Allons faire un tour au marché !

Essentiel à la vie urbaine, le marché est perçu comme un véritable outil d’aménagement et de développement économique des centralités ainsi qu'un indéniable instrument de cohésion sociale. Situé au cœur des cités, ils contribuent à rendre attractifs nos centre-villes. Les Jurassiens qui fréquentent les quelques 47 marchés dans près de 43 communes du département peuvent en témoigner.

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Une partie du marché alimentaire.


Les premiers marchés datent de l’antiquité. Dans la Grèce antique, le terme Agora évoquait les marchés, ce qui se traduisait également par « l’espace central, la place et le lieu de vie » et sont les lieux physiques qui ont permis les échanges de marchandises et de savoir-faire. Les marchés sont aussi des endroits importants où rapports sociaux, échanges alimentaires et culturels se sont développés au fil des années et des civilisations. C’est au moyen-âge que les marchés se sont fortement développés, ils ont d’ailleurs joué un rôle central pour l’économie médiévale, car, c’était le moyen le plus répandu pour commercer. C’est sous Napoléon III que se met en place un aménagement aujourd’hui emblématique, le marché des halles. Ainsi les marchés vont continuer à prospérer et à se développer. Finalement, c’est à partir des années 1970-1980 que les marchés connaissent leurs premiers déclins.

Les fruits et légumes.

Un lieu d’achat plébiscité par les Jurassiens

Si les marchés restent un lieu d’achat plébiscité par les Français, c’est parce qu’ils sont d’abord un espace de vie sociale, de débat, d’échanges, de proximité. Dans un monde un peu déshumanisé où les rapports se limitent aux réseaux sociaux, le marché est un lieu de rencontre vivant. Sur le plan national, il existe plus de 115 000 établissements répartis sur environ 8 000 marchés sur 6 000 communes. Le Jura quant à lui regroupe 47 marchés dans 43 communes, sans compter les foires et événements ponctuels. Ce sont plus que des lieux d’achat, les conversations entre commerçants et clients créent un rituel comme celui de s’installer avec son cabas à la terrasse des cafés, une fois ses achats faits pour observer la foule et écouter les « forts en gueule » qui interpellent familièrement le chaland  pour l’inciter à venir acheter sa marchandise en lui promettant des prix cassés. Il reste malheureusement très peu de démonstrateurs de foire qui mettaient une ambiance particulière. Les humaines ont pourtant besoin de ce lien social…

Il est temps de planter.

Un ensemble hétérogène que la crise sanitaire a accentué


Une division s’est accentuée au sein des différents secteurs d’activité créant deux situations économiques totalement opposées. Le gouvernement a d’ailleurs sa part de responsabilité quand il a différentié les commerces « non essentiels » des autres. Donc des entreprises alimentaires « essentielles » dopées par un intérêt et une fréquentation accrue qui ont renforcé leur offre d’approvisionnement locale et de proximité. Des entreprises non alimentaires « non essentielles », les plus nombreuses avant la crise, qui ont été interdites d’accès au domaine public pendant près de 6 mois en 2020 sans click and Collect possible. Leur clientèle a été captée par les grandes plate-formes de vente en ligne.
En 2020/2021, les annulations de nombreuses foires et autres manifestation ont fini de fragiliser ces entreprise. Malgré tout, ce secteur de consommation conserve un rôle essentiel dans la redynamisation des centre-villes.

Des fleurs, en veux tu en voila.

Un optimisme raisonné quant à l’avenir des marchés

Pour Sonia Jazdanian, adhérente à la Fédération Nationale des Marchés de France et qui tient un commerce de chaussures, les marchés jurassiens et celui de Lons en particulier ne se portent pas trop mal : « Après la crise sanitaire, les forains sont revenus. Il a fallu un peu de temps pour que les clients reviennent et reprennent leurs habitudes. Il est vrai également qu’une baisse de fréquentation avait été constaté depuis un certain nombre d’année, mais la crise a aussi fait comprendre aux gens que le commerce de proximité et les circuits cours avaient leurs avantages. Si le confinement a tout d’abord favorisé le commerce en ligne, il a été un révélateur de l’importance des rapports humains et quoi de mieux que les marchés pour créer ou garder des liens ?
Je rappelle aussi que chaque commerçant est un spécialiste dans son domaine et qu’il est là pour conseiller dans l’intérêt du client. Savez-vous que les retours de marchandises dans la vente en ligne atteignent 30 %, ce qui est un gâchis économique et écologique. Les retours chez les commerçants de proximité ne sont que de 7%. Je suis donc optimiste pour l’avenir et c’est à nous à convaincre nos futurs clients de l’intérêt économique et social de nos métiers ».

Le marché non alimentaire.

Aller au marché, c’est bon pour la santé !

Gil Ballaud, producteur local et délégué pour le commerce alimentaire est un observateur avisé qui suit l’évolution des marchés alimentaires. Il constate un retour peut-être un peu timide mais un retour quand même des producteurs locaux. Pour lui, les clients sont en attente et sont prêts à faire l’effort de payer un peu plus cher des produits locaux, frais,  issus des circuits courts. Pour lui, le renouveau des marchés ne pourra se faire qu’à cette condition. « Les clients sont des amis qu’on a plaisir à retrouver. Aller au marché, c’est bon pour la santé, c’est l’occasion de sortir de chez soi, de marcher.  C’est un moment de détente, mais, c’est aussi l’occasion de découvrir des produits nouveaux et d’échanger des idées recette ».
Les artisans et commerçants doivent répondre aux nouvelles attentes des consommateurs. Ce modèle contribue aussi au maintien et au développement de l’économie et des filières locales. Les marchés sont surtout le vecteur de lien social, rendent attractifs les cœurs de ville et font partie de leur identité.

Christophe Maitre, démonstrateur de foire.

Aller au marché, c’est bon pour la planète…

Acheter local, c’est bon pour la planète, moins de transport et moins d’intermédiaires, c’est le producteur qui vend directement sa production. Cela permet de manger plus sainement car la nourriture ne subit pas de longs transports qui peuvent altérer la qualité des aliments.
De plus, l’argent dépensé va directement aux personnes qui font en sorte que vous mangiez sain et local. Pour ceux qui veulent réaliser des économies, il suffit souvent d’attendre la fin du marché, beaucoup de vendeurs ne veulent pas remballer leurs marchandises. Ils bradent alors ce qu’il leur reste et il est possible de se régaler à moindre coût…

Sonia Jazdanian, de la Fédération Nationale des Marchés de France.
Gil Ballaud, délégué pour le marché alimentaire.