Éditorial

Couvrez ce sein, que je ne saurais voir

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Parmi l’abondant courrier des lecteurs reçu à notre agence, lors de notre retour de vacances, une missive a particulièrement retenu mon attention.
Gilles m’écrit ainsi :
“La pratique du seins nus est en train de disparaître de nos piscines et de nos plages ! Il y a quelques temps, vous aviez écrit un si bel éditorial au sujet de la disparition du slow. Faites-en de même avec le topless !”.
Alors évidemment, ni une ni deux, même si j’avais déjà ma petite idée sur la question, avant de prendre la plume, je me suis un peu documenté sur le sujet.
Ce faisant, je suis tombé sur un sondage, réalisé en avril dernier pour le site Viehealthy.com, auprès d’un panel représentatif de plus de 5000 femmes, de 18 ans et plus résidant en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni.
Le constat est formel : un quart des femmes interrogées affirment enlever, “régulièrement ou occasionnellement” le haut, donc trois quarts y renoncent.
Précisément 22% pour les Françaises, qui étaient pourtant 43% à afficher cette pratique au milieu des années 80… C’est à dire qu’en 30 ans, le “seins nus” a diminué de moitié.
On apprend aussi qu’il y a davantage d’européennes exposant leur poitrine chez les femmes plus âgées : 33% des 50-59 ans, 30% des 40-49 ans, mais à peine 20% des moins de 30 ans.
Dans l’Hexagone, seulement 13% des moins de 30 ans ont déjà bronzé topless, contre 25 % des plus de 40 ans. Voilà qu’apparaît le fameux fossé générationnel…
Pourquoi ?
56 % des Françaises évoquent “un motif sanitaire” qui effectivement peut se justifier, notamment via les risques de cancer de la peau ou du cancer du sein.
Mais plus surprenant, et c’est là où l’étude révèle une nouvelle tendance sociétale, 35% gardent le haut “pour éviter les regards déplacés des hommes”. Proportion qui grimpe à 59% chez les Françaises de moins de 25 ans !
Preuve que l’ancienne génération avait bien assimilé les “règles du jeu”, et s’en accommodait sans s’en soucier. Car c’est une loi bien “naturelle”, à l’instar d’une rivière qui prend toujours le plus court chemin pour descendre de la montagne et rejoindre la mer, instinctivement, le regard (puis le ressenti) se place, toujours là où il est le mieux.
Il suffit de songer aux innombrables œuvres d’art ayant eu comme point de départ, ce genre de vision idyllique, puis de déclinaison émotionnelle, pour le comprendre…
Enfin, 28% des Françaises refusent le monokini “pour éviter les critiques sur leur physique” dont 41% chez les moins de 25 ans.
En résumé, pour la plupart de nos jeunes demoiselles (les jeunes hommes en font de même), aujourd’hui, on évite les regards, on évite les critiques, on évite tout ce qui ne nous arrange pas et pourrait contredire nos convictions. On s’affranchit du principe de réalité, en quelque sorte…
“Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées”.
Le Tartuffe de Molière mettait déjà le doigt dessus, il y a près de 350 ans.
Allons vite nous (en) laver les mains…