Éditorial

Les beaux jours

0
435

Aborder l’univers du Métaverse, du tout virtuel, du totalement déshumanisé (qui plus est lorsqu’il est complètement assumé) peut s’avérer aussi intrigant qu’affligeant.
Car qu’il est difficile de rester serein, flegmatique, neutre, face au dilemme de ces réalités pourtant artificielles. D’accepter de subir leur excès, leurs dangers, de ne pas envisager se retrouver un jour prochain, prisonnier d’un système pervers et sournois, redoutable matrice inextricable, qui aura transformé l’essentiel de la substance de notre individu (notamment de nos précieux sentiments complexes et paradoxaux), en une simple empreinte numérique.
De voir notre âme, nos souvenirs, notre existence résumée, compressée, tronquée en une suite binaire de 1 et de 0 : un insipide QR code, combinaison certes unique mais qui côtoiera dans le “cloud”, d’autres nébuleuses de données personnelles, atrocement impersonnelles. Lesquelles seront ensuite commercialisées, utilisées, dévoyées à des fins mercantiles ou idéologiques. Si ce n’est pire encore ?
C’est pourquoi, bien que cet univers soit fascinant, il semble salutaire de s’y soustraire. Quitte à perdre l’adhérence avec la progressiste marche du monde qui nous entoure, mais animé d’une conviction saine et souriante. Celle qui me fait respirer et m’inspire en ce matin où j’écris ces lignes. Celle qui m’anime, qui me ferait tout donner (ou tout perdre) pour prolonger cette douce et inoffensive folie qui nous guide, nous pousse, nous porte, nous éloigne de l’ennui et de la fatalité.
Louer toutes ces méthodes artistiques ou ces stratagèmes de séduction que l’Humanité emploie depuis toujours, car ils fonctionnent, et fonctionneront longtemps encore, pour nous transcender.
Ce mouvement perpétuel des rencontres et des apothéoses sensorielles, fruits de la passion, que le grand horloger du destin propose à qui les souhaite et sait les cueillir.
Qu’en sera-t-il de nous ?
Alors que le dernier jour de février se levait, les premiers éléments constitutifs printaniers confortaient ma conviction. Réaffirmaient ce refus de s’engager dans l’impasse du néant numérique. Je continuais de marcher devant, digne et droit. Humain, fier de l’être, et de vouloir intégralement le rester.
Quitte à en payer le prix fort, à subir les ombres du passé, les murs d’indifférence, les désillusions amoureuses… Mais en assimilant que souffrir amène à se réparer, grandir. Telle est notre mission : être, redevenir, se réapproprier.
Ainsi, les beaux jours se profilaient. L’effervescence des sens allait surgir. Demain apparaîtrait mars. En ce lundi 28 au matin, c’est en arrachant la page « février » du calendrier que toutes ces instinctives émotions se rappelèrent à ma conscience.
J’étais encore en vie. Et cela allait faire bientôt deux ans…