Un brin d’histoire du muguet

Le printemps revient et avec lui les beaux jours fleurissent. Dans le Jura, nombreux sont les endroits où pousse la plante connue pour ses vertus légendaires de porte-bonheur. Grande star du 1er mai, le muguet devrait, cette année encore, envahir nos forêts et sous-bois. Rencontre avec une plante aux effets souvent méconnus.

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Le printemps revient et avec lui les beaux jours fleurissent. Dans le Jura, nombreux sont les endroits où pousse la plante connue pour ses vertus légendaires de porte-bonheur. Crédit photographique : michel/claquin.com.

Le jour de la Fête du travail, il est courant de croiser des vendeurs de muguet. Alors bien souvent, en sortant de la boulangerie ou simplement en se baladant dans une rue, nous leur en achetons quelques brins, voire un bouquet, pour les offrir à nos proches (et faire plaisir à ces vendeurs en herbe). Car oui, la plante aux clochettes blanches porte bonheur. Et pourtant, bien que habituelle et évidente, cette croyance a aussi ses origines, qui créent des désaccords entre les historiens.

Aux racines du muguet

La tradition de s’offrir du muguet en guise de présents remonte à Charles IX (1550-1574), roi de France de 1560 à 1574. Il existe plusieurs versions de l’origine de cette tradition. L’une explique que lors de la première année de son règne, en 1560, le roi et sa mère, Catherine de Médicis (1519-1589), visitaient le Dauphiné. Au cours de ce voyage, un chevalier offrit au roi un brin de muguet. Conquis, le roi offrit du muguet, l’année suivante, aux femmes de la cour, avant que la pratique ne se répande dans le royaume. Une autre histoire existe mettant en relation Catherine de Médicis et un chevalier, qui revenu victorieux d’une mission, offrit un bouquet de muguet à Charles IX. Mais avant le XVIe siècle, le muguet était déjà remarqué.

Certaines légendes antiques expliquent même la création du muguet. Ainsi, tantôt la plante aurait été créée par Apollon afin de couvrir le sol d’un mont dans l’optique de préserver les pieds des neufs muses, tantôt, il aurait germé des larmes de la Vierge, alors au pied de la Croix. D’après une autre légende, après une bataille victorieuse par saint Léonard contre un dragon, le sang versé sur le sol donna naissance à du muguet. Inutile de spéculer sur la fiabilité de ces histoires, retenons toutefois que le muguet généra un certain nombre de légendes – ce qui prouve l’intérêt porté vis-à-vis de cette plante.

À la Belle Époque (1871-1914), de grands couturiers français cédèrent au charme des clochettes blanches en offrant des brins de muguet pour le 1er mai. En parallèle, à la fin du XIXe siècle, le chanteur Félix Mayol (1872-1941) relança aussi cette mode du muguet pour le 1er mai. Le muguet fut toutefois instrumentalisé par le maréchal Pétain (1856-1951) après la défaite de la France en 1940. Philippe Pétain remplaça ainsi la fleur symbolique de la Fête du travail, qu’était l’églantine, par le muguet.

 

Les clochettes de la mort

Prenez garde, le muguet n’est pas une plante aussi charmante, élégante et agréable qu’elle n’y paraît. Certes, son parfum, dont on se parfume aujourd’hui avec, est envoûtant. Mais derrière ses allures attirantes, il existe une toxicité redoutable. La totalité de la plante, ainsi que l’eau dans laquelle elle est conservée, est toxique et très dangereuse. Il s’agit donc d’être très prudent, notamment vis-à-vis des plus jeunes et des animaux. En cas d’ingestion, appelez dans les plus brefs délais le centre antipoison le plus proche.

Présent quasiment partout en France, à l’exception des endroits bénéficiant d’un climat méditerranéen, le muguet fleurit surtout d’avril à mai, mais quelquefois jusqu’en juillet. Plante herbacée vivace composée d’une hampe unique, le muguet comporte des grappes d’une dizaine de fleurs habituellement, mais les clochettes peuvent monter à une vingtaine par brin.

Gardez toutefois les yeux ouverts lors de vos balades printanières en forêt, puisqu’un brin à treize clochettes (la fameuse symbolique du nombre treize…) apporterait un bonheur éternel.

Se multipliant facilement lorsqu’il se plaît dans son environnement, le muguet, une fois sa floraison passée, voit ses fleurs être remplacées par un petit fruit rouge.

Le muguet se trouve aussi dans des endroits inattendus. Ainsi, il est un véritable symbole du Rugby club toulonnais ainsi que la fleur nationale de la Finlande. Plus communément, les personnes qui fêteront leur treize ans de mariage cette année célébreront leurs noces de muguet (inutile de vous rappeler la toxicité de la plante)…

 

Mais où le trouver dans le Jura ?

Plus localement, le « muguet de mai » ou « lis des vallées » est massivement présent notamment dans la forêt de Chaux, où de nombreuses personnes s’arrêtent pour le ramasser lors de sa floraison.

La vente du muguet par des particuliers en France est tolérée sur la voie publique, s’il n’y a pas une contre-indication, comme en 2020 à cause de la Covid-19.

Tandis que des jeunes nous confient gagner plusieurs centaines d’euros en vendant du muguet le 1er mai lorsque ceci n’est pas interdit, (à deux euros le brin en moyenne, ça va vite !), gardons tout de même à l’esprit que sa cueillette doit être raisonnable. L’Office national des forêts, sur son site internet, note qu’il convient de cueillir dix ou quinze tiges par personne, tout en rappelant qu’il est impératif de se renseigner sur le propriétaire forestier du lieu.

Le 1er mai, n’oublions pas aussi le sort de nos fleuristes qui ont déjà largement souffert des conséquences de la pandémie…