L’invitée de la semaine : Clara Vuillermoz

La Jurassienne productrice de documentaires à l’international fait partie des invités des RDV de l’aventure. Elle présentera en avant-première le film Polaris avec sa réalisatrice, Ainara Vera.

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En quoi consiste précisément le métier de producteur ?
Le producteur est la personne qui est en charge de tout l’accompagnement artistique, technique, éditorial et financier d’un projet de film. Nous sommes vraiment présents au stade de l’idée, que ce soit la proposition d’un auteur-réalisateur ou bien un projet que nous initions, puis nous suivons son développement jusqu’à sa livraison à une chaine de télévision ou bien sa sortie en salle s’il s’agit d’un film de cinéma.

Pour qui travaillez-vous justement ?
Je ne produis que des films documentaires. Principalement en coproduction avec les chaînes de télévision. Et parfois quelques aventures pour la salle dont Polaris, qui sera projeté aux RDV de l’aventure.

Comment vous êtes-vous retrouvée en charge du projet Polaris ?
J’ai rencontré la réalisatrice Ainara Vera lors d’un festival du documentaire à Amsterdam, l’IDFA. Elle m’a été présentée par un producteur allemand car je fais régulièrement des co-productions à l’international. Elle cherchait une productrice française car les protagonistes de son histoire sont françaises. Nous nous sommes rencontrées en novembre 2018 et nous avons tout de suite été sur la même longueur d’ondes. J’ai tout de suite eu une étincelle pour elle et son projet de film. Nous avons commencé à travailler ensemble à distance, elle vivait à l’époque à Berlin et moi à Lyon.

Quelle est l’histoire de ce film ?
Ainara Vera avait rencontré le personnage de Hayat sur un tournage dans des conditions assez extrêmes. Hayat était la capitaine de bateau pour les prises de vue en mer. Elles ont noué une relation forte. Elle s’est dit : cette femme est incroyable, elle a quelque chose de dur et de fragile à la fois, elle est extrêmement forte et j’ai envie d’en savoir plus, d’où elle vient, qu’est-ce qu’il y a sous cette carapace. De là, a émergé l’idée de film. Son approche était de lier sans cesse ses états d’âme à quelque chose de plus vaste, son environnement, la nature quand elle se déchaine…
Nous nous sommes dit que nous avions envie de travailler ensemble. Elle est partie en repérage à Montpellier la ville d’origine de Hayat. Elle y a rencontré Leila, la petite sœur d’Hayat qui est devenue la seconde protagoniste du film. Nous avons commencé à travailler sur un scénario documentaire. La période était assez longue. Il y a eu des repérages en France, au Groenland, en Islande où vit Hayat. Nous avons élaboré une proposition écrite et des images qu’Ainara a tournées. A partir de là, j’ai sollicité des financements. C’est un film qui a mis trois ans à se financer, au fil de l’eau.
En raison de la qualité des séquences de repérages, c’était devenu évident alors que ça allait être un film pour la salle. Parce que c’est une écriture vraiment basée sur une cinématographie, une expérience visuelle et sonore.

Vous avez présenté le film à Cannes l’année dernière. Quel a été l’accueil ?
Il s’agissait effectivement de la première mondiale du film dans la sélection ACID (Association des Cinéastes Indépendants). L’accueil a été très chaleureux. Le film était tout juste terminé. La réalisatrice était à sept mois de grossesse. Avec mon co-producteur groenlandais, on était tous autour d’elles et c’était très émouvant.
Faire un film, c’est comme donner naissance, c’est un long chemin. En plus ce film parle de filiation, maternité, de famille, il y avait quelque chose de particulier autour de cette première.
Le film sortira en salle nationalement le 21 juin 2023. Lons fait partie du cycle des avant-premières. En parallèle, Polaris poursuit sa route en festivals dans le monde entier.

Comment vous sentez-vous à l’idée de venir le présenter chez vous le samedi 18 mars (aux 4C à 20 h) ?
Je suis hyper contente et hyper fière car justement c’est ma ville. J’ai grandi à côté de Lons, à Verges sur le premier plateau, et j’ai été au Lycée Jean Michel à Lons. J’ai des amis, ma famille. Je suis heureuse de partager ce film dans ce lieu-là. J’ai une affection particulière aussi pour tout le travail des 4C et des RDV de l’aventure. Ainara va venir et c’est vrai que quand on travaille pendant quatre années, une relation très forte se noue, une relation de travail mais aussi parfois amicale et c’est le cas, et je suis d’autant plus heureuse que je vais pouvoir partager avec elle le lieu où j’ai grandi.

Pourquoi avoir choisi de travailler dans la production de documentaires ?
C’est simple. J’ai toujours été cinéphile. J’ai fait Sciences po et une licence de cinéma à Lyon II et j’ai découvert le cinéma documentaire et je me suis juste dit : c’est ça que je veux faire, vraiment par amour du documentaire. Puis j’ai passé un master « réalisation production de documentaires » et j’ai commencé des stages dans plusieurs sociétés de production, je me suis fait embauchée et à force de travailler sur des productions de films, je suis devenue productrice. Cela s’est fait assez linéairement.

Avez-vous des projets et pouvez-vous nous en dire un mot ?
J’ai plusieurs projets en cours. Petit clin d’œil car je termine la réalisation d’un film réalisé par mon papa, Jean-Louis Vuillermoz, qui fait le portrait d’un paysan de Blye, un très beau portrait un certain monde paysan. J’ai aussi un film sur l’histoire du Congo océan pour France 5 qui raconte la construction du chemin de fer entre Brazzaville et Pointe-Noire en Afrique équatoriale française et qui a été le chantier le plus meurtrier de la colonisation. Voilà deux projets que je porte actuellement…