Comptes publics

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Au vu de l’inquiétante dégradation des services publics (santé, enseignement, justice, sécurité, transports, etc…) du contexte inflationniste préoccupant pour notre pouvoir d’achat, de nos fins de mois de plus en plus compliquées à boucler, et des effarantes injustices sociales qui sévissent toujours dans le pays, nous nous posons tous la question, qui plus est lorsque vient le moment de verser notre contribution au seigneur du château France : mais où va donc l’argent des impôts ?
Rapidement s’enchainent aussi généralement d’autres interrogations plus critiques. Est-il bien utilisé ? Profitable à la bonne personne, au bon moment, au bon endroit ?
Bref, l’État est-il un bon gestionnaire ? Irréprochable et toujours dans le vert ?
Comme on nous le demande de l’être nous-même avec nos comptes bancaires sous peine d’intérêts débiteurs, de commissions d’intervention, et d’un humiliant blocage de nos moyens de paiement en cas de défaut de trésorerie persistant…
A ce sujet, le ministre des comptes publics a défendu son “budget de protection” pour 2023, budget qui acte quelques augmentations significatives dans les dépenses de l’État.
« Avoir un budget responsable, ça ne veut pas dire un budget d’austérité ! » s’est justifié Gabriel Attal au micro de RTL mardi dernier, en réponse au Medef qui la veille avait critiqué le « manque d’ambition » du gouvernement, appelant à la « sobriété budgétaire » de l’État.
« La France continue à vivre au-dessus de ses moyens », affirmait l’organisation patronale, relevant des « dépenses en hausse » alors qu' »aucune des problématiques structurelles de la France n’est réglée ». C’est un fait avéré.
« Depuis trois ans, on ramène le déficit vers les 3% », a défendu de son côté Gabriel Attal, qui fait néanmoins valoir que l’on « peut dépenser plus ! ».
« Mais pour dépenser plus, il faut que ça corresponde aux recettes qu’on a en plus. C’est ça qu’on est en train de remettre en place » précisait-il, lors d’un grossier tour de passe-passe sémantique.
Et de détailler avec le sens de la formule très macronien qui est le sien :
« On assume de prendre le temps qu’il faut pour rétablir nos comptes publics ».
Point final, circulez !
Dans l’opposition, le projet de loi de finances suscite bon nombre de réactions ulcérées. Au groupe LR à l’Assemblée, on juge le gouvernement « très optimiste sur les recettes“ alors que ”l’augmentation des dépenses se poursuit ».
Pour Eric Coquerel, le président LFI de la Commission des finances, les dépenses prévues sont à l’inverse « largement insuffisantes face à la situation écologique et sociale ».
En commission, le député RN Jean-Philippe Tanguy a reproché au gouvernement de « faire payer aux Français par les impôts ou la dette les marges ahurissantes, infondées, injustes, spéculatives des énergéticiens ». (On notera d’ailleurs que le RN comme l’alliance de gauche Nupes se rejoignent en réclamant une taxe sur les “superprofits”).
Du côté d’André Laignel, président du Comité des finances locales, le PLF est “calamiteux” et nuisible à « l’autonomie fiscale et financière » des collectivités.
Bref, vous l’aurez compris, ce budget 2023 risque de faire couler encore beaucoup d’encre et d’attirer la foudre du ressentiment voire de la colère, sur nos actuels dirigeants.
Il faut dire que siffler « la fin de l’abondance », et inviter à (pour ne pas dire imposer) la « sobriété énergétique » dans nos chaumières, à deux mois d’une Coupe du monde de football jouée en plein désert dans des stades climatisés, il fallait oser…