Éditorial

La bonne recette

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On se le demande tous à pareille période : comment parvenir à réaliser une « bonne année » ? Ne trouvant pas de solution miracle pour se garantir du meilleur, puisque notre condition humaine demeure incertaine, chacun souhaite et se souhaite donc mutuellement une nouvelle année, pleine, vivante, avec de nombreux succès à la clé. « Et surtout la santé ».
Un peu comme si face aux turpitudes grandissantes de notre époque déliquescente, espérer restait désormais notre seule planche de salut.
Pourtant, si l’on observe un peu ce qui se fait autour de nous, notamment au-dessus, une recette semble inratable.
Peu importe la compétence ou le talent, elle réussit à tous les coups !
Voulez-vous la connaître ?
Bon d’accord, mais pour ce faire, plusieurs ingrédients s’imposent, tous indispensables : un peuple défiant, des élections, une crise majeure…
Tout d’abord, il convient de bien doser. Au moins trois fois. En cela, certains lobbys vous faciliteront la tâche.
Ensuite, il faudra alternativement jauger, isoler, et laisser réduire. Attention à ce que ne se percutent pas économie, éducation, tourisme, sécurité et santé ! Tous ont des intérêts divergents. Le cocktail pourrait être détonnant !
L’équilibre est d’autant plus fragile qu’il faut toujours rester attentif à la pression. Même si elle reste encore modeste sur le système de santé, il n’en est pas de même concernant « l’acceptabilité » ! Ne tenez surtout pas compte des ravages psychologiques en cours, vous n’en serez pas comptable. Le naufrage sera pour le prochain, d’ici une dizaine d’années… Vous même avez dû gérer bon nombre de cadavres dans les placards de la cuisine, il n’y a aucune raison de remettre en cause cette méthode infaillible ! L’important c’est la chute, pas l’atterrissage…
Si jamais, en cours d’exercice, le contenant était au bord de l’explosion (ne vous inquiétez pas, c’est assez fréquent), lâchez immédiatement un peu de lest. Achetez la paix sociale via des primes artificielles et autres indemnités déguisées (avec l’argent des autres c’est toujours plus facile), empruntez sur les marchés financiers, puis repartez pour un tour en cuisson lente. Cela masquera le goût de terre brûlée, sauvera les apparences et vous épargnera d’avoir à vous expliquer quant à vos diverses carences. Saupoudrez d’un peu de propagande, il n’y paraîtra rien.
Si toutefois certains éléments commençaient à dangereusement s’agglomérer au fond du marigot, comme de ruraux Gilets jaunes ou de vilains et stupides complotistes par exemple, ajoutez un peu de beurre (surtout pas d’huile !). Délayer. Cela divisera, éparpillera, délitera rapidement ces insignifiantes nébuleuses, qui pourraient nuire à long terme, qui plus est si le feu est vif.
Voilà, vous n’avez plus qu’à laisser faire. Couvrez, laissez mijoter. Le temps se chargera du reste…
Soyez patients. Ayez confiance. Ne changez jamais de cap ! Plus c’est gros, plus ça passe.
Puisque vous avez été un excellent élève, silencieux et malléable, vous avez droit au secret du chef : si jamais l’on venait à contester l’efficacité de cet immuable mode opératoire, répondez que l’incidence n’est pas la même, selon qui se trouve de quel côté du manche… Que vous, vous savez. Même si l’on apprend avec le temps… Un laïus contradictoire, mais tant pis.
Enfin, si vraiment l’on vous questionne trop, ignorez ce qui vous dérange. Surtout face aux journalistes. Vous avez droit au silence, ne l’oubliez jamais…
Vous pouvez même vous permettre d’imposer des restrictions partout, sauf pour l’exercice de vos meetings, en invoquant la « priorité à la démocratie ».
Voilà, votre route vers le sommet de la pyramide est maintenant toute tracée.
Non, non, ne me remerciez pas. Cependant, s’il vous reste un poste de conseiller à pourvoir (et le salaire à 5 chiffres qui va avec), pensez à moi, au printemps prochain. Ce sera un réel plaisir de perpétuer la tambouille…
A moins que ?