Toussaint : et si la mort n’existait pas ?

L'évolution de notre époque fait bouger les lignes du rapport à la vie que nous entretenons : nos désirs, nos choix, nos idéaux. Et avec lui, inévitablement, celui du rapport à la mort. Décryptage sociologique.

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La vie, l’amour, la mort…

Le rapport des Français à la mort, à la vie après leur disparition terrestre ou encore à l’organisation de leurs obsèques a considérablement évolué.

Fort d’historiques précis, l’IFOP a mesuré, à la demande de l’agence spécialisée en data FLASHS et du site Plaquedeces.fr, cette évolution à la lumière d’une nouvelle enquête menée auprès de plus de 1 000 Françaises et Français.
Les résultats de cette étude montrent que l’approche religieuse de la mort continue de perdre du terrain, ainsi que le traduit la volonté exprimée par 6 personnes sur 10 de privilégier une cérémonie civile, voire pas de cérémonie du tout, lors de leurs obsèques. Il en est de même pour l’inhumation à laquelle nos compatriotes ont de moins en moins recours au profit de la crémation.
Cette enquête met également en lumière l’incertitude grandissante des Françaises et des Français quant à la possibilité d’une vie après la mort, la part de personnes ne se prononçant pas sur cette éventualité ayant doublé en 50 ans.
Ils montrent par ailleurs que les jeunes générations sont celles qui aujourd’hui croient le plus dans les concepts de paradis, d’enfer ou de réincarnation. Pas obligatoirement en raison de leur adhésion à une religion, mais aussi parce qu’ils sont, comme l’ont montré d’autres études récentes, plus sensibles aux phénomènes non expliqués par la science.
Enfin, s’ils sont très majoritairement angoissés par la mort, les Françaises et les Français le sont bien plus par la perspective de perdre un proche que par leur propre décès.

Au-delà et croyances

En 1948, 58% des Français croyaient en la vie éternelle. Ce chiffre a chuté à 27% en 2023.
Les jeunes générations sont plus enclines à croire en la vie éternelle : 37% des moins de 35 ans y adhèrent contre 18% des 50-64 ans et 23% des 65 ans et plus.
La croyance en la réincarnation a pour sa part augmenté ces 20 dernières années, passant de 22% en 2004 à 32% en 2023. C’est le cas de 43% des moins de 35 ans et de plus de la moitié (55%) des croyants religieux.
Les croyances en le paradis et l’enfer sont restées stables : 32% en 2023 contre 30% en 1980. 80% des croyants religieux et 48% des moins de 35 ans pensent qu’ils existent.
24% des personnes interrogées croient en la résurrection, une baisse par rapport aux 30% qui l’indiquaient en 1980.
39% des Français – et 58% des athées convaincus – estiment que l’être humain disparait totalement après la mort…

Obsèques : moins de religion, plus de crémation

Majoritaires en 2008 (55%), les Français qui souhaitent des obsèques religieuses sont aujourd’hui 40%. 6 sur 10 envisagent une cérémonie civile (31%) ou pas de cérémonie du tout (29%).
Avec 50% de Français qui veulent y avoir recours, la crémation confirme avoir pris le pas sur l’inhumation (29% contre 53% en 1979).
63% des Français aimeraient que leurs cendres soient dispersées dans la nature, ce qui est autorisé, et 44% souhaiteraient un enterrement hors d’un cimetière, ce qui ne l’est pas.
11% des personnes interrogées sont séduites par l’idée d’envoyer leurs cendres dans l’espace, les hommes (16%) l’étant plus que les femmes (7%).
Moins de la moitié des Français (44%) considèrent que le critère environnemental est important dans le choix entre crémation et inhumation. C’est notamment le cas des croyants religieux qui sont 58% à l’indiquer.

L’angoisse de la perte

Moins de la moitié des Français (49%) sont anxieux à l’idée de leur propre mort, mais 88% le sont à l’idée de perdre un proche. La perte d’un enfant (83%), d’un conjoint (76%) ou encore d’un ami proche (70%) est très redoutée.
Les femmes sont généralement plus anxieuses à propos de la mort que les hommes. Elles sont ainsi 54% à redouter leur propre disparition contre 45% des hommes.

Vie après la mort : les Français de plus en plus indécis

Au cours des 50 dernières années, la croyance en une vie après la mort chez les Français a légèrement diminué de 37% à 31%.
Le nombre de personnes indécises ou incertaines a doublé au cours de cette période, passant de 16% en 1970 à 33% en 2023.
Les jeunes sont plus enclins à croire en une vie après la mort que les personnes plus âgées. 41% des moins de 35 ans y souscrivent contre 27% des plus de 35 ans.
69% des croyants pratiquants envisagent cette perspective, un chiffre nettement supérieur à celui des simples croyants (38%) et sept fois plus élevé que celui des athées (10%).

Étude réalisée par l’IFOP pour Plaquedeces.fr du 5 au 6 septembre 2023 par questionnaire auto-administré auprès d’un échantillon de 1 013 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatif de la population française.

