Elle boucle le tour du monde à pied en huit ans

Heureux qui comme Caroline Moireaux a fait un long voyage. Telle pourrait s’intituler l’histoire peu ordinaire d’un Jurassienne partie à la découverte du vaste monde et d’elle-même. Rencontre avec cette « amoureuse de la vie » dotée d’une philosophie singulière.

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Des paysages à couper le souffle, ou plutôt à tomber en amour du vaste monde.

50.000 km, pas moins de 29 pays : de la Suisse à la Mongolie, de l’Azerbaïdjan au Costa-Rica, de la Corée à l’Alaska, etc. Voilà l’épopée digne d’Ulysse vécue durant 8 ans par Caroline Moireaux, jurassienne résidant près de Bletterans, à Cosges. Une aventure peu ordinaire pour une femme peu ordinaire, carburant à la ‘positive attitude’ : “La vie est tellement belle et magnifique, pourquoi se la gâcher ?” questionne-t-elle avec un naturel et une spontanéité désarmants. Et n’allez pas lui demander si des galères ont émaillé son passage en Sibérie ou au Mexique : un “non” franc et sans appel fuse aussitôt. Une philosophie de vie innée ou presque : “Je remercie ma maman qui m’a élevée sans peurs et sans tabous, en se foutant du qu’en dira-t-on”. Toute petite déjà, la future globe-trotter écrivait d’ailleurs sur ses cahiers d’écolière : “Je ferai le tour du monde” et rêve alors à 7 ans de devenir hôtesse de l’air. Un rêve un instant oublié pour des études ‘sérieuses’ (lire encadré), mais chassez le naturel il revient au galop…en l’occurrence le 1er juin 2011. En ce jour mémorable, et après “9 mois de préparatifs”, Caroline Moireaux, 31 ans, enfante du voyage de sa vie…malgré un côté ‘touriste’ assumé : “Je ne me promenais que le dimanche une fois par mois…et encore, et je n’avais jamais campé de ma vie”. Qu’importe, “je pars pour un tour du monde prévu pour 10 années, avec un budget de 14.000 €, soit environ 4,50 € par jour. Dans certains pays je dépensais parfois 2 €, parfois 1 € seulement”. “C’est l’hébergement et le billet d’avion qui coûtent cher” explique l’aventurière, une question résolue par une tente…et par l’incroyable hospitalité rencontrée tout au long de son parcours, qui lui a permis de dormir un jour sur deux sous un toit en dur. Une vraie découverte de l’humanité qui lui a ouvert les yeux sur le monde et sur elle-même.

Des confins glacés de Sibérie aux déserts brûlants d’Amérique centrale…

« J’ai fait le choix de ne pas rêver ma vie, mais de la vivre »

Car « le monde est beau » témoigne celle qui a rencontré des milliers d’êtres humains…et appris plusieurs langues : « Par respect pour eux, j’ai appris quelques mots basiques en quelques jours, et je pouvais tenir une conversation au bout d’un mois ». Aussitôt apprise, aussitôt oubliée pour recommencer dans le pays suivant : « Je suis un vrai caméléon, je m’adapte » confie en souriant celle qui estime avoir voyagé sous son « nuage à bonheur », car selon elle « on peut choisir d’être heureux ou malheureux » dans la vie. Et maintenant ? Après avoir partagé ses pérégrinations avec près de 18.000 followers sur les réseaux sociaux, la jurassienne aspire à poursuivre ces échanges dans le réel. Grâce à un film synthétique de 22 minutes retraçant ses aventures, elle a enchaîné les débats dans tout le Jura, voire la France. Une nouvelle étape, avant qui sait de repartir autour du monde (en Afrique, en Inde ou en Amérique du sud par exemple)…ou de rester à jamais en France. « On se créée sa vie, tu as le choix de faire de belles choses, plutôt que de te battre contre les mauvaises ». Et de suivre sa philosophie : « Tout est en toi, y compris ce qui ne va pas. Fais tes expériences au lieu de te nourrir de distractions extérieures ». Pour conclure, Caroline Moireaux estime que : « Ce voyage m’a ouvert à moi-même, cela a été un cheminement intérieur du début à la fin », une fin vécue dans une intense émotion le 1er juin 2019 à Lons-le-Saunier, 8 ans jour pour jour après son grand départ. Une question de destin estime-t-elle, mâtiné par cette profonde conviction : « J’ai fait le choix de ne pas rêver ma vie, mais de la vivre ». Une culture de l’optimisme qui guide désormais d’autres voyageurs, eux aussi partis à la découverte du monde et d’eux-mêmes…

