Édito. À deux doigts de m’en souvenir

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Lots of old newspapers on the table, top view. Blurred background texture

Le cerveau humain est décidément une drôle de machine. Il serait capable de stocker une quantité phénoménale d’informations, d’apprendre continuellement et de faire ressurgir un souvenir plusieurs années après l’avoir enregistré. Formidable. Sauf qu’à l’usage, son système de classement semble parfois avoir été conçu un vendredi à 18 heures.

Dans le métier de journaliste, le phénomène prend des proportions intéressantes. À force d’interviews, de conseils municipaux, de conférences de presse et de rencontres, certaines informations finissent par s’imprimer sans même qu’on le demande. Le nom d’un élu ? Retenu. Sa fonction ? Évidemment. Le montant d’un investissement annoncé il y a plusieurs mois ? Quelque part dans un coin du cerveau. Une petite phrase prononcée pendant une interview ? Elle peut refaire surface au moment précis où elle devient utile.

Et pendant ce temps-là, la vie personnelle tente désespérément de se frayer un chemin dans ce gigantesque disque dur.

Acheter du pain en rentrant ? Oublié. Répondre à ce message reçu le matin ? Oublié. Pourquoi suis-je entré dans cette pièce ? Excellente question. Où sont mes clés ? Probablement à l’endroit où je les ai posées pour « être sûr de les retrouver ». Quant à cette chose très importante à ne surtout pas oublier ce soir, elle reviendra généralement en mémoire demain matin. Trop tard, évidemment.

Le plus fascinant reste donc la hiérarchie opérée par notre cerveau. Il peut conserver une information entendue au détour d’une réunion trois semaines auparavant, mais considérer qu’une liste de courses formulée vingt minutes plus tôt ne mérite manifestement pas d’occuper de précieux neurones.

Finalement, le cerveau du journaliste fonctionne peut-être comme son journal. La place est limitée, il faut faire des choix. Certaines informations font la Une, d’autres terminent en pages intérieures. Et les petites choses du quotidien ? Elles semblent régulièrement finir dans la pile des sujets non retenus.

Reste une solution : tout noter. Encore faut-il se souvenir d’où on a posé le carnet.