Le Jura manque de trains

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Credit photo : Ville de Dole.

LA REGION SE BOUGE SUR LES MOBILITES
Michel Neugnot, premier vice-président au Conseil régional en charge des transports, déplacements et intermodalités, revient sur la politique générale, menée par la collectivité, dans le domaine. De nouveaux travaux pour aller encore plus loin vont être engagés.

« Notre priorité est de travailler sur les infrastructures pour augmenter la sécurité, augmenter la régularité et amener de nouvelles fonctionnalités, introduit Michel Neugnot, premier vice-président à la Région, en charge des transports, déplacements et intermodalités. Nous agissons en partenariat avec la SNCF et l’Etat. » Rien que dans le Jura, 22 millions d’euros seront réalisés en 2021 pour améliorer le réseau. Et concernant le nouveau matériel Régiolis Alstom, les lignes qui traversent le Jura en ont été dotées comme toutes celles de Franche-Comté.
En matière de services, « ils doivent s’améliorer », poursuit l’élu, qui cite, à titre d’exemple, l’accessibilité. Un sujet qui est réglé à Dole et en train d’être traité à Lons-le-Saunier en lien avec la réalisation du pôle d’échange multimodal.
Concernant l’organisation des mobilités, les intercommunalités vont plancher avec la collectivité régionale. « Avec comme objectif la décarbonation des mobilités, la suppression du gazole d’ici 2028 et la limitation de l’usage individuel de l’automobile. »
Sur la « ligne emblématique des Hirondelles, si on continue l’exploitation telle qu’elle est aujourd’hui, il faut 100 millions d’euros d’investissement d’ici 2030. Nous allons échanger avec les élus et les populations du territoire pour définir les besoins réels de mobilités que nous voulons couvrir par le train (travail, tourisme, week-end, semaine…). Nous devons trouver le moyen de transport le plus adéquat au besoin défini. » Contrairement à ce qui a pu être relayé, la ligne n’a pas été déclassée. Elle était financée à 93 % par la Région, aujourd’hui elle le sera à 100 %. « Nous devons définir des fonctions et mettre un matériel roulant qui corresponde, peut-être plus léger, moins coûteux en acquisition et en fonctionnement comme cela existe en Suisse, en Allemagne ou en Italie, pour assurer sa pérennisation », illustre le vice-président.
Concernant la liaison Oyonnax / Saint-Claude, la ligne est totalement de la responsabilité de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « AURA a fait ce choix que la Bourgogne-Franche-Comté respecte. La limite départementale n’est pas la limite ferroviaire. »
Améliorer les dessertes
Le Conseil régional veut aussi améliorer les dessertes. La réflexion est menée dans sa globalité. Pour Michel Neugnot, il faut se demander : que se passe-t-il pour le voyageur avant et après la gare ? « A Dole, le nombre de dessertes est exceptionnel. A Lons, poursuit-il, nous sommes totalement tributaires de ce qui se passe à Lyon. » Mais la Région a essayé de compenser par des TER et des liaisons la suspension du TGV qui venait de Strasbourg. Quant à Mouchard-Andelot-Frasne-Vallorbe, les échanges se poursuivent avec les Suisses.
« La meilleure façon de défendre le train est de le défendre là où il est fort en matière de fonctionnalité », estime l’élu, qui veut aussi réenchanter les gares. « Elles méritent qu’on y prête une certaine attention. Nous pouvons faire en sorte que des services à la population soient mis en place dans les gares. » Michel Neugnot veut que ces lieux soient plus fréquentés et pas uniquement par les usagers du train qui ne représentent que 2 à 4 % des besoins de déplacements. Une trentaine de réalisations d’utilisation complémentaires au train existent à ce jour en Bourgogne / Franche-Comté ; dans le Jura, citons Dole et Arbois.

DU POINT DE VUE DES MAIRES…
A LONS
« Il n’y a jamais assez de trains »

Jean-Yves Ravier, maire de Lons-le-Saunier, attend surtout avec impatience que le TGV, supprimé il y a trois ans, s’arrête de nouveau dans la gare de la ville préfecture. « C’est un train important pour le territoire », appuie-t-il. Il va adresser un courrier au directeur de la SNCF dans les jours qui viennent pour savoir où en sont les travaux de la gare de la Part-Dieu, responsables de cette suspension.
De son côté, l’élu met en avant le gros travail de création d’un pôle multimodal dont une première phase va être inaugurée le 3 décembre prochain. Il s’agit du souterrain, ouvert depuis le 18 octobre. Le parvis de la gare et le dépose-minute seront réalisés en 2022 et l’ascenseur sud finalisé. En 2023, est programmée la gare routière. « Tout doit être terminé en juin 2023 », annonce l’élu.
Un élu qui estime qu’ « il n’y a jamais assez de trains. Si on veut que les Jurassiens le prennent pour aller travailler et rentrer chez eux, il faut plus de cadencement ! » Lui-même réfléchit en termes d’accès à la gare. « Il y aura toute une réflexion à avoir au niveau des bus. C’est un travail qu’il faudra faire jusqu’au niveau de l’agglomération. » Quant au pôle multimodal, il se veut « un lieu interactif : trains, bus, vélos, voitures. Nous développons les voies douces. Je veux faire avancer le projet de requalification de la rocade pour améliorer nos modes de transport sur le secteur. »
Quant au personnel de la SNCF, « je les sollicite régulièrement pour leur faire part de nos besoins ».

