Croisons les doigts

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Gérard Bouvier.

Je ne suis pas superstitieux pour deux sous.
Les croyances et les pratiques irrationnelles, l’obscurantisme médiéval je les laisse
aux complotistes.
Mais il ne faut pas tenter le diable (1). Je préfère trouver un trèfle à quatre feuilles en
allant jeter une pièce dans la fontaine de Trevi (2) plutôt que passer sous une échelle. Surtout si c’est pour éviter de croiser un chat noir (3) un vendredi 13.
(4)  Je ne suis pas superstitieux mais quand nous nous sommes retrouvés treize à table
ça m’a fait drôle. C’était pour mon anniversaire mais ces niolus me le souhaitaient la veille. Dès lors il ne pouvait plus nous arriver rien de bon d’autant que mon beau-frère qui avait trouvé malin de m’offrir des œillets a fait la bêtise de reposer le pain à l’envers et en renversant le sel en plus ! Heureusement la salière était en porcelaine sinon, touchons du bois, il pouvait tout aussi bien casser du verre blanc.
C’est un récidiviste. Il est capable de boire dans le verre de son voisin en ayant mis son pull à l’envers. Mais je vais cesser d’en dire du mal et de le montrer du doigt. Je crains qu’il n’ait les oreilles qui sifflent. De toute façon il n’y avait rien à espérer : ce matin-là j’avais marché du pied gauche dans une crotte de chien (5).
Je ne suis pas superstitieux mais il faut reconnaitre qu’il est plus prudent de se marier un jour de pluie. À condition de ne pas ouvrir son parapluie dans la maison en posant son chapeau sur le lit. Et il vaut mieux recevoir ce jour-là une pluie de riz sur la tête que de casser un miroir. Sept ans de malheur c’est cher payé ! (6)
D’autant que le sept ne porte pas toujours bonheur entre plaies d’Égypte et péchés capitaux.
Si vous voyez une étoile filante faites un vœu pour que s’améliorent ces chroniques.

Notes pour enrichir le texte sans pour autant appauvrir le lecteur

(1)- Si vous cherchez le diable, il faut le chercher dans les détails. C’est là qu’il se
cache. Vous le reconnaitrez à ce qu’il s’habille en Prada.
Voltaire écrivait : Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté : il vous
répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite
tête… Interrogez le diable il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre
griffes et une queue. C’est vrai : chacun voit midi à sa porte.

(2)- Jeter une pièce dans la fontaine de Trevi, à Rome, porte bonheur à ceux qui plus
tard ramasseront les pièces. La légende dit que si l’on jette une pièce dans cette
fontaine cela portera chance au point qu’on retournera à Rome. Si l’on en jette deux
on tombera amoureux d’une italienne ou d’un italien et si l’on en jette trois en plus de
l’amour on aura droit au mariage. Par prudence, je n’en ai jeté qu’une mais je ne suis
jamais retourné à Rome. Je suis resté bloqué à Genève. Ma carte d’identité était
périmée d’une semaine. C’est là que j’ai compris qu’il fallait vraiment jeter une vraie
pièce et pas une ancienne médaille en toc de Jean XXIII obtenue à vil prix.

(3)- Le chat noir a mauvaise réputation. Au XIIIème siècle il y a eu une soudaine
invasion de nos territoires par des sorcières. Il fallut y mettre bon ordre car leur
densité dans certains cantons mettait en danger le bon sens paysan et faisait
trembler la civilisation. On fit des bûchers sur les places publiques. Et par prudence
on brûlait aussi leur chat qui parfois avait un mauvais regard.

(4)- Si vous êtes paraskevidékatriaphobe ne prenez pas peur. Ça signifie seulement
que vous faites de la paraskevidékatriaphobie. C’est beaucoup moins grave que les
punaises de lit ou qu’une verrue plantaire mal soignée qui s’infecterait. Ce sont des
exemples, naturellement. C’est simplement que vous redoutez le vendredi 13.
Beaucoup pensent que ce jour porte malheur. C’est parce que le Christ a été crucifié
un vendredi après la Cène où Christ et apôtres furent 13 à table.
Toutefois cette peur du vendredi 13 est sujette à controverses. Certains pensent -tout
à l’envers- que le vendredi 13 porte chance dans les jeux de hasard. N’étant pas
expert je vous conseille de questionner plutôt votre buraliste.

(5)- Marcher dans une crotte de chien porte bonheur. C’est ce que disent les
statisticiens qui se sont penchés sur la question. Mais il faut que ce soit le pied
gauche qui attaque l’étron canin en premier. Ensuite on peut y mettre les deux pieds
et même plus mais -quelques soient vos ébats postérieurs- c’est le premier pied qui
compte. Les textes sont formels : le geste ne doit pas être prémédité ! C’est heureux
car sinon on imagine les processions devant les chenils de superstitieux faisant les
cents pas en attente d’une bonne fortune.

(6)- Sept ans de malheur pour un miroir alors qu’aujourd’hui j’en trouve un sur le Bon
Coin à Morteau pour « 3€, livraison possible » ! Mais respectons cette superstition
puisqu’elle date du premier siècle de notre ère chez les romains. C’est parce que le
miroir, en ces temps-là rare et précieux, reflétait non seulement l’image de celui qui
se regarde mais aussi son âme. Il y a bien longtemps que le miroir grâce aux progrès
de la technologie et du traitement multicouche antireflet ne reflète plus les âmes ce
qui a permis d’abaisser son coût d’un facteur dix et du coup d’autoriser un emballage
soigneux lors de la vente.