Équinoxe

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Nous étions à l’aube d’Halloween en cette année 2023. Six heures sonnaient au clocher.
La pluie tombait, lourde et hostile, au travers d’une nuit froide et lugubre mais étrangement paisible. Elle répandait dans l’atmosphère des émanations terreuses, végétales, champignonnesques. Un peu comme pour révéler toute l’intensité de cet équinoxe d’automne, et la mystérieuse perturbation des éléments qui s’y corolle : lorsque la durée du jour devient strictement égale à celle de la nuit, que me semblent s’évaporer les prétendues limites entre les mondes tangibles et abstraits.
Désormais, la lumière allait se raréfier et nous infliger de basculer, bon gré mal gré, vers les ténèbres de l’hiver.
Les naufrages du temps refaisaient surface mais s’accompagnaient pour la première fois d’une mélodie mélancolique presque amusante. Fataliste et optimiste, car, c’était certain, il y aurait un après…
Demain serait, à l’instar de chaque premier novembre, la Fête de tous les Saints. Après-demain, la commémoration des Fidèles défunts. Comme un rappel : souviens-toi, on est bien peu de chose.
A mon réveil, quelques braises de la veillée subsistaient au fond de la cheminée.
Un fagot de brindilles sèches suffit à raviver le feu dans l’insert, pendant que le café coulait. Puis, j’ajoutais deux grosses bûches et contemplais la flamme progressivement s’amplifier. Immergé dans le silence de la nuit, je me sentais protégé, libre et accompli.
Au-delà de la beauté de l’instant, ce tableau idyllique m’inspirait quelque chose d’apaisant et de réjouissant.
En réalité, rarement je ne m’étais senti aussi fidèlement connecté à ma destinée.
Finalement, sans même m’en rendre compte, je crois bien que j’étais redevenu heureux…