« Les médecins pensaient que je ne reparlerais jamais, que je ne remarcherais jamais. Tout le monde imaginait que j’allais être un légume, au mieux en fauteuil roulant, mais avec de fortes chances d’être en lit médicalisé toute ma vie ».
Le témoignage de Romain Claudet est de ces histoires invraisemblables, qui poussent à la résilience et rechargent notre tête d’espoir pour un bon moment.
Le Haut-Doubiste d’origine a été victime d’un accident de la route en 2013, sur la route de la Vrine, en dérapant à cause d’une plaque de verglas et en finissant sa route contre un arbre. Suite au choc, l’ancien sportif de haut-niveau, membre du top 10 mondial en trottinette freestyle, est resté trois mois et demi dans le coma. Il raconte cet épisode, le plus difficile de sa vie, avec des images d’enfermement dans une grange : « J’étais comme mort, sans notion du temps. Il ne fait pas nuit, il ne fait pas jour, tu ne sais pas où tu es et les minutes te semblent être des heures ».
« On vendait à tout l’Est de la France »
En sortant du coma, Romain Claudet passe huit mois et demi en rééducation intensive au centre de Salins-les-Bains. Petit à petit, il réapprend à manger seul, après sa trachéotomie, et même, à marcher en autonomie. Alors qu’il devait reprendre l’entreprise familiale Châlets Claudet, Romain se retrouve coincé : « J’étais “trop” handicapé pour être dans une entreprise valide et “pas assez” pour travailler en ESAT ». Alors, l’entrepreneur décide de créer sa propre boîte, avec une idée qui a germé au centre de rééducation. « J’ai créé des liens et vu tous ces gens, que personne ne voulait réembaucher. Ce sont des personnes qui ont des familles et des besoins financiers ».
Il lance “Tout le monde en bois” en 2019 à Frasnes, comme un clin d’œil rieur aux accidents de la vie. L’entreprise, spécialisée dans la confection de sacs de bûchette de bois d’allumage, a rapidement pris de l’ampleur, allant jusqu’à employer dix salariés en situation de handicap l’année suivante. « On achète du bois, on le coupe, on le fend et on le met dans des sacs. On est allés jusqu’à plus de 50 000 sacs en un an, on vendait à tout l’Est de la France », indique le responsable. En 2020, Romain Claudet, qui met en avant une « démarche humaine et non lucrative », reçoit le trophée international H’up du meilleur entrepreneur en situation de handicap.
Retrouver un carnet de commandes pour réembaucher
Depuis deux mois, le chef d’entreprise s’est installé à Beauvernois : un nouveau défi pour le sportif, trois fois champion de France de para-cyclisme. « J’ai eu besoin de changement, je déteste rester dans ma zone de confort. Mais j’ai attendu de retrouver du travail à mes salariés qui ne pouvaient pas bouger. Aujourd’hui, je veux vendre à du local, aux gens qui ont besoin, aux personnes âgées…».
Mais Romain Claudet ne se limite pas et, s’il repart de zéro entièrement seul, il entend bien se développer durablement en Saône-et-Loire. « Mon objectif principal est d’avoir un carnet de commandes assez important pour réembaucher des personnes en situation de handicap », conclut-il.
