A POLIGNY
Un projet à la gare

Le maire, Dominique Bonnet, réagit : « Pour Poligny, les horaires et le cadencement ont été une bonne chose. De nombreux Polinoises et Polinois utilisent quotidiennement la liaison Poligny-Lons et cette ligne du Revermont est très fréquentée par les étudiants de l’Enil et du Lycée Friant qui viennent de loin. La gare de Poligny a un trafic annuel de 70 000 passagers et reste un maillon fort de nos transports en commun ».
L’élu annonce un projet de revitalisation et requalification, actuellement à l’étude, avec l’aménagement d’un parking plus important pour les voitures, d’une station pour les vélos et d’arrêts minutes pour voitures et bus. Une liaison douce entre le centre-ville et la gare est envisagée. « Un cadencement encore plus développé permettant notamment des liaisons avec la ligne Lyria permettrait une destination Paris avec la gare de Mouchard », conclut-il.

A SAINT-AMOUR
Toujours des inquiétudes

« Nous avions, en début d’année, interpeller la Région à la suite de la suppression du train du matin (arrivée à Lyon 8 h) et qui est largement utilisé par les habitants empruntant cette ligne quotidiennement pour aller travailler », rappelle le maire, Valérie Vaucher, qui a eu elle-même au téléphone le vice-président en charge des transports, déplacements et intermodalités, Michel Neugnot, pour expliquer le problème et l’incohérence de cette suppression.
« Depuis, la ligne a été rétablie, mais nous sommes très prudents sur l’avenir de nos lignes au regard du système entre la Région Bourgogne / Franche-Comté et Auvergne-Rhône Alpes. En effet, nous sentons un tiraillement entre les deux régions et Saint-Amour en fait les frais car du coup est rattachée en Auvergne-Rhône-Alpes du point de vue de la SNCF ! »
Les étudiants (- 25 ans) ne peuvent plus bénéficier des 50 % de réduction au départ de Saint-Amour. Pour cela, ils doivent soit prendre l’abonnement mis en place par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, soit partir de Cousance. « C’est plus qu’incohérent… », regrette l’élue.
Pour le problème de quai sur la gare de Saint-Amour, l’élue a échangé avec la Région, dont voici une partie de la réponse adressée en décembre 2020. Le vice-président rappelle que « la Région, en tant qu’autorité organisatrice des mobilités, met tout en œuvre pour rendre le réseau de transports régionaux accessible. Ainsi, je vous confirme que la Région a engagé et financé des études auprès de SNCF Gares & Connexions pour le rehaussement des quais en gare de Saint-Amour dont le rendu est prévu l’année prochaine pour des travaux programmés en 2023 de la semaine 26 à 39 ».

CE QU’EN PENSENT LES PARLEMENTAIRES…
Jean-Marie Sermier, député

Le maillage et la qualité du réseau ferroviaire sont essentielles pour l’aménagement du territoire national et particulièrement pour les départements ruraux tels que le Jura.
Je constate que malgré la loi sur les mobilités (LOM) promulguée en 2019 et les promesses du gouvernement, le compte n’y est pas. J’étais intervenu à de nombreuses reprises tant en commissions que dans l’hémicycle pour demander des engagements précis au Ministre des transports.
Si des avancées ont été réalisées dans les réfections des gares, elles sont dues à la volonté des élus locaux dont j’ai toujours relayé et soutenu les demandes. C’est le cas des mises en accessibilité des quais en gares de Dole et Mouchard. Mais il reste beaucoup à faire pour mettre toutes les gares à niveau et assurer la distribution des titres de transport d’une manière plus facile.
Des travaux sur les voies sont réalisés sur la ligne Paris-Lausanne qui traverse le Jura mais depuis longtemps nous demandons un entretien plus qualitatif des petites lignes (par exemple la ligne des hirondelles entre Champagnole et Saint-Claude). Il convient également de supprimer les passages à niveau les plus dangereux tels que celui d’Arbois, route de Villette-les-Arbois.
Mais le plus gros problème vient du cadencement des trains. Les élus ont obtenu le maintien (hors période de covid) de 3 allers-retours TGV par jour Dole – Paris et le maintien d’un arrêt à Mouchard mais nous demandons le retour des 4 allers-retours journaliers. De même, nous nous battons pour un TGV Rhin-Rhône qui desserve la ligne du Revermont dans le Jura et notamment Lons-le-Saunier. Pour les TER, si les trains sont suffisants sur certaines lignes, telles que Dole – Dijon ou Besançon et Mouchard – Besançon, il n’en va pas de même pour la desserte de Mouchard à Dole et Dijon ainsi que les arrêts sur Arbois mais aussi les gares de la vallée du Doubs.
Très présent dans l’hémicycle sur ces sujets, j’ai notamment été l’orateur de mon groupe parlementaire sur les lois concernant le ferroviaire et plus généralement toutes les mobilités ; je reste avant tout un député de terrain qui se bat pour l’amélioration des dessertes de nos gares Jurassiennes, n’hésitant pas, pour obtenir satisfaction pour notre population à manifester avec d’autres élus…… en arrêtant un TGV en gare de Mouchard !