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Stéphane Hovaere

Une tente pour vivre en communion avec la nature.

Les pays les plus merveilleux

Selon Caroline Moireaux, les pays qui l’ont la plus touchés sortent des canons vantés par les brochures en papier glacé des agences de voyage.

L’Iran : une hospitalité unique

Bien loin des clichés véhiculés par les médias (des femmes voilées, une dictature islamique, etc.), « j’ai rencontré des femmes super avec qui nous avons pu discuter ». Et bien plus libre qu’en Azerbaïdjan et en Géorgie : « beaucoup de femmes parlent anglais, 99% ont fait des études supérieures ». Autre belle découverte : « Une hospitalité unique, une semaine étant chez les iraniens le ‘minimum syndical’. Il y a de la forêt, de la montagne, des châteaux, des prairies, etc. » Dans de moindres proportions, « la Turquie aussi se révèle être un pays accueillant, hospitalier, avec une culture qui me fait rêver »

Que la beauté soit devant moi, derrière moi, au dessus de moi, en dessous de moi…

L’Alaska : le pays des grands espaces

“Des paysages merveilleux. Il y a peu de routes, et on voit peu de gens ». A tel point qu’elle imagine facilement vivre seule, au fond des bois, en auto-suffisance. « J’ai rencontré de gros animaux, comme des ours en train de pêcher les saumons qui n’ont rien à faire de toi. Ou des baleines, des dauphins, des loutres, etc. ».

La France

« Un pays merveilleux : je ne l’ai jamais autant aimé, peuplé de gens magnifiques ». Qui comme dans beaucoup de pays développés se créent des problèmes « de riches »…alors qu’en y pensant bien ils n’existent peut-être que dans l’esprit de ceux qui voient la vie en noir…

Des petits soucis de mécanique, mais “aucune galère” selon la jeune femme.

Un peu de logistique

Armée de son téléphone, la baroudeuse a tracé sa route à l’aide d’un gps, à pieds et parfois en vélo. Parfois seule, parfois accompagnée d’un ou plusieurs camarades, mais toujours avec sa « maison » sur son dos : un sac de 18 à 23 kg, comprenant des réserves d’eau et de nourriture pour près d’une semaine. « Je ne suis jamais sortie de ma zone de confort » affirme-t-elle, ayant toujours pu trouver des vivres suffisants pour avancer chaque jour de 25 à 30 km à pieds, et 80 à 100 km en vélo.

Caroline Moireaux a choisi de vivre l’instant présent et de célébrer l’amour de cette vie.

Carte d’identité

Caroline Moireaux, 40 ans, a grandi dans la maison familiale près de Bletterans. Des études menées déjà à droite et à gauche l’ont conduit du BEP jusqu’à un DESS « systèmes électroniques embarqués ». Avant de larguer les amarres, déjà : « Un voyage d’un an en Australie, où on peut changer 10 fois de boulot dans une vie », et un esprit de plus en plus ouvert. « J’ai effectué ensuite des petits contrats en tant qu’ingénieur qualité chez SKF à Lons-le-Saunier  » entre autres, avant de partir ‘pour de bon’ et d’user 8 paires de chaussures de par le vaste monde.