Chat vous intéresse ?

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Gérard Bouvier.

Je sais : la nuit tous les chats sont gris. Et entre chien et loup ils ne sont guère plus
colorés. J’avais battu la campagne avec soin mais sans succès et il faut bien appeler
un chat un chat… j’étais désormais convaincu qu’il n’y avait pas un chat. J’avais bel
et bien perdu mon chien. J’étais chafouin (1). Chienne de vie !
Je me demandais bien comment j’avais pu perdre ce chien et après m’être posé
maintes questions sans que rien ne me mette la puce à l’oreille je finis par donner ma
langue au chat. Il faut dire aussi que dans ce bazar une chatte ne retrouverait pas
ses petits.
Je savais que serai vite consolé. Je tiens ça de ma mère : les chiens ne font pas des
chats J’allais retomber sur mes pattes d’autant que j’avais d’autres chats à fouetter (2) et de surcroit il n’y avait pas là que quoi fouetter un chat. Je n’allais certes pas
m’égosiller jusqu’à potron-minet (3) au risque de me retrouver avec un chat dans la
gorge pour retrouver un chien qui s’amusait à jouer au chat et à la souris.
On ne m’y reprendrait plus : chat échaudé craint l’eau froide (4). Puisque ce chien se
cache je me cache aussi : à bon chat bon rat. Et je me tais : il ne faut pas réveiller le
chat qui dort.
Il faut vous dire qu’avec mon chien on s’entend comme chien et chat. Ça n’est pas
que j’ai une dent contre mon chien mais on se regarde en chiens de faïence. C’est
une bête qui me rend nerveux : dès qu’il jappe je suis aux abois (5). Et de mauvais
poil.
C’est pour ça que j’ai pris le parti de ne pas monter sur mes grands chevaux (6). Si
mon chien m’a posé un lapin et qu’il fait sa tête de cochon c’est qu’il a décidé de
voler de ses propres ailes. N’empêche : avec moi il est tombé sur un os et je lui
garde un chien de ma chienne.

Notes de l’auteur :

(1) – Chafouin a pris sur le tard le sens de maussade. Composé de chat et de fouin
(le mâle de la fouine aujourd’hui disparu en contravention des lois élémentaires de la
génétique). Le fouin était un animal rusé, très mal élevé, mal poli comme c’est pas
permis, indiscret et fouinant partout si bien qu’on utilisait fouin ! comme une injure
(1508). Au XXIème siècle le concept même d’injure est passé de mode remplacé par
la révérencieuse courbette et le propos courtois si bien que le fouin est aujourd’hui
sorti d’usage.

(2) – En Angleterre, pays du hot-dog et du fish & ship, on dit : « to have other fish to
dry » autrement dit avoir d’autres poissons à frire. Bon… en même temps c’est une
ile et ils sont en mer dès le matin et en mer dans la journée. Chez nous, l’expression
date du XVIIème. De fouetter (1514) : frapper avec un fouet. Le fouet est le petit fou
diminutif hostile et à fesses rouges du fou, fo ou frau selon les régions, vers 1200, qui
était le hêtre venant du latin fagus. Les fouets étaient alors bidouillés à peu de frais à
partir des branches souples et cinglantes de cet arbre. Selon certains linguistes, dès
le XIIIème fouetter devait être compris différemment de son sens actuel. C’est que
fotre signifiait avoir des rapports amoureux avec une femme et un foteor (1277) était
un débauché. Quant à la chatte… Avoir d’autres chattes à fouetter avait donc un tout
autre sens… Mais il y a prescription et l’on se doit de respecter l’intimité et les
activités de nos ancêtres grâce à qui nous sommes là aujourd’hui.

(3) – Qu’il avait du charme ce potron-minet qui tombe en désuétude quand la
désuétude elle-même n’est plus ce qu’elle était !
Potron nous vient du latin posterio, ce qui est en arrière, à posteriori.
On disait depuis 1640 à potron-jacquet où jacquet est un écureuil. L’expression
désignait les premières lueurs de l’aube tant l’écureuil est matinal et commence à
agiter son postérieur tôt le matin. C’était un repère bucolique.
Mais l’exode rural est arrivé. Les gens des villes ne connaissaient plus l’écureuil
qu’au travers des images à coller des tablettes de chocolat Poulain. Dans le même
temps les chats envahirent nos gouttières. Le minet et sa minette devinrent plus visibles que l’écureuil. C’en était fini du potron-jacquet, le potron-minet assurait sa
postérité en 1835.
Aujourd’hui le repère horaire du potron-minet a cédé sa place au chant du coq que
l’on retrouve chez nous mais aussi dans la plupart des cultures : en espagnol, en
portugais, en néerlandais et au Brésil… Seuls les anglais disent at sparrow’s fart : au
pet du moineau. Je vous laisse juge de l’élégance et du bien-fondé de l’expression. Il
y a des jours comme ça où l’on apprécie d’être nés chez nous.

(4) – Chat échaudé craint l’eau froide nous explique qu’une expérience malheureuse
nous rend méfiant pour tout ce qui pourrait lui ressembler, jusqu’à en être
déraisonnable. L’expression se trouve dans le Roman de Renart dès le XIIIème
siècle. C’est dire si l’humain s’est souvent fait couillonner de pièges à cons en pièges
à cons. Dans le Chat et un Vieux Rat (1668), La Fontaine nous dit aussi que la
méfiance est mère de sûreté.
Si l’expression nous parait un peu alambiquée pour un simple appel à la suspicion
que dire de nos voisins qui eux -devant les mêmes dangers potentiels- carrément
pètent un câble. Quelques exemples…
Les albanais et les égyptiens disent « celui qui s’est brûlé avec sa soupe souffle
même sur un yaourt » ! Faut l’faire ! Et que dire des espagnols qui disent : « celui qui
se brûle avec son lait, quand il voit une vache se met à pleurer ». Et pendant qu’il
pleure, la corrida continue ! Il m’arrive de ma demander dans quel monde nous
vivons.

(5) – Baou ! Baou ! faisait le chien en ancien français avant de faire désormais
wouaff ! wouaff ! influencé par la mode anglo-saxonne. Ce Baou a produit le verbe
aboyer (milieu XIIème). En Occitanie, le chien faisait plutôt jap ! Chaque région ses
accents… Le français du Québec a entériné le verbe japper devenu plus rare chez
nous.

(6) – Depuis le XVIème siècle le preux chevalier monte sur ses grands chevaux -des
destriers puisqu’on les mène de la main droite- et il s’emporte avec fougue et fierté
sur les champs de bataille.
Le sommier n’est pas très loin. Il n’est pas destiné au repos du guerrier mais c’est le
cheval de somme qui transporte ceux qui sont partis avec armes et bagages.