Édito. Nom d’un chien !

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Gérard Bouvier.

Échanger est rendu difficile par les railleries, quolibets, persiflages et pitreries (1) de
nos contemporains. Il faudrait garder la tête froide devant la violence des commentaires.
Les animaux nous aident. Ils ont su garder un bon sens séculaire. Voici quelques
références pour échapper à la rudesse ambiante.
Moi, je suis doux comme un agneau mais avec cet oiseau-là, on s’entend comme
chien et chat.

Il est vrai que l’on n’a pas gardé les cochons ensemble (2) et que je suis son bouc
émissaire. Au lieu de nous regarder en chien de faïence je devrais prendre la
taureau par les cornes ou rester muet comme une carpe mais il a une cervelle de
moineau et appelons un chat un chat : il est franc comme un âne qui recule.
Il me cherche des poux dans la tête. Pas de quoi fouetter un chat et je devrais me
dire que les chiens aboient mais la caravane passe. Mais j’ai un mal de chien à faire
ce travail de fourmi (3) et ça me fout le cafard.
Revenons à nos moutons… Cette tête de mule me fera tourner en bourrique ou
même devenir chèvre si je persiste à monter sur mes grands chevaux.
Quel remède de cheval en pareille situation ? Je donne ma langue au chat… Peut-
être sauter du coq à l’âne et lui poser un lapin au lieu de me jeter dans la gueule du
loup car à toujours prendre la mouche je vois bien que je me fourre dans un sale
guêpier.
J’aimerais avoir une mémoire d’éléphant pour lui garder un chien de ma chienne
quand il me traite de noms d’oiseaux mais j’ai une tête de linotte et une mémoire de
poisson rouge. Alors, quand il me prend pour un pigeon, je fais l’autruche.
Je suis bavard comme une pie… Mais ça me fait du bien de crier haro (4) sur le
baudet même si je sais que je suis bête comme un oie et que mon caractère de
cochon ne m’évitera pas d’être encore fait comme un rat et d’avaler ses couleuvres
dès le chant du coq.

Notes pour bien faire la différence entre évoquer des bêtes et dire des bêtises :

(1)- La pitrerie tombe dans l’oubli. C’est fâcheux car elle avait ses aficionados. Mais
ils sont devenus bien claudicants et désormais faire le clown est plus flatteur et
gratifiant que faire le pitre. Dont acte. Le pitre est apparu en 1661 sous la plume de
Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, un poète français auteur de poèmes satiriques
et burlesques. Dans ses écrits un bon pitre désignait un brave homme. Mais il y eut
une extinction de l’espèce et le pitre ne réapparait qu’en 1790 avec mission d’attirer
le public dans les spectacles de foires. Il entre aussitôt en concurrence avec le
bouffon avant d’être confronté à l’arrivée en force du clown en 1823. Très vite le
clown balaye le pitre et ouvre un nouveau chapitre…
Toute résistance était inutile car le mot est très présent dans toute l’Europe côté
germanique. On le retrouve dans le Nord des Pays-Bas où il désigne un lourdaud.
C’est un balourd en Islande et une fille robuste en néerlandais. Ainsi chaque peuple
décline le clown selon ses besoins du moment, mais chez tous il est indispensable.
Dans les années 1900, on découvrit des « clownesses » mais le mot fit faillite et l’on
en resta à la « femme-clown » ce qui n’est pas très motivant. Surtout s’il s’agit d’un
spectacle payant.

(2)- « On n’a pas gardé les cochons ensemble » est l’expression la plus appropriée
pour remettre à sa juste distance un personnage qui se permet des familiarités hors
de propos. Et parfois même, j’en atteste pour y avoir assisté, qui défient la plus
élémentaire décence. Ce que je pourrai vous raconter dans un autre épisode si vous
insistez, mais en tout état de cause pas aujourd’hui. L’expression n’est pas datée
mais elle est ancienne (XIXème ?). Elle remonte au temps où les aristocrates de la
haute société pensaient qu’il fallait se mettre à plusieurs pour contenir une horde de
sus domesticus, mammifères domestique (plus ou moins) et omnivore (plutôt plus
que moins) de la famille des suidae qu’on appelle aussi un porc.
À noter que l’expression a pu être déclinée sous d’autres formes par des citadins
sans connaissance des réalités du monde agricole. On trouve ainsi : garder les oies
ensemble, les dindons, les vaches et même un improbable : « on n’a pas gardé les
mioches de la pétasse du dessus ensemble ». Jusqu’où (parfois) va se nicher la
langue…

(3)- L’histoire comtoise de la fourmi est intéressante. Le comtois a longtemps parlé
du fremi. Jusqu’au milieu du XVIIème siècle le mot, en Comté, était masculin. Loin de
moi l’idée de vouloir venir à la rescousse de nos ancêtres par quelque chauvinisme
désuet mais il faut reconnaître que déterminer le sexe d’une fourmi nécessite une
persévérance et des qualités de détection génitale qui ne sont pas données à tous et
qui ne sont vendues nulle part. Je projetais de vous l’expliquer ici mais comme je n’ai
pas tout compris le mieux est de vous abonner à des sites savants.
Sous l’influence d’auteurs de langue française le fremi est devenu la fourmi. Il était
temps : elle devait rencontrer la cigale en 1668.
Que le fremi soit devenu la fourmi n’est pas très étonnant car le début fr- est instable
par nature. Quand fremi devenait fourmi, formage devenait fromage. Il en reste des
tentatives échouées dans la fourme d’Ambert ou de Montbrison.

(4)- On crie toujours beaucoup mais on ne crie plus guère « haro ! » et surtout pas
sur le baudet qui ne fait plus guère l’âne qu’en Poitou.
« Haro ! » était un cri de détresse au XIIème siècle qui obligeait, en termes de droit,
quand on l’avait entendu à porter secours aussitôt à la personne en difficulté. Depuis
on a trouvé mieux et le procédé est abandonné. Pour vous en assurer essayez de
hurler « Haro ! » sur les diverses Place de la République de votre département. Vous
deviendrez célèbre mais nul ne vous portera secours…
Mais je peux me tromper.