Danielle Brulebois, députée
Pour que le Jura conserve son attractivité et poursuive son développement, il est indispensable qu’il dispose d’infrastructures de qualités associées à une offre de mobilité importante avec les villes et régions voisines.
Les avancées. En 2019, nous avons lancé les importants travaux de modernisation et de mise en accessibilité de la gare de Lons-le-Saunier, travaux attendus depuis longtemps. Ils ont été financés à 75 % par l’Etat (3,3 millions d’euros). Aujourd’hui, on peut se féliciter de les voir enfin se terminer.
Sur la ligne du Revermont, on ne peut qu’être satisfait de voir plusieurs nouvelles liaisons établies entre Lons-le-Saunier et Bourg-en- Bresse mais avec des correspondances qui ne sont pas toujours adaptées et assez efficientes pour aller travailler le matin à Lyon ou en revenir le soir.
Par ailleurs, les trois arrêts supplémentaires à la gare de Cousance sont bienvenus mais il pourrait y en avoir davantage.
Si l’installation de la fibre optique et du GSM-R engagée par la SNCF sur la ligne « du Revermont » sont des avancées, elles ne remplaceront pas les évitements prévus à Passenans et Cousance, actés au dernier contrat de plan (CPER 2015-2020,) études financées par la Région et engagements initiaux qui n’ont pas été tenus. Ils auraient permis de développer le trafic (fret, circulations nationales ou internationales, trains de nuit…). J’ai souvent interpellé en vain le Conseil régional sur ce sujet.
Les difficultés. Depuis 2019, la suspension de la ligne TGV passant par Bourg-en-Bresse, Lons-le-Saunier en raison d’importants travaux en gare de Lyon Part-Dieu est une difficulté majeure. Seule circulation nationale desservant Lons-le-Saunier, celle-ci offrait un service très fréquenté à partir de Lons-le-Saunier, aussi bien pour se rendre au travail que pour les besoins des étudiants et des familles. Pour moi, il n’est pas question de remettre en cause la circulation de ce TGV dont le taux de remplissage était généralement de 80-85 %. Je reste très mobilisée sur ce dossier, que je suis de très près avec mon collègue député de Bourg-en-Bresse Stéphane Trompille.
Nous sommes en lien constant avec la SNCF, avec Monsieur Jean-Pierre Farandou PDG de SNCF, avec le Directeur territorial SNCF Bourgogne-Franche-Comté, le Préfet de région et le Ministre des transports. J’ai encore interpellé le 7 octobre dernier en réunion de commission à l’Assemblée nationale, Jean-Baptiste Djebbari, Ministre des transports. Il m’a assuré être vigilant sur le rétablissement de cette ligne par la SNCF à la date prévue.
Je ne lâcherai rien, et nous sommes prêts à solliciter les opérateurs concurrents s’il le faut ! Depuis l’abandon de la branche sud du TGV qui aujourd’hui raccordée à la branche Est, contourne carrément le Jura, par Besançon et Dijon, la vigilance s’impose!
Nous devons mener le combat pour que notre département ne se transforme pas peu à peu en désert ferroviaire au détriment de ses habitants, de son économie et de son attractivité. Mais je sais que pour cela, nous pouvons compter sur la mobilisation des Jurassiens,!

