Dernière ligne droite

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Allez, vas-y, c’est la dernière, la toute dernière.
Dernière semaine, dernière ligne droite, dernière station avant autoroute.
Avant les premiers départs de masse vers la grande bleue : pour certains les files d’attente au péage, pour d’autres les itinéraires bis et la nationale 7. Ici se joue déjà le carrefour des destinées. Allez, un dernier coup de rein. Un dernier tour, presque rien.
Ensuite, pour longtemps, les grilles de l’école se refermeront. A l’inverse des portes de la liberté, du champ des possibles et des « saveurs de saison ».
Allez, on s’applique. Il faut soigner sa sortie. Bien appréhender l’ultime chicane, s’assurer d’avoir toujours suffisamment de ressource, avant le grand bouquet final. Préparer le passage de la ligne d’arrivée avec panache. C’est important. Même fondamental.
Allez, promis, juste un dernier effort. Avant le terminus des contraintes, des habitudes, des horaires. Ce carcan quotidien, morne, linéaire et insuffisant…
Ensuite, les rythmes prendront de l’amplitude, nos journées deviendront plus hasardeuses.
Nos existences, d’ordinaire si sclérosées par nos emplois du temps hermétiques, nous échapperont davantage. L’imprévu y aura toute sa place. C’est heureux.
Tu verras, il y aura des parfums, des visions, des sensations : moissons, poissons, sirènes et monoï. Tant de souvenirs à se fabriquer.
L’exaltation des sentiments, l’appréhension du temps présent, avec un peu de chance peut-être même, la saveur d’un amour naissant ? Je te le souhaite, même si la vive brûlure de l’abandon et de la distanciation suit presque toujours fatalement l’effervescence du cœur.
Tu comprendras tout ça plus tard. Bien plus tard. Vraisemblablement, en contemplant le lever du soleil sur une nouvelle peau que tu découvriras…
Alors, tu assimileras cette explosion sensorielle, sensationnelle. Tu cultiveras, j’espère, cette passion indéfinissable qui bien plus qu’un soleil caniculaire, te chavirera, souvent te consumera, mais te révèlera pour la transcendance qu’elle t’apporte, lorsque la raison t’abandonne, t’exempte des conventions, te dénude de l’asservissement.
Ainsi, ta réalisation s’accomplira. Et la boucle sera bouclée.
Allez c’est la lutte finale. Dernière semaine, dernière ligne droite, dernière station avant autoroute.
Un dernier plein d’essence, avant les grandes vacances. Les plus vraies, les meilleures, les plus intenses.
Mais en attendant, prends ton cartable et lace tes chaussures.
On est lundi matin, il est 8h15. Allez Loris, on y va !