Rubrique. L’Édito. Avril transitoire

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Ce printemps était différent des autres.
Nous venions de sortir des fêtes de Pâques le premier jour d’avril (comme toujours le dimanche suivant la pleine lune du printemps). Or, cette date me semblait un peu prématurée.
Certes, les abeilles bourdonnaient, les oiseaux se remettaient à gazouiller, et, d’une manière générale, l’extérieur redevenait plus clément, dépassant parfois les 20°C.
J’hésitais cependant toujours à semer mes premiers légumes. L’année dernière, cette audace m’avait souri. Dès la fin du mois de juin, je récoltais de quoi amoindrir mon budget alimentaire. Et en améliorer sensiblement la qualité. Mais cette année, l’incertitude prédominait.
Il faut dire que l’actualité était toujours aussi anxiogène, l’avenir toujours aussi flou.
De quoi nourrir certaines inquiétudes, qui, parfois débordaient en angoisses irraisonnées.
Bon d’accord, je n’étais pas le seul (loin s’en faut), mais cela ne me rassurait pas pour autant.
Maintenant, les enfants étaient grands, (ce qui n’était pas plus mal), l’époque des œufs en chocolat et autres poules ou lapins, à aller chercher dans le jardin à 8h30 du matin, les pieds mouillés, était révolue.
Mais elle laissait place à un grand vide : l’ennui, la solitude, l’absence d’exaltation.
Du moins, c’était mon ressenti. Un peu trop souvent.
Probablement, n’était-ce qu’un mauvais passage. Il fallait regarder devant, voir plus loin, y croire encore et toujours.
Ne pas lâcher, ne pas se découvrir d’un fil pour le moment, mais attendre les ponts de mai, puis l’été, puis…
Ce printemps était différent des autres, mais étrangement, il augurait un second souffle. Très optimiste, celui-ci.
En définitive, à bien y réfléchir, il me semblait enfin assimiler que la réappropriation de ma destinée était en train de s’opérer…