Les patrons otages de leur personnel

Démissions, hausses de salaire, conditions de travail, dialogue individuel et social : après le big bang Covid, bienvenue dans un monde du travail surréaliste.

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C’est devenu la préoccupation numéro une des patrons : sondés par la Fédération du commerce coopératif et associé, 79% d’entre eux font état de problèmes pour embaucher de nouveaux collaborateurs depuis le Covid. Les ressources humaines constituent donc le sujet d’actualité le plus brûlant, devant même les délais d’approvisionnements (71 %) et la hausse des matières premières ou intrants (68 %).
Conséquence logique : les nouveaux embauchés sont mieux payés que les anciens, puisqu’il faut réussir à les attirer. Résultat : pour obtenir une augmentation de salaire de 10%, il vaut mieux aller voir ailleurs plutôt que de demander ou espérer une hausse de votre patron. Des chefs d’entreprise se refusent en effet  à des augmentations de salaire, craignant un effet « boule de neige » et une augmentation de la masse salariale face à une récession annoncée, ou « trichent » un peu en proposant des primes ponctuelles ici où là… Les hausses conséquentes du SMIC (5,2% depuis le 1er janvier 2022, ce qui représente environ 80 euros brut et 60 euros net par mois) bénéfiques en soi, « écrasent » aussi la pyramide des rémunérations, puisque des salaires un peu supérieurs n’ont pas connu telle embellie. Raison de plus pour certains de démissionner et d’aller voir ailleurs pour fixer dès l’embauche leurs nouvelles prétentions.
Un phénomène particulièrement perceptible dans des métiers « en présentiel » ipso facto. Selon certains sociologues du travail, les confinements à répétition ont créé une sorte de sentiment d’injustice entre ceux forcés d’aller au charbon (et forcés d’accepter les risques sanitaires afférents), et ceux qui pouvaient rester « tranquillement » à la maison (sans oublier ceux qui ont goûté aux « joies » du chômage partiel, souvent pour la première fois de leur vie). 

Des RTT et être écoutés…

Car les confinements n’ont pas été vécus par tous dans la douleur : plusieurs études ont montré une nouvelle donne inédite dans le monde du travail. Ainsi, 60% des salariés déclarent que la crise sanitaire leur a enseigné d’accorder moins d’importance au travail dans leur vie. Mieux, près de 66% déclarent de plus vouloir travailler dans un environnement contraire à leur bien-être personnel ! Des aspirations que les patrons sont bien obligés d’intégrer face à la pénurie de candidats et à un taux de chômage historiquement bas. Mais le télétravail a également rompu le mur qui existait entre vie professionnelle d’un côté, et vie privée de l’autre : désormais les deux doivent cohabiter avec davantage d’harmonie… d’où des demandes de RTT ou de samedi chômé dès les entretiens d’embauche relèvent certains patrons médusés.
Il faudra bien qu’ils s’y fassent, car ce lien distendu avec le travail, c’est à eux de le retisser. Pour garder les meilleurs éléments, les directeurs des ressources humaines mettent l’accent sur davantage d’interactions au sein des chaînes hiérarchiques : désormais les collaborateurs doivent avoir le sentiment d’être écoutés, via des points renforcés avec leurs supérieurs, ou un dialogue social plus constructif. Au final, nous vivons une petite révolution dans le monde du travail, les métiers de l’hôtellerie restauration si médiatisés ne constituant que la partie émergée de ce nouvel iceberg sociétal.

La rédaction