 

21 grammes…

Nous sommes au début du XXe siècle, dans la première décennie. Un médecin américain,
Duncan McDougall, émet l’hypothèse que l’âme a peut-être une masse et que parvenir à la
peser, apporterait confirmation de son existence. On est alors dans une société mécaniste,
pénétrée de scientisme. La science est supposée capable de tout expliquer. On pèse, on
mesure, on calcule. On persiste à espérer démontrer scientifiquement les croyances ce qui
est un non-sens, la science reposant sur le doute, la croyance sur la certitude. Mais bon.
Alors, pourquoi pas l’ âme ? En 1907, supposant qu’elle a un poids et qu’au moment de la
mort, elle quitte le corps et lui survit, sa masse devrait se traduire par une différence de
poids avant et après la mort. Mc Dougall va donc peser six mourants sur leur lit, avant leur
décès puis juste après. Plus précisément, il mesure la variation de masse du lit sur lequel se trouvait le sujet et l’évalue à 21 grammes. Mais il ne va pas s’en tenir là. Démontrer
l’existence de l’âme chez l’humain est une chose, encore faut-il démontrer qu’elle n’existe
pas chez les animaux. Il fait alors la même chose sur quinze chiens qu’il euthanasie et selon lui, n’observe cette fois chez les animaux aucune perte de poids à la mort. CQFD ! Et dans son article dans « l’American Medecine », qui lui vaudra la notoriété, le Dr McDougall
présente ses expériences comme preuve scientifique de l’existence de l’âme humaine.
D’autres chercheurs firent d’autres hypothèses pour prouver l’existence physique de l’âme,
mais aucune n’aboutit. Tous s’accordèrent cependant sur le manque de rigueur scientifique
de l’expérimentation menée par McDougall.

Le corps et l’Âme dans les religions

Pour les chrétiens Jusqu’à Vatican II l’incinération ou toute dispersion des corps était
interdite à l’instar des autres religions du Livre, Judaïsme et Islam .
Pour les chrétiens, c’est le Christ mis au tombeau, mort puis ressuscité qui fait référence,
avec pour conséquence l’inhumation plutôt que la crémation, à laquelle avant Vatican II
(1963), l’Église était totalement opposée. A l’image de la résurrection du Christ, le corps est appelé à renaître le Jour du Jugement dernier et les ossements du squelette étaient perçus comme permettant la conservation. A l’heure d’aujourd’hui, si l’Église admet la crémation, les cendres sont les restes d’un corps et il ne doit y avoir ni dispersion ni conservation à domicile, mais dépôt dans un lieu de mémoire, sépulture ou colombarium.
Et dans les autres religions ?
A l’opposé des religions du Livre, chrétiennes, judaïques, islamiques, la réincarnation est une conception propre aux religions dites « du Brahmane » hindouisme et bouddhisme.
Pour ces religions, adeptes de la réincarnation, l’âme est immortelle, le corps n’est considéré que comme l’enveloppe extérieure d’une âme immortelle. Matérielles, fugaces et
temporaires, nous passons de l’une de ces enveloppes à une autre et celle du moment est le produit des précédentes, dont nous ne nous souvenons pas. Au fil de nos réincarnations,
notre âme migre d’un corps à un autre, humain ou même animal.
Il y a donc incompatibilité absolue entre la métaphysique linéaire des religions du Livre qui
dissocie le corps de l’âme pour les inscrire dans un parcours en continuité depuis la
naissance jusqu’au paradis ou au jugement dernier, et la métaphysique circulaire du
brahmane, bouddhisme ou l’indouisme qui ne les dissocient pas et intègre leur unité dans
un cycle de réincarnations successives.

 

Les lanternes des morts

Les lanternes des morts sont des monuments un peu mystérieux. Les premières seraient
apparues dès la fin de l’époque romane aux XIIème ou XIIIème siècle.
Surtout présentes dans le Sud Est, et la plupart du temps érigées dans les cimetières, ce sont des tours ou des colonnes creuses de hauteurs variables toujours surmontées d’un pavillon avec des ouvertures, accueillant une lumière pour former un fanal. Un escalier ou plus souvent quelques encoches latérales en permettaient l’ascension pour entretenir à leur
sommet l’éclairage d’une lampe à huile. La signification de ces édifices funéraire reste
discutée. Ils servaient à protéger, dit-on, les morts du diable et les vivants des revenants.
Associées à des cimetières anciens, les lanternes des morts ont également donné naissance
à de véritables légendes : ainsi, on raconte qu’à Saint-Pierre d’Oléron, un souterrain partait
de la lanterne vers le monastère voisin.
L’Église n’approuvait guère de mettre des lumières dans les cimetières. Elle y voyait perdurer une tradition païenne car dans l’antiquité il était rituel d’entretenir une flamme auprès des tombes. Toujours en usage chez les premiers chrétiens, l’Église condamne cette pratique vers 305 au concile d’Elvire.
Parmi les hypothèses avancées quant à leur sens, la plus probable est celle qui associe la
présence de Dieu à une lumière qui éloigne les démons et protège les vivants. La lumière
c’est la vie, par opposition à l’obscurité et la mort. Opposée aux ténèbres où sévissent le
diable et ses démons la lanterne éclairée protègerait la nuit les vivants des revenants et
veillerait sur l’âme des défunts qui attendent leur salut.
En Loire-Atlantique, aux Moutiers-en-Retz, la lanterne des morts reste en fonction à l’heure
d’aujourd’hui et s’éclaire lors de la Toussaint ainsi qu’à chaque décès.

