Le grand ménage de printemps

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Ils avaient juré la main sur le cœur au soir de leur réélection, il y a moins d’un an de cela, qu’ils allaient désormais écouter, agir, compatir. Vraiment, réellement, concrètement, prendre en compte les difficultés quotidiennes croissantes de l’ordinaire du Français moyen. Et y remédier rapidement.
Rappelez-vous ce dimanche soir du premier tour, lorsqu’ils nous expliquaient la mine grave et le ton faussement préoccupé qu’ils « avaient compris le cri de souffrance des Français », mais qu’il « ne fallait pas céder à la tentation du pire » et que c’est promis, cette fois-ci (même si cela n’a jamais réellement fonctionné lors des précédentes tentatives), si on leur accordait notre confiance (c’est-à-dire nos voix), tout irait mieux…
Ce n’était qu’un mirage.
Apeurés, épouvantés, terrorisés, à l’idée d’un processus démocratique trop incertain (le vote parlementaire), ils ont préféré opter pour le 49.3. Flagrant déni !
Encore une entourloupe, encore une trahison, encore une manipulation de plus qu’il faudrait endurer sans broncher ?
Dans un tel contexte, pas de quoi s’étonner des manifestations spontanées, de la colère, des turbulences que cela peut susciter, voire du ressentiment, de la folie et des débordements beaucoup plus dramatiques que ce climat délétère laisse présager. La brutalité politique, autoritaire et arbitraire, n’étant que la source d’une compréhensible sinon légitime escalade insurrectionnelle.
Il s’en est pourtant fallu de peu. Seulement 9 voix (et un peu de courage) ont manqué pour faire soudainement vaciller l’artificiel édifice “universel et progressiste” du prétendu nouveau monde, personnifié par un président monarque, davantage préoccupé par les exigences des marchés financiers que le bien-vivre (du moins limiter le mal de vivre) du peuple dont il est supposé améliorer la condition.
Voilà donc qu’une véritable crise institutionnelle s’ouvre devant nous. Une crise de confiance, une crise de légitimité surtout.
Un fossé gigantesque s’est irrémédiablement creusé entre des élites qui n’ont jamais connu et ne connaîtront jamais les fins de mois difficiles, évoluant dans une sorte de réalité parallèle, et le reste des citoyens contributeurs, financeurs, collaborateurs malgré eux, de ce système de plus en plus défaillant et abusif.
La confrontation idéologique risque donc désormais de s’enliser dans une forme plus frontale, plus nerveuse, plus déraisonnable. Regrettable mais vraisemblablement plus efficace avec des grèves, des blocages, et toutes ces tentatives (souvent réussies) de paralysie de l’économie.
Ce contexte peu reluisant s’avère très inquiétant. Sauf pour ceux qui n’ont rien à perdre, dont les rangs grossissent hélas à vue d’œil, au vu des révoltantes injustices sociales qui les frappent.
Rappelons-nous ce que l’Histoire de notre pays nous enseigne.
A savoir que lorsqu’un gigantesque rassemblement populaire débute spontanément sur la place de la Concorde, ce n’est jamais très bon signe pour la suite des événements.
Et qu’à défaut d’attendre l’été pour espérer savourer quelques jours heureux, le peuple pourrait soudainement s’affairer au radical et grand ménage de printemps…