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A l’approche des vacances, dans notre monde de Geek entre nomophobie et illectronisme où se situer ?
Tiens, observez cette table au restaurant. Ce couple élégant. Face à face, mais ailleurs. Chacun flouté dans sa bulle numérique, chacun ignorant l’autre, trop occupé à bidouiller son smartphone. Images, paroles, réalité, se diluent dans les bits d’un monde numérique où le dialogue lui-même est devenu virtuel. Ils sont nomophobes. Dans le DSM publié par l’Association américaine de psychiatrie la nomophobie est la peur panique de ne pas avoir sur soi son smartphone, de dormir avec ou de rester dessus en permanence. Comment le savoir ? Essayez simplement de vous en passer pendant une journée…

Connaissez-vous les Baduy de Banten ? Il s’agit d’une petite communauté d’environ 26000 personnes plutôt tranquille vivant sur l’île de Java, et faisant (paradoxalement) le buzz depuis que le « Jakarta Post » a révélé son désir qu’internet les lâche un peu !
En effet, comme les joueurs se faisant interdire de casino, les Baduy ont demandé aux autorités de couper internet pour diminuer l’impact négatif des smartphones et du monde virtuel sur les jeunes génération. Afin de préserver de la modernisation leur mode de vie ancestral.

Aux États-Unis, à Brooklyn, un club d’ados, les luddistes, retourne aux téléphones à clapets pour se détacher des écrans et « redécouvrir la vraie vie ». Leur nom se réfère à Ned Ludd, un ouvrier du textile qui au 18eme siècle mena en Angleterre la révolte contre les premières machines à tisser industrielles.
“Le jour où j’ai eu un téléphone à clapet, tout a changé » explique Nancy. « J’ai fait le tri parmi les gens avec qui je veux être ami. Maintenant ils ne sont plus virtuels, mais réels ». 3% de la population reste réfractaire aux téléphones portables et n’en éprouvent pas le besoin. Une référence pour les repentis. Ceux-ci ont réalisé leur addiction aux écrans. Ils veulent reprendre le pouvoir sur l’hyperconnectivité qui les a asservis et trouvent finalement plutôt stupide d’exhiber leur vie privée sur Facebook. Ils ne supportent plus les échanges interrompus soudain par celui qui appelle ou répond sur son portable au mépris des autres.

Réalisé au début du mois, selon un sondage Harris avec Fast Company,  alors que ChatGPT et d’autres outils d’IA générative annoncent un nouveau bouleversement, 67% des Américains interrogés aimeraient revenir à une époque sans Internet ni smartphones, contre 33 % qui ne pourraient s’en passer. Plus de la moitié ont déclaré difficile de se tenir au courant des nouvelles technologies et 57 % pensaient que celles-ci sont plus susceptibles de diviser les gens que de les unir. Nous y voilà… !
Dans notre belle société postmoderne nous pouvons disposer en quelques clics gratuitement et sans filtre de la totalité de la culture et de l’info disponibles sur la planète. Mais en rendant les interlocuteurs inutiles, cette toute puissance renforce notre isolement en nous dispensant d’aller vers les autres.
Alors existerait-t-il quelque chose au-delà des écrans ? Oui ! Certains l’affirment. Ils prétendent qu’il suffit de se déconnecter et de lever les yeux. Alors le monde (ré)apparait.
Bien sûr, il faut oser…

P.R

Source :

https://www.fastcompany.com/90909279/gen-xers-and-older-millennials-really-just-want-to-go-back-in-time-to-before-the-internet-existed