La ville où il est interdit de mourir

Longyearbyen, capitale territoriale la plus septentrionale au monde à seulement 1 300
kilomètres du pôle Nord se situe sur l’île principale du Svalbard au Spitzberg. Elle
compte un peu plus de 2 000 habitants. Les températures sont la plupart du temps
négatives et le sol constamment gelé rend extrêmement difficile la décomposition des
corps. A la fin des années 1990, une équipe scientifique qui menait des recherches sur le
virus de la terrifiante grippe espagnole de 1918 a exhumé des corps de personnes décédées de cette maladie et enterrées au cimetière communal de Longyearbyen. Les scientifiques y ont retrouvé des virus toujours potentiellement actifs grâce à la congélation des corps. Une découverte qui a motivé une mesure radicale dans les années 1950 : celle de réglementer la mort !  Ainsi, la municipalité a carrément interdit à ses administrés d’y décéder…
Pour être enterrés au cimetière de Longyearbyen, il est obligatoire que les corps soient incinérés sur le continent. Dans la même idée, dès les premiers signes de maladie ou de dépendance, les personnes âgées doivent rejoindre le continent. Les naissances n’y sont pas davantage tolérées. En raison de l’absence d’hôpital, les femmes enceintes sont transférées sur le continent des semaines avant le terme de leur grossesse et elles ne peuvent revenir qu’une fois la santé de leur bébé stabilisée. Mais les interdits ne s’arrêtent pas là. Les chômeurs y sont également prohibés. Dès la perte de votre emploi, vous êtes viré ! Les autorités estiment en effet qu’au regard des conditions de vie extrêmement rudes, chaque habitant doit être capable de subvenir à ses besoins. Longyearbyen est évidemment l’une des villes avec le plus faible taux de chômage du monde…

Sources : https://dailygeekshow.com/longyearbyen-mourir-interdit/



Les rites funéraires

Chez les juifs, ce n’est que lorsque le défunt rend son dernier souffle que l’un de ses proches peut lui fermer les yeux et la bouche. Ensuite, le corps est recouvert par un drap. On doit également recouvrir tous les miroirs et laisser une bougie ou une veilleuse allumée près du visage du mort. La crémation est réprouvée. Méthode d’élimination systématique des dépouilles dans les camps nazis, elle ajoutait donc à la torture physique la violence
métaphysique.
Chez les musulmans, l’âme prend 40 jours pour se libérer du corps du défunt. Les rites
funéraires se terminent donc au 40ème jour après l’inhumation. Pendant la toilette rituelle,
on place la tête en direction de la Mecque et de la Kaaba . Le lavage du corps se fait par 4
personnes du même sexe que le défunt à l’exception du veuf ou la veuve qui ont le droit d’y participer. Le corps est essuyé et enveloppé dans un tissu blanc.
La cérémonie religieuse se tient au cimetière en la présence des hommes seulement et de
l’imam placé face au cercueil. Ce dernier prononce une prière en récitant des sourates du
Coran. Juste avant l’enterrement, le corps du défunt est placé sur le côté droit avec la
poitrine tourné vers la Kaaba. La crémation est réprouvée.
Rites funéraires bouddhistes : Au moment du dernier souffle, le corps est habillé en une tenue blanche et est placé dans la position du Bouddha (couché sur le côté droit avec la main gauche sur la cuisse et la main droite sur la joue). Une veillée est pratiquée, il n’y a pas de toilette rituelle. Les bouddhistes favorisent la crémation mais acceptent l’enterrement. Les cendres du corps sont ensuite déposées au temple où des moines le conservent pour symboliser l’éveil de l’âme.
Les rites funéraires protestants se déroulent dans une grande simplicité. Les protestants font principalement des lectures de Bible. Le défunt est remis à Dieu et la cérémonie funéraire ne s’adresse pas à lui mais aux vivants.
L’hindouisme est la 3ème religion la plus pratiquée dans le monde. Les défunts sont brulés.
La cérémonie funéraire hindouiste est appelée Puja. Lors de la veillée funéraire, le corps est
gardé par la famille dont la présence est obligatoire. Le corps, vêtu de blanc et recouvert de fleurs est porté sur un brancard par quatre personnes jusqu’au lieu de crémation pendant que le prêtre récite un mantra. Une personne disperse de l’eau sur le trajet du convoi. Le fils ainé, habillé lui aussi en blanc, allume le bûcher funéraire sur le lieu de la crémation.