Éditorial

Dernière station avant autoroute

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Allez, vas-y, c’est la dernière : dernière semaine, dernière ligne droite, dernière station
avant autoroute.
Avant les premiers départs de masse vers la grande bleue. Pour certains les files d’attente au péage, pour d’autres les itinéraires bis.
Avant la réapparition des programmes de circonstance : météo des plages, grande saga de l’été, rediffusions du best-of des principaux talk-shows du “Paysage Audiovisuel Français”.
Allez, un dernier coup de rein. Un dernier tour, presque rien. Cinq jours seulement et encore, même pas. Juste quatre, car durant le dernier, tu ne feras plus que des jeux.
Ensuite, pour longtemps, les grilles de l’école se refermeront. A l’inverse des portes de la liberté, du champ des possibles et des “saveurs de saison”.
Allez, on s’applique. Il faut soigner sa sortie. Bien appréhender l’ultime chicane, s’assurer d’avoir toujours suffisamment de reprise, avant le grand bouquet final. Le passage de la ligne d’arrivée.
Allez, juste un dernier effort. Promis il n’y en aura plus qu’un. Avant la phase terminale.
Le terminus des contraintes, des habitudes, des horaires.
La parenthèse autorisée à s’extirper (provisoirement) du cadre. A s’affranchir de se lever tôt, à occulter les devoirs du présentable, de l’acceptable, de l’avouable.
Puis, les rythmes prendront de l’amplitude, les destinées deviendront plus hasardeuses.
Nos existences, d’ordinaire si linéaires, aux emplois du temps hermétiques, nous échapperont davantage. L’imprévu aura toute sa place. Enfin.
Tu verras, il y aura des parfums, des visions, des sensations : moissons, poissons, sirènes et monoï. Tant de souvenirs à fabriquer.
L’exaltation des sentiments, l’appréhension du temps présent, avec un peu de chance peut-être même, la saveur d’un amour naissant ? Si seulement.
Tu comprendras tout ça plus tard. Bien plus tard. Vraisemblablement, au lever du soleil sur une peau étrangère…
Alors, tu connaitras certainement cette explosion sensorielle, sensationnelle, cette permanente effervescence. Tu assimileras, cultiveras, j’espère, cette passion indéfinissable qui bien plus qu’un soleil caniculaire, te brûlera, te chavirera, te consumera mais te révèlera.
Jusqu’à ce que la raison t’abandonne, t’exempte des conventions, te dénude de l’asservissement. La réalisation s’accomplira. Et la boucle sera bouclée.
Allez c’est la lutte finale. Dernière semaine, dernière ligne droite, dernière station
avant autoroute.
Un dernier plein d’essence, avant les grandes vacances. Les plus vraies, les meilleures, les plus intenses…
Mais en attendant, prends ton cartable et lace tes chaussures.
Nous sommes lundi, il est 8h20. Allez, on y va !