Champagnole. Quand la danse s’installe là où les sports d’hiver règnent

À Champagnole, une école de danse urbaine émergente s'impose, offrant une nouvelle dynamique culturelle dans un territoire sportif.

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école de danse Champagnole
À Champagnole, Shanna Arbez a ouvert son école de danse avec l’ambition de rendre l’enseignement artistique accessible localement.

Dans le Jura, la pratique sportive s’appuie fortement sur l’environnement naturel. Stations de ski, clubs de biathlon, randonnées ou vélo rythment la vie associative. À l’inverse, l’enseignement artistique reste plus discret, en particulier dans les villes moyennes.

Pour les familles du secteur de Champagnole, accéder à une école de danse structurée signifie souvent se tourner vers Dole ou d’autres pôles urbains mieux dotés. Une réalité que Shanna Arbez connaît bien.

“Quand on vient d’un territoire comme le nôtre et qu’on veut progresser dans la danse, il faut souvent faire des kilomètres”, confie la jeune danseuse. Plutôt que de partir définitivement, elle a choisi de revenir. Ouvrir une école ici, à 20 ans, c’est aussi une manière de corriger un déséquilibre culturel.

Une discipline exigeante, encore sous-estimée

Depuis la rentrée, près de 160 élèves ont rejoint son école. Enfants, adolescents et adultes, venus de Champagnole et des communes alentour. Elle y enseigne principalement les danses urbaines : hip-hop, street jazz, girly. Des disciplines parfois réduites à une image loisir. “La danse urbaine, ce n’est pas juste bouger sur de la musique. C’est une culture, une histoire, une vraie exigence technique”, insiste-t-elle.

Travail du rythme, précision des mouvements, musicalité : l’apprentissage repose sur une rigueur quotidienne. “On a parfois l’impression que ce n’est pas aussi sérieux que le classique, mais c’est faux.” Son objectif : transmettre cette culture tout en valorisant l’expression personnelle, essentielle dans ces styles. “Je ne veux pas que mes élèves me ressemblent, mais plutôt qu’ils montrent ce qu’ils ressentent.”

Rendre possible l’excellence, même loin des métropoles

Si l’école se veut accessible, elle accompagne aussi celles et ceux qui souhaitent aller plus loin. Certaines élèves participent à des compétitions régionales et nationales, notamment à Lyon. “Elles n’auraient peut-être jamais tenté sans structure locale”, souligne Shanna Arbez. Dans un territoire éloigné des grandes scènes culturelles, cette ouverture vers la compétition constitue une véritable opportunité.

Derrière la passion, la réalité de l’entrepreneuriat culturel s’impose. Recherche de salle, gestion administrative, inscriptions, assurances, organisation des spectacles : un quotidien dense. Pour y faire face, Shanna Arbez peut compter sur sa mère, Virginie, qui gère l’ensemble de l’administratif. “On forme un binôme. Sans elle, ce serait très compliqué”, reconnaît la jeune entrepreneuse.

Au-delà de l’école, le projet porte une véritable vision. “ La culture ne devrait pas être réservée aux grandes villes ”, affirme-t-elle. Son parcours de danseuse, sans école spécialisée ni conservatoire, lui permet de “ montrer que l’on peut être tout à fait légitime, même sans formation dans une grande structure ”.