Jura. Nouvellement nommée à la tête de l’ARS du Jura, Emma Gay-Bonniot face aux défis sanitaires du territoire

Officiellement en poste depuis la mi-mars, Emma Gay-Bonniot prend les rênes de la direction territoriale de l’Agence régionale de santé (ARS) du Jura. Entre enjeux d’accès aux soins, réorganisation hospitalière et virage médico-social, elle esquisse ses priorités pour un département aux équilibres fragiles.

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Emma Gay-Bonniot est la nouvelle directrice territoriale de l'ARS du Jura.

Arrivée il y a cinq ans dans le Jura, en pleine crise sanitaire, Emma Gay-Bonniot connaît déjà les rouages du territoire. Après avoir assuré l’intérim, elle a officiellement pris la direction de l’Agence Régionale de Santé mi-mars. “Je suis ravie de pouvoir m’engager sur le Jura encore plus que ces cinq années précédentes”, confie-t-elle.

Au quotidien, la direction territoriale de l’ARS joue un rôle central. “C’est la porte d’entrée”, explique-t-elle, à la fois pour les professionnels de santé, les établissements, mais aussi les élus locaux. Elle intervient sur un champ large, allant de l’installation des médecins libéraux au suivi des hôpitaux, en passant par le médico-social.

Une organisation repensée après le Covid

La crise sanitaire a profondément modifié le fonctionnement de l’institution. “On a été beaucoup sollicités, mais on a été identifiés par une partie de la population”, observe la directrice. Une visibilité nouvelle, mais aussi un révélateur des limites d’une organisation trop centralisée.

Depuis, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté a engagé un mouvement de territorialisation. L’objectif : renforcer l’échelon départemental, devenu incontournable en situation de crise. Une seconde phase est d’ailleurs prévue, avec la volonté de rapprocher encore davantage la décision du terrain.

Accès aux soins : des disparités persistantes

Première attente des Jurassiens : l’accès aux soins. “Il y a un vrai besoin sur l’accès aux soins de spécialistes”, souligne Emma Gay-Bonniot. Si le département affiche une densité médicale globalement correcte, il reste marqué par de fortes disparités.

Certaines zones, notamment dans le Haut-Jura, peinent à attirer des praticiens. Pour y remédier, l’ARS s’appuie sur un zonage précis permettant de déclencher des aides financières à l’installation. Une dynamique semble toutefois s’amorcer, avec un solde positif de 16 nouvelles installations en 2025, signe d’un possible redressement.

Hôpitaux et médico-social : des équilibres à trouver

Au-delà de la médecine de ville, l’organisation hospitalière constitue un autre enjeu majeur. À Dole, la question d’une direction commune avec le CHU de Besançon est à l’étude, après le départ du directeur de l’hôpital, Gilles Chaffange. “C’est l’avenir du CH de Dole qui se pose”, souligne la directrice, tout en rappelant que l’établissement conserverait son autonomie.

Plus largement, l’enjeu est de mieux adapter l’offre aux usages. Dans le sud du département, notamment sur Lons, Saint-Claude ou Morez, un taux de fuite important interroge : “Pourquoi les habitants ne s’adressent pas à leur hôpital le plus proche ?” Une question centrale pour repenser l’attractivité et la pertinence des structures.

Parallèlement, 2026 s’annonce comme une année clé pour le médico-social. “Le médico-social va avoir une place importante”, affirme Emma Gay-Bonniot, avec des travaux engagés sur le handicap et un plan grand âge destiné à anticiper le vieillissement de la population.

Parmi les dossiers sensibles, figure aussi celui de l’Ehpad du Mont-Bayard à Saint-Claude. L’établissement fait l’objet d’un suivi renforcé, avec un arrêté en vigueur jusqu’à fin mai 2026. Celui-ci impose plusieurs mesures, dont la réduction du nombre de résidents et la réalisation de travaux.

“L’établissement est toujours en train de mettre en place toutes les demandes”, précise la directrice. Une expertise a permis de définir un calendrier et un chiffrage précis, et certains aménagements ont déjà été engagés.

Entre réorganisation et adaptation, la nouvelle directrice trace une ligne claire : partir des besoins réels des habitants pour construire une offre de soins plus lisible, plus accessible et plus efficace.