Économie. La transmission d’entreprises en angle mort

Si la création d’entreprise se porte bien dans le département, les reprises et transmissions d’entreprises peinent à se faire une place.

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CCI Jura accompagnement reprise
L'anticipation est le mot-clé pour une transmission sereine.

Dans le Jura, près de 3 000 structures par an voient le jour. Pourtant, derrière ce flux constant, un autre enjeu inquiète davantage les acteurs économiques : la reprise et la transmission. « On aimerait toujours en accompagner plus », confie Laurent Imbrecht, responsable de l’espace entreprenariat et commerce à la CCI.

L’accompagnement débute souvent par un diagnostic. Ensuite, il s’adapte au profil. « On essaie de voir si le projet correspond à la personnalité », explique le responsable. Une étape clé pour éviter les erreurs d’orientation ou les marchés trop concurrentiels.

Dans ce cadre, l’accompagnement se veut global. Étude de marché, prévisionnel, stratégie commerciale, choix du statut : rien n’est laissé au hasard. « Ce n’est pas une estimation sur un coin de feuille », insiste-il. Surtout, la CCI joue un rôle d’interface. « L’une de nos grandes missions, c’est d’orienter vers les bons acteurs », qu’il s’agisse de banques, de réseaux de financement ou de partenaires spécialisés.

Une transmission en net recul

Si la création tient, la transmission, elle, recule nettement. En Bourgogne-Franche-Comté, les transactions ont chuté de 18 % en 2025. La tendance se poursuit en 2026. « On est sur une trajectoire qui se dégrade », observe Laurent Imbrecht. Pourtant, le vieillissement des dirigeants devrait mécaniquement alimenter ce marché mais ce n’est pas le cas.

Plusieurs freins se cumulent. D’un côté, des cédants attentistes ou aux attentes financières élevées. De l’autre, des repreneurs prudents face aux incertitudes économiques. « Il y a un désalignement profond entre les prix de vente et les capacités d’achat », résume-t-il. À cela s’ajoutent des conditions de financement plus strictes. « Les banques prêtent plus difficilement, avec des taux qui ne sont plus à 1 ou 2 % ».

Conséquence directe : certaines entreprises ferment faute de repreneur. Une situation que Laurent qualifie sans détour. « C’est une véritable catastrophe ». Car au-delà des structures, ce sont des emplois et des équilibres locaux qui sont en jeu. « Une entreprise de cinq salariés, ce sont cinq foyers potentiellement en difficulté ».

Anticiper pour éviter la casse

Face à ce constat, un mot revient systématiquement : anticipation. « Il ne faut pas attendre le dernier bilan », insiste le responsable. Une transmission peut prendre jusqu’à cinq ans. Trop souvent, les dirigeants s’y prennent tard, épuisés par les crises successives. La CCI se veut alors un appui neutre et accessible. « Au pire, on a eu une bonne demi-heure d’échange, on n’a rien perdu ».

Un autre levier reste sous-exploité : la visibilité. Les entreprises jurassiennes peinent à se faire connaître au-delà du territoire. Pourtant, les repreneurs viennent souvent d’ailleurs. « 36 % des acquisitions viennent d’Auvergne-Rhône-Alpes », rappelle Laurent. D’où un message simple : « Si on veut vendre, il faut le faire savoir ».