obsèques d’enfants restent particulièrement éprouvantes pour Sébastien. Wilfried, lui, avoue être davantage touché par les enterrements où personne ne vient accompagner le défunt. « Quand il n’y a que nous, les porteurs et le maître de cérémonie, ça me marque davantage », glisse-t-il.
Au fil des années, les deux hommes ont aussi appris à composer avec une forme d’humour propre au milieu funéraire. « C’est presque un instinct de survie », sourit Sébastien. « Sinon, on ne pourrait pas avancer. »
Entre patrimoine et évolution des pratiques
Les conservateurs gèrent aujourd’hui cinq cimetières : Dole Nord (Landon), Dole Sud (La Bédugue), Azans, Saint-Ylie et Goux. Au total, plusieurs milliers de concessions. Le seul cimetière Nord compte plus de 8 000 emplacements.
Et les pratiques évoluent. Les crémations sont désormais plus nombreuses que les inhumations classiques. Columbariums, cavurnes ou jardins du souvenir prennent progressivement plus de place dans les cimetières. « Les gens recherchent souvent quelque chose de plus simple, avec moins d’entretien », explique Wilfried.
Mais les deux hommes portent également un regard patrimonial sur ces lieux. Certaines sépultures anciennes pourraient prochainement être préservées pour leur intérêt historique. Parmi les particularités du cimetière dolois, figure aussi la présence du monument aux morts et de plusieurs carrés militaires.
Derrière les graviers, les pierres et les cérémonies, Sébastien et Wilfried rappellent finalement une chose simple : leur métier parle avant tout des vivants.























