Sacré tonneau !

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Gérard Bouvier.

Souvent il est fait référence au « Tonneau des Danaïdes ». Quel est dont ce
mystérieux tonneau mentionné jusqu’à plus soif chaque fois qu’est évoquée une
tâche répétitive et sans motif raisonnable ? (1).
La mythologie grecque nous l’explique.
Le roi Danaos avait 50 filles. C’est beaucoup trop mais c’était avant que soit
accessible à toutes les bourses le coïtus interruptus qu’on doit aux latins (2). Avant les préservatifs rainurés parfumés au bubble-gum, avant aussi la ligature des
trompes. Et même avant la pilule contraceptive.
Égyptos, le frère de Danaos n’était guère mieux loti. Mystère de la génétique : lui,
avait 50 fils (3). À la mort de Bélos, le papy de ces deux belles familles, on redoutait
une guerre de succession fratricide. Et même sororicide. On décida alors que les
cousins devaient épouser leurs cousines pour couper court à tout problème
d’héritage et aux frais de notaire (4). Chacune trouva son chacun par tirage au sort,
au strip-poker ou à la courte paille…
Mais un oracle informe Danaos que les 50 fils d’Égyptos projettent de tuer ses 50
filles pendant leurs nuits de noces. L’idée est très mal polie et même inquiétante.
Danaos demande à ses filles de glisser dans leurs cheveux une épingle acérée pour
la planter dans le cœur des garçons pendant leur sommeil post-coïtal. Mieux vaut
prévenir que guérir.
Ainsi fut fait. Mais l’enquête suivait son cours et les Danaïdes eurent tôt fait de se
retrouver en Enfer, un lieu dégoûtant que je ne conseille à personne. Là, Zeus les
condamna à remplir éternellement un tonneau percé. Évidemment l’évidement
provoquait une fuite qui pour elles était inenvisageable (5). Elles y sont sans doute
encore.
C’est ce châtiment : une tache absurde et sans fin que décrit l’expression « le
tonneau des Danaïdes ».

Notes pour une meilleure compréhension du texte :

(1)- « Vous me conjuguerez 10 fois l’expression : « Je ne dois pas vider mon encrier
dans la cartable de mon voisin, même si je pense avoir de bonnes raisons ». À tous
les temps de la langue française et en accordant naturellement les adjectifs
possessifs ». Voilà l’exemple d’une punition qui n’en finit plus et dont l’intérêt est
limité. Souvent les contraintes de la vie sur Terre parmi nos contemporains, nous
soumettent à ces exercices pénibles. Ainsi Pénélope, la femme d’Ulysse, devait
tricoter le jour la toile qu’elle détricotait la nuit. C’était pour repousser ses
prétendants… Perso, je crois que j’aurais fini par craquer et que j’aurais cédé à mes
prétendantes. Mais je ne suis pas sûr et ça reste à vérifier…
Et aussi Sisyphe. Il avait défié les dieux et déclenché leur colère. Il fut condamné à
grimper au sommet d’une montagne en faisant rouler devant lui un énorme rocher. Et
une fois arrivé il n’y avait aucun estaminet pour se rafraichir et pas non plus
d’emplacement pour garer son rocher qui redescendait aussitôt. À charge pour
Sisyphe de recommencer éternellement la même ascension. Alors si ça, ça n’est pas
se foutre du monde !
La corvée des Danaïdes est du même tonneau.

(2)- Le coïtus interruptus ou méthode du retrait est une pratique sexuelle et un
moyen de contraception qui consiste à interrompre le rapport sexuel vaginal juste
avant l’éjaculation évitant ainsi la fécondation. C’est Wikipédia qui le dit. Je ne
saurais donc entendre aucun reproche pour vous avoir dévoilé cette information.
Notez que ça ne marche pas à tous les coups mais que ça évite quand même d’avoir 50 enfants de même sexe à la queue-leu-leu, comme Danaos et Égyptos, ce qui est
un peu redondant et voire même fatigant. À la longue.

(3)- Le risque, car ç’en est un, d’avoir 50 filles sur 50 naissances est de un sur
1 125 899 906 842 624 et même en arrondissant c’est un risque faible. On pourrait
dire une rareté. Mais qui -à lui seul- justifie une contraception efficace. À noter que la
SNCF, jamais avare de réductions, proposait chez les grecs carrément la gratuité et
un wagon dédié pour ces familles très nombreuses. Sous réserve de piailler mezza
voce et de le rendre propre à la fin du voyage.

(4)- L’inceste chez les Dieux grecs n’était guère répréhensible pourvu qu’il soit
pratiqué de façon non ostentatoire. Ainsi pratiqua Cronos, plus connu dans son
quartier sous le nom de Saturne. Issu de la première génération des dieux, il avait
une force incroyable. On le reconnait grâce à sa faucille avec laquelle il tua son père
Ouranos qui était devenu très désagréable avec sa mère. Il l’avait au préalable
émasculé d’un coup sec. Il est à ce titre le patron-référence des casse-cou…..
Il était le Roi des Titans, des divinités géantes, frères des Cyclopes qui ont précédé
les dieux de l’Olympe. Il épousa sa propre sœur Ops. Ops ! c’est le cas de le dire…
On l’appelle aussi Rhéa et elle lui donna 5 ou 6 enfants dont Zeus (Jupiter chez les
latins) qui allait connaitre un luxuriant destin.
Mais, tout de même ! 50 filles qui épousent leurs 50 cousins… C’est à se demander :
si l’on nous raconte tout ça juste pour voir si on écoute ou si ça n’est pas un gros
foutage de gueule sciemment organisé dont nous serions les victimes.

(5)- C’est devenu un problème assez classique qui est en général présenté de cette
façon :
Sachant qu’une Danaïde n’arrive pas même à remplir le tiers d’un tonneau en un
quart d’heure et demi combien de temps mettront 50 Danaïdes pour ne pas remplir
ce même tonneau puisqu’il n’a pas de fond.
Fernand Raynaud (1926- 1973) répondrait : un certain temps…