Rubrique. Comme un lundi : Liste noire

0
248
Comme un lundi : Les lumières 2024

Il y a des sujets qui énervent particulièrement ma voisine, la pluie qui tombait sur nous l’autre jour par exemple. On s’est abrité devant la boulangerie et elle m’a reparlé de la rumeur de la liste noire qui devait faire trembler le cinéma français à Cannes, une liste qui devait impliquer plusieurs grands noms du 7e art, accusés de violences sexuelles.

Sauf qu’il n’y a eu aucune enquête, donc pas de nom, pas de scandale, c’était une fake news partie de X, le Musk du Musk de la désinformation. Un cas d’école. Mais plusieurs médias ont plongé la tête la première, bien contents de jeter de l’huile sur le feu et d’imaginer avec ça faire de l’audience en masse. Parmi eux, tiens tiens, Cyril Hanouna.

Ma voisine avait pourtant promis d’arrêter d’en parler, mais il donne le bâton comme du grain à moudre. À l’antenne le 8 mai dernier, l’animateur de TPMP en a fait des tonnes en répétant la même chose vingt fois pour être sûr que cela entre bien dans les cerveaux lobotomisés à force de regarder son émission, il a affirmé qu’il y avait dix noms, que l’enquête avait duré plusieurs semaines, un chroniqueur a ajouté que le Festival de Cannes n’avait plus aucune raison d’être, que le cinéma français allait imploser, il était très bien renseigné Hanouna, très bien informé par son petit doigt et le sens du vent.

Tout était faux, Hanouna est tombé dans le panneau et il s’est ridiculisé, une fois encore. Pas étonnant que ce type ne plaise pas à ma voisine qui défend certaines valeurs. Un autre exemple de sujets qui la fâchent, les Ehpad. Elle m’a dit qu’elle avait entendu à la radio que, deux ans après les révélations chocs sur Orpea (qui s’appelle maintenant Emeis pour faire oublier les scandales sans doute), il semble que les pratiques et les cas de maltraitances dans certains Ehpad n’aient pas beaucoup changé.

Même si les repas ne sont plus rationnés et que les résidents mangent à leur faim, si tu as une famille, tu es mieux considéré. En gros, si tu as des visites, donc des gens qui s’occupent de leurs parents et qui potentiellement peuvent se rendre compte que quelque chose cloche et communiquer, alors tu as droit à ta couche, les autres peuvent rester des heures dans leur merde, on ne change que les « affectivement » riches.

Ma voisine défend l’idée que la manière dont on traite les anciens en dit long sur notre société. Ces deux affaires, Hanouna et les Ehpad, montrent à quel point certains sont prêts à tout pour faire du profit en trompant ceux qui les font vivre. Et pour eux, aucune liste noire ne semble exister, ce qui énerve beaucoup ma voisine qui elle aussi parfois tourne en boucle.

Par Éric Genetet