Quelles alternatives à la désertification médicale ?

Entre centres de santé et télémédecine, nos territoires ruraux tentent de conserver une offre de soins acceptable. Mais jusqu'à quand et à quel prix ?

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Les déserts médicaux ne sont que la fatale conséquence du fameux numérus clausus...

Ce que coûte et rapporte la médecine de proximité

La désertification médicale ne fait pas que des mécontents. Intérim, chasseurs de médecins, équipements de téléconsultations… Elle a ouvert un marché juteux.
Le Canard Enchainé pointe les émoluments proposés par l’Hôpital de Cahors : 3000 euros net la garde de 24 heures. Presque trois fois le montant légal de 1170 euros !
En face, les patients promus variables d’ajustement de ces rémunérations exponentielles ne décolèrent pas. Emmanuel Bader, 60 ans, défraie ainsi la chronique en entendant se faire rembourser les frais engagés pour des soins d’urgence à Lons, faute de médecins à Saint Claude…

Le numérus clausus, à l’origine de tous les maux…

Dans le Jura comme dans tous les territoires ruraux similaires, les déserts médicaux ne sont que la fatale conséquence du fameux numérus clausus qui limitait l’accès à la profession. Pénurie orchestrée au départ, elle a échappé à ses concepteurs…
Voulu en 1971 par les médecins soucieux de protéger leur activité libérale, leur hantise était alors une médecine fonctionnarisée. Jamais ça !
Une idée également défendue par l’État pour freiner la consommation médicale et faire réaliser des économies à l’assurance maladie…
C’était oublier l’évolution de la médecine et le vieillissement de la population. Oublier aussi les départs massifs en retraite des médecins, multipliés par 6 en 10 ans.

8 millions de personnes vivent en plein désert médical

Freiner la consommation est donc aujourd’hui une indiscutable réussite ! En France 12 % de la population vit dans un désert médical, soit 8 millions de personnes. Et 6 millions renonceraient aux soins selon le rapport du Sénat du 01/2020 !
Si la moyenne française est de 1 médecin pour 300 habitants, pour le Haut-Jura, Saint-Claude, Longchaumois et jusqu’aux Hauts de Bienne, on trouve des valeurs comprises entre 1600 et 2800.
Car la désertification médicale engendre également la surcharge médicale. Dans les communes possédant des médecins arrivent les patients des communes désertées. Et les vannes se ferment : « Désolé, je n’accepte plus de nouveaux patients ! ».
Quant aux économies souhaitées, faute de trouver un médecin disponible près de chez eux, les besoins retombent sur les services d’urgence, véritables gisements d’or, où peuvent cachetonner en intérim certains médecins peu scrupuleux, davantage soucieux de s’enrichir que de déontologie, en percevant en deux nuits autant qu’en un mois.
Contactée par notre rédaction, l’Agence Régionale de Santé « ne méconnait pas cette situation » mais comme pour tous les services de l’Etat, se retranche derrière le devoir de réserve eu égard aux élections en cours.

Vaines réformes

Certaines mesures incitatives ont été mises en place dès 2012 par l’assurance maladie : contrat d’engagement de service public (CESP), contrat de début d’exercice (CDE). Des mesures rencontrant un succès mitigé.
De plus, l’abandon du numerus clausus ne se fera sentir qu’ à partir de 2030 ! Alors Quelles solutions ? Salarier les médecins ?
Crées en 2018, les centres de santé sont des structures où exercent regroupés des médecins salariés rémunérés à la fonction et pas à l’acte, sans dépassement d’honoraires. Dans le Jura, il en existe 14.
Christian Bretin, maire de Cousance, tente les médecins européens :
« Nous avons fait appel à une entreprise en recrutement médical, Moving People qui propose des médecins recrutés à l’étranger. Un choix dicté par notre souhait de conserver pour les Cousançois une médecine de proximité qui maintienne le lien entre le médecin et son patient plutôt que la téléconsultation avec des praticiens chaque fois différents ».
Le coût est élevé. 20 000 euros par médecin recruté auxquels s’ajoute logement et cabinet.

Et la télémédecine ?

Quid de la téléconsultation ?
Selon Bruno Sablière, Directeur des Affaires publiques chez Medadom, leader en France avec 2.000 bornes et cabines implantées majoritairement en pharmacie auxquelles s’ajoutent des lieux publics, mairies ou maisons France service :
« 89% des actes de téléconsultation sont de la médecine générale. Autant de soulagement pour les services d’urgence ».