Arrivent les belles et longues nuits d’été et nous allons pouvoir admirer les fulgurances des étoiles filantes. Les plus apprêtées nous donnent rendez-vous en août et occasionneront bien des rencontres nocturnes, le nez en l’air.
Les « Nuits des étoiles filantes » seront célébrées du 7 au 9 août un peu partout. Les plus populaires sont les Perséides qui durent du 17 juillet au 24 août (1). Et comme la fête de Saint Laurent est le 10 août nous pourrons observer « les larmes de Saint Laurent ». Selon la tradition populaire les étoiles filantes seraient les larmes du martyr supplicié sur un gril. Pour d’autres ce sont les braises du bûcher… (2)
Rassurons les âmes sensibles. On sait aujourd’hui que ces étoiles filantes, l’essaim des Perséides, témoignent du passage de la Terre au cours de sa révolution en une année parmi les résidus de la comète Swift-Tuttle qui rougeoient lors de leur entrée dans l’atmosphère à 60 km/s (3).
Au IIème siècle on croyait, instruits par le grand savant Claude Prolémée, que les dieux quand ils souhaitaient une récréation bon marché et désopilante pour distraire leur ennui entrouvraient les sphères célestes, histoire de jeter un œil (4). C’est le temps de ce clin d’œil qu’apparaissaient dans les nues l’envers du décor sous forme de traits de lumière.
L’histoire ne le dit pas, mais moi je vous le dis : le spectacle -déjà à cette époque – était navrant et les dieux s’empressaient de refermer la boite. Et parfois ils ajoutaient : “Purée ! Quels nouillots ! C’est pas Dieu possible !” (5).
Ce bref instant de connivence entre nous autres pauvres nigauds et les dieux a pu nous faire croire qu’on pouvait en tirer quelque avantage. C’était donc l’occasion d’un vœu (6).
Mais les dieux n’exauçaient jamais les vœux pour qu’on ne prenne pas de fâcheuses habitudes.
C’est dommage mais c’est ainsi.
Notes à peine lues déjà disparues :
(1) – Cette année les étoiles filantes affronteront la concurrence de l’éclipse de notre étoile, le Soleil, le 12 août à 19h22. Elle sera bien visible chez nous et ne se renouvellera qu’en 2081. Il ne faudra donc pas rater son passage. Le château de Chevreaux au sud de Lons est un lieu élevé qui pourrait convenir parmi tant d’autres.
(2) – Saint Laurent est né en 220 environ en Espagne. Il est devenu le diacre du pape Sixte II qu’il avait connu à Saragosse avec mission de distribuer une partie des revenus de l’Église aux pauvres. Il est mort en martyr sur le gril en 258 à Rome lors des persécutions de l’empereur Valérien. Sommé par ce dernier de livrer les biens de l’Église pour entretenir ses troupes, Saint Laurent a montré les pauvres, les estropiés, les va-nu-pieds en disant à Valérien : « Voici les trésors de l’Église ». Ça n’a pas plu…
(3) – Les étoiles filantes ne sont pas des étoiles. Ce sont de minuscules grains rocheux, parfois des poussières, venus du cosmos. Elles entrent dans l’atmosphère à grande vitesse : entre 11 et 72 km/s. À cette allure le frottement avec l’atmosphère embrase ses gaz, décroche les électrons de leurs noyaux et cette ionisation provoque des températures faramineuses qui illuminent le ciel.
Un jour une comète du nom de Swift-Tuttle au cours de son parcours en forme de parabole, s’est approchée du Soleil. La chaleur de notre étoile a fait fondre une partie de sa matière de roche et de glace. Elle a continué sa trajectoire vers les confins du système solaire laissant derrière elle des fragments de glace et de sable abandonnés. Et chaque fois que la Terre, au cours de sa révolution autour du Soleil, traverse (tous les mi-août) ce tas de miettes son atmosphère les fait entrer en incandescence et provoque des « étoiles filantes ».
Lewis Swift et Horace Tuttle ont découvert la comète en 1862. Elle décrit sa parabole autour du Soleil en 133 ans. Elle est passée près du Soleil en 1992 et ses 26 km de diamètre reviendront s’y frotter en 2125.
(4) – Les dieux sont confrontés jour après jour à l’éternité et Woody Allen disait « L’éternité, c’est long, surtout vers la fin ».
Les dieux étaient immortels. Peut-être le sont-ils encore ? Ils étaient beaux, doués de tous les pouvoirs ou presque et dispensés de travailler. Ils comprenaient vite que tout ça n’était pas folichon et ils se lancèrent dans diverses stratégies pour s’emmerder le moins possible.
Il y avait les amours hors mariages, les intrigues, les petites vacheries, les métamorphoses (sorte de carnaval des dieux), les banquets bien arrosés, les concours de beauté. La chasse aux muses, le bal musette et la cornemuse permettaient aussi de musarder et de s’amuser… Mais pas de quoi occuper l’éternité.
Heureusement il y avait les punitions qui les occupaient beaucoup. Arachné défie Athena au tissage ? Elle est changée en araignée ! Actéon surprend Artémis nue dans son bain ? Il est transformé en cerf et mangé par ses chiens. Ça occupe un moment mais on s’en lasse vite.
(5) – En Comté, un nouillot, une nouillotte est une personne molle, niaise et sans énergie. Une nunuche.
(6) – Cette façon de toujours quémander ! Une étoile filante traverse le ciel avec grâce, mystère et panache. C’est un tout petit morceau de miracle rien que pour nous. Et nous, au lieu de nous émerveiller, on réclame aussitôt !
De l’amour, de l’argent, la santé, le retour de l’aimée -et de sa sœur aussi-, la mutation du chef de service, la baisse du prix du fuel, perdre trois kilos pour rentrer dans son maillot de bain quand la canicule sera venue
Et le bel éclat lumineux venu du fond du cosmos repart avec une liste de commissions pire que pour les soldes du black friday…
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