Le nucléaire renforcé par le nouveau « choc pétrolier »

L’embrassement du pétrole, du gaz, et de l’électricité promet un hiver pimenté. La France sauve toutefois les meubles « grâce » au nucléaire, mais beaucoup de questions restent en suspens sur le meilleur ‘mix’ à adopter.

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Bientôt 100 € pour faire le plein d’essence sans plomb ? Depuis plusieurs semaines, les prix à la pompe battent des records avec un baril de Brent autour des 80-85 dollars, tandis que des cassandres de plus en plus nombreux évoquent son ascension vers la barre symbolique des 100 dollars le baril. De quoi donner des sueurs froides tant aux particuliers qu’aux entreprises, puisque la part des produits pétroliers représente la majeure partie de la consommation énergétique finale en France (43%), devant l’électricité (25%) et le gaz (20%). Pourquoi une telle inflation ? Une des raisons principales tient dans un manque d’investissement structurel depuis plusieurs années : face à la faiblesse des cours, mais aussi au « tout énergies renouvelables » prôné par une majorité de pays développés, les compagnies ont taillé dans leurs dépenses nécessaires à l’entretien et la modernisation de leurs exploitations.  Pour échapper aux griffes de l’or noir, la France peut toutefois compter sur ses centrales nucléaires, qui assurent l’essentiel (67,1%) de la production électrique en France. De quoi rappeler que les « anciennes » sources d’énergie sauvent la mise, alors que les énergies renouvelables montent en puissance mais s’avèrent notoirement insuffisantes pour boucher les trous dans la raquette de la maison énergétique France. Mettre en œuvre la stratégie bas carbone à l’horizon 2050, revient en effet à diviser par deux la consommation d’énergie…tout en boostant de 30% la production d’électricité.

Quatorze nouveaux EPR ?

Une quadrature du cercle que le dernier rapport –très attendu- de RTE (le gestionnaire du réseau électrique) tranche en faveur d’un nouveau mix : “Si nous voulons être à l’heure des objectifs climatiques en 2030 puis 2050, à un coût maîtrisé et sans prendre le risque d’être exposé à des technologies encore peu matures, nucléaire et énergies renouvelables devront s’entendre dans les prochaines années”, a ainsi pointé Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE. Le développement à marche forcée des énergies renouvelables n’est pas remis en cause, mais leur intermittence (soleil, vent, eau) nécessitera d’énormes investissements pour stabiliser le réseau. L’électricité ne pouvant par essence pas être stockée, il faudra par exemple la transformer en hydrogène (stockable avec beaucoup de précaution) via un phénomène d’électrolyse de l’eau. En parallèle, RTE propose donc d’investir dans 14 nouveaux EPR pour remplacer nos centrales vieillissantes, voire à bout de souffle. Des propositions qui doivent être arbitrées au sommet de l’Etat pour garantir la souveraineté et la sécurité énergétique de l’Hexagone. Et des choix capitaux à venir, qui soulignent en creux que le nucléaire permet pour l’instant à la France de disposer d’une électricité en grande partie décarbonée…et bon marché.

L’Allemagne paie le prix fort

Plus de centrale nucléaire en 2022 : la décision prise par la chancelière Angela Merkel le 30 juin 2011, au lendemain du tsunami de Fukushima au Japon, a révolutionné la situation énergétique de nos voisins d’Outre-Rhin. Longtemps dépendante de ses centrales au charbon, l’Allemagne plus « verte » paie néanmoins au prix fort ses choix. Le prix du KWh culmine parmi les plus élevés d’Europe : près de deux fois plus qu’en France, tandis que la sécurité d’approvisionnement laisse entrevoir des risques de pénuries. Un constat au vitriol dressé par la Cour des comptes allemande, que d’autres pays d’Europe méditeront sans doute…