Éditorial

Évidence continentale

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Asseyez-vous confortablement et tenez vous bien.
Nous avons tous appris ou réappris ce mercredi, qu’il pouvait neiger fin janvier en France ! C’est un scoop planétaire.
L’information semble d’ailleurs tellement exceptionnelle qu’elle a occupé la une de l’actualité nationale des jours durant. Rien de surprenant pourtant, qui plus est, pour nos régions soumises au climat continental, de voir tomber 10, 20 ou même 30 centimètres de neige en plein milieu de l’hiver.
Sans aller jusqu’à fouiner les archives des tragiques épisodes de 1954, 1956 ou 1963, il suffit de se remémorer nos chères années 1985 (et le fameux -41 relevé à Mouthe…), 1987, 1990, ou plus récemment l’épisode de grand froid de février 2012, pour relativiser quelque peu l’extraordinaire intensité de “Gabriel”.
Non vraiment, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat, de ces quelques flocons.
“J’ai passé toute ma vie active dans le Haut-Jura, si vous saviez le nombre de fois où l’on devait sortir par la fenêtre du premier étage ! Mon mari devait creuser entre les murs de neige pour aller acheter le pain. Et c’était comme ça, de décembre à mars !” commentait mercredi matin, avec une bienveillante nostalgie, une octogénaire, dans la file d’attente d’une pharmacie. (De quoi laisser imaginer les conditions de vie d’alors, qui devaient sans doute souffrir d’un confort bien rudimentaire, très loin de notre exigence d’immédiateté actuelle…)
Ainsi, le reste de la clientèle emboîtait le pas et relatait à son tour, à l’ensemble de l’assistance présente, ses souvenirs des hivers passés.
La pharmacie devenait soudain presque un salon de thé. Séquence sentimentale.
Les anecdotes se succédaient, les sourires aussi, l’émotion surtout.
Voyage dans le temps et dans les temps. Parenthèse, respiration, récréation inattendue, dans un ordinaire trop linéaire. Un quotidien trop lisse. Une existence trop sclérosante.
Le positif avec ces chutes de neige, réside dans cette insidieuse incitation qu’elles provoquent au regroupement : à la connexion des âmes, des personnes et des cœurs.
A ces foyers d’échanges intergénérationnels improvisés, ces transmissions du savoir, des souvenirs et des petites choses de la vie, qui font que nous l’aimons tant.
A propos de rapprochement des individus, vous allez voir que cet été il y aura vraisemblablement du soleil, et peut-être même qu’il fera chaud ! Dans les t-shirts, dans les maillots ? De la Côte d’Azur à Saint-Malo ?
C’est un fait avéré, il fait froid en hiver, et chaud en été. Quand il neige, il faut s’habiller en conséquence, quand il fait chaud, il faut boire (de l’eau). Il suffit juste d’un peu de bon sens continental finalement.
Alors, si de telles évidences ne méritent probablement pas d’accaparer l’ouverture du journal télévisé pendant une semaine, elles suffisent toutefois bien amplement à alimenter ce modeste éditorial hebdomadaire…
Sur ce, bon courage pour déneiger. Quant à moi, je pars skier !