Éditorial

Les choses nouvelles

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Rien n’est jamais figé. La nature est bien faite. L’univers est en expansion perpétuelle, les opinions aussi…
Si ces mouvances idéologiques sont assez subtiles et complexes à décrypter, force est de constater qu’elles ne surviennent jamais par hasard, souvent consécutives à un fait divers ou de société. Un événement qui agit (et agite) comme révélateur de la partie immergée de l’iceberg. Portion majoritaire de la population, que l’on désigne depuis peu par l’appellation un tantinet péjorative de « majorité silencieuse ».
Presque comme si on lui reprochait d’initier un contre-courant, et d’inverser le cours des choses. De briser le déroulement d’un scénario assurément préétabli. De nuire à la conquête du “camp du bien”, plus visible et plus bruyant, en quelque sorte…
Pour les élites bureaucratiques, l’opinion publique est perfide, pour ne pas dire infidèle. Elle se défile à qui veut la saisir. C’est une espèce sauvage qui ne laisse pas si facilement approcher, encore moins apprivoiser. Il faut dire qu’elle a déjà tellement eu à subir de la part de tous ceux qui voulaient lui imposer un mode de vie pour lequel elle n’est pas programmée…
Ainsi, et c’est un fait inédit depuis l’apparition des sondages portant sur la campagne présidentielle 2022, surfant sur « l’effet primaire », la candidate des Républicains Valérie Pécresse, se hisse au second tour avec 20% d’intentions de vote. Juste derrière le président sortant, Emmanuel Macron, à 23%.
Au premier tour, tous deux devancent largement la candidate du Rassemblement National Marine Le Pen à 15% (-5) et Éric Zemmour, à 14% (+1). Les principaux candidats de gauche sont tous en repli d’un point et en dessous des 10%.
Mais surtout, ce qui détone, c’est qu’en projetant le duel final comme tel, la candidate de la droite obtiendrait 52% des voix, et remporterait l’élection !
C’est du moins ce qui ressort du sondage réalisé par Elabe pour BFMTV et L’Express, dévoilé mardi dernier.
Dès lors, branle-bas de combat dans le camp de l’état-major du chef de l’État, qui pour la première fois se voit donné perdant. Les confortables certitudes sont bousculées, les fumeuses théories (du genre) vacillent : les faits imposent de se remettre en question.
“Les urgences du quotidien dictent leur loi”, en somme.
Mais, car il y a forcément un mais, quelques précautions s’imposent.
« Les intentions de vote ne constituent pas une prévision du résultat du scrutin. Elles donnent seulement une indication des rapports de force et des dynamiques au jour de la réalisation du sondage » précise Elabe, qui ajoute que la marge d’erreur peut être comprise « entre 1,2 et 3,1 points de pourcentage ».
Quoi qu’il en soit, il semble qu’un désir d’alternance se fasse jour. Qu’une alternative crédible soit possible. Ce qui manquait jusqu’alors, dans un jeu politique devenu monopolisé par un pouvoir autocentré et dogmatique.
Encore une fois, il ne s’agit ici nullement de prendre parti, mais simplement de constater qu’il est heureux de voir émerger des choses nouvelles, à l’horizon des événements.
Et pour cause, qui prend plaisir à regarder un match dont le vainqueur est déjà connu ?
De plus, si le débat apaisé, projet contre projet, idées contre idées, arguments contre arguments, revient sur le devant de la scène, cela nous livrera matière à réflexion. A s’approcher des vérités. Même les plus dérangeantes.
Ce qui devrait conjointement nous être profitable, dans notre quête d’amélioration…