La Bretenière

Village en bordure de la forêt de Chaux, La Bretenière mêle son historie à celle de la forêt. Entre l’installation des charbonniers et les mésaventures du village, la commune a beaucoup à raconter.

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Le long de la route forestière de Grandjean, une curiosité de la nature attirera certainement votre regard. Un chêne un peu particulier, au tronc séparé en deux vigoureux embranchements qui soutiennent un beau feuillage, fait de l’ombre à une croix de bois. Sur celle-ci, on peut encore lire «Anne – Claudine Coupi». Joseph Mourey la façonna en 1938 pour ce souvenir de cette triste histoire qui débuta un beau jour de 1786…

En effet ce jour-là, Anne et Claudine Coupi, deux sœurs de la Bretenière profitaient des beaux rayons du soleil pour aller se promener dans la forêt de Chaux. Lorsqu’elles étaient au lieu-dit le «triage», aujourd’hui nommé Grandjean, un violent orage éclata. Surprises, les deux sœurs s’abritèrent alors sous un chêne le temps que le ciel calme ses foudres. Mais les malheureuses n’avaient pas choisi le bon refuge, Car les éclairs qui illuminaient le ciel se sont abattus sur l’arbre. Foudroyées à leur tour, le feu du ciel les laissa sans vie. Accablés par ce terrible drame, les parents des jeunes filles et les habitants du village perpétuèrent le souvenir. Puis, les forestiers locaux firent abattre l’arbre funeste. La vie reprit son cours et la nature ses droits.

Alors qu’ils étaient toujours attristés, les parents d’Anne et Claudine retournèrent à l’endroit où leurs enfants ont souri pour la dernière fois. Là, à la place de l’arbre abattu, était sorti de terre un étrange chêne au tronc dédoublé. Les deux embranchements qui s’élèvent vers le ciel semblent rendre hommage aux demoiselles disparues. Ce joli souvenir donné par la nature, fut conservé avec soin par les habitants, et Joseph Mourey tailla une croix de bois qu’il mit près du « chêne des filles «.

Ainsi s’achève cette émouvante histoire de la grande forêt jurassienne.

Les bons cousins charbonniers

La Bretenière a aussi connu la présence d’une drôle de population.

Au XIème siècle, dans la forêt de Chaux à hauteur du village, vivait une communauté de charbonniers. En 1050, ils eurent la visite de celui qui sera ensuite choisi comme Saint-Patron de la corporation charbonnière. Thibaud et son ami Gauthier, qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, s’arrêtèrent ici et les initièrent à leur religion.

Cette rencontre fraternelle s’acheva par la naissance de la confrérie des bons cousins des charbonniers, qui exista jusqu’au milieu du XIXème siècle. Leurs savoir-faire étaient bien gardés et se transmettaient par un langage de symboles et de signes, ce qui faisait de la fraternité une organisation secrète et fermé. Le mouvement des Carbonaris alors créé, sera interdit par le préfet du Jura en 1850. Les charbonniers seront arrêtés, mais auront cependant le temps de cacher les outils et attributs de leur ordre dans la forêt de Chaux. Bien gardée, la planque est tenue secrète et n’est connue que des initiés aux secrets des forêts, comme eux. En souvenir de cette association, une statue en bois de Saint Thibaud fut placée dans un oratoire qui a l’apparence d’une meulede charbon de bois. On retrouve ces témoins de l’histoire sur le sentier aménagé du Guêpier, qui retrace la vie de ces peuples forestiers.

Cette balade pédagogique tire son nom du vocabulaire des charbonniers. Ces «maîtres de la forêt» parlaient des guêpiers pour désigner les étrangers à la confrérie, qui n’étaient pas initiés à leurs coutumes et leurs secrets.