Grands mots… Grands remèdes…

Coq-à-l’âne

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Gérard Bouvier

On me reproche dans cette rubrique quelques coq-à-l’âne.
Je ne m’étendrais pas sur la justesse de la critique. Elle en vaut bien d’autres.
Mais quelle extravagante expression !
Comme beaucoup d’entre vous le savent la poule est une effarouchée du croupion. Elle est difficile à convaincre des jeux de l’amour et n’est guère portée sur la chose à quelques exceptions près.
Disons-le sans tourner autour du pot : la poule est frigide. Peut-être un pressentiment de devoir finir un jour au frigidaire, ancêtre de marque de nos réfrigérateurs. Ou alors la louable préoccupation d’avoir à toujours produire des œufs frais. Du moins à la ponte puisque qu’avec le temps ils deviendront faisandés comme vous et moi.

Le coq à l‘inverse est un chaud lapin et bien des poules lui doivent d’avoir le fondement tout écuit. D’où le label rouge. Et il lui arrive dans certaines basses-cours, après avoir connu une enfilade de déceptions, de présenter par dépit ses hommages à la cane, concubine du canard. La cane n’est point volage mais parfois nécessité fait loi et elle s’abandonne à cette étreinte après quelques procrastinations de bon aloi.

Au Moyen-Age, de même que le goupil devint renard et le robin devint mouton, l’asne devint la cane. Mais l’expression « du coq à l’asne » existait depuis belle lurette. Il semblait difficile de contraindre les populations à plutôt dire « du coq à la cane ». La locution ne cassait pas trois pattes à un canard et l’on conserva le « coq à l’asne ». Mais que l’on modifia en coq-à-l’âne pour des raisons, bien entendu, acoustiques.

Les maltraitances envers le beau sexe ne datent pas d’aujourd’hui !