Marie-Christine Dalloz, député
Nos territoires ruraux sont victimes d’un désengagement de l’Etat du fait de la suppression de nombreux services publics. Le transport ferroviaire s’inscrit malheureusement dans cette réalité.
Dans le Jura, il est devenu très difficile, voire impossible selon les secteurs, de circuler en train. Je le constate moi-même chaque semaine pour me rendre à l’Assemblée nationale. La seule solution est d’avoir recours à son véhicule pour rejoindre soit le nord du département et la gare de Dole, soit un département limitrophe (Ain, Doubs) pour accéder aux TGV.
Le territoire du Haut-Jura est confronté à des contraintes naturelles et une faible densité de population qui engendrent une hausse des coûts d’investissement. Les voies de communication sont pourtant indispensables à l’essor économique de ce bassin d’emploi. Les habitants comme les entreprises ne bénéficient pas aujourd’hui d’un maillage suffisant pour répondre à leurs besoins et leurs attentes.
Le transport est une compétence exclusive de la Région qui refuse d’investir pour désenclaver le Jura, à titre d’exemples, l’aéroport de Dole-Tavaux, le projet de liaison Poligny / Vallorbe, la modernisation du réseau ferré. Cette position a déjà entraîné la fermeture de la ligne Oyonnax-Saint-Claude en 2017 et je suis désormais très inquiète pour la ligne des Hirondelles qui a été rétrogradée en catégorie 3 en début d’année. J’espère que cette décision n’impactera pas le financement de ces 123 km de voies ferrées.

Marie-Christine Chauvin, sénateur
Une desserte ferroviaire de qualité est indispensable pour le Jura et les Jurassiens.
Elle doit apporter une réponse aux besoins quotidiens de nombreux Jurassiens que sont, entre autres, les étudiants, les salariés et plus largement celles et ceux qui souhaitent se déplacer pour des raisons personnelles ou professionnelles. C’est une nécessité pour le secteur économique en permettant un déplacement rapide vers Paris ou d’autres grands centres.
L’attractivité touristique du Jura est très forte. A l’heure où de plus en plus de personnes se déplacent par le train, l’offre TGV et TER doit être de qualité et avec une offre suffisante.
Dans les points positifs, je note les travaux de mise en accessibilité qui ont été réalisés en gare de Lons-le-Saunier et de Dole ainsi que la qualité du hall d’accueil de Mouchard et je souhaite que la seconde phase de travaux puisse démarrer rapidement. Pour cette dernière, si je me réjouis que nous ayons pu sauver l’arrêt d’un TGV matin et soir, grâce à la mobilisation des citoyens et des élus, je sais que nous devons rester vigilants, rien n’est jamais acquis définitivement. C’est pourquoi, j’ai des contacts réguliers avec SNCF et Lyria à ce sujet.
D’autre part, je milite pour le soutien à la ligne des Hirondelles et pour l’amélioration de la desserte du Revermont. La gare de Lons-le-Saunier mérite de voir s’étoffer son offre.
Oui, les pistes d’amélioration existent : harmoniser et développer l’offre, améliorer les infrastructures, augmenter les cadencements TER-TGV…
C’est avec motivation que j’œuvre pour l’amélioration de ce service indispensable à notre département en complémentarité de l’offre de mobilité routière et aérienne.

Sylvie Vermeillet, sénatrice
Elue sénatrice du Jura en septembre 2017, j’ai choisi d’installer ma permanence parlementaire à Mouchard. Pour défendre notamment le caractère stratégique de cette gare, l’étoile ferroviaire du Jura, et de sa desserte TGV. En juin 2018, cette gare était de plus en plus fragilisée. Le dernier arrêt Lyria Lausanne-Paris à Mouchard, clairement menacé. Je relaye alors auprès des maires et des élus locaux, l’appel de l’association Mouchard TGV-TER à un rassemblement le 11 juin 2018 en gare de Mouchard. Cet appel a été fortement suivi. Au point que la direction nationale de Lyria soit venue s’exprimer sur le parvis. La desserte TGV de Mouchard est maintenue depuis.
Nous avons également pu bénéficier d’un arrêt supplémentaire le dimanche, un enjeu pour les flux de loisirs. Mais chaque année, il faut être vigilant. Particulièrement sur les horaires, qui ne sont pas encore satisfaisants pour rejoindre Paris le matin.
Mon engagement porte également sur les lignes régionales. Depuis 2017, j’ai à cœur de promouvoir le renforcement de l’offre TER. Le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté fait des efforts sur cette question, il faut le saluer. Il y a aujourd’hui plus de trains régionaux qui circulent sur l’axe Besançon – Mouchard – Lons-le-Saunier – Lyon, plus d’offres qu’il y a quatre ans. Mais il reste beaucoup à faire en matière de « cadencement » sur les correspondances. Pour permettre par exemple au cœur du Jura et au Haut-Jura de rejoindre la plaine et Paris sans changer trois fois de trains et sans attendre des heures sur les quais.
Plus de trains régionaux entre le Haut-Jura et Dole, à des horaires qui permettent d’emmener vers des TGV, c’est, avec la défense de la ligne des hirondelles et de la desserte de Saint-Claude, le combat actuel que je porte auprès de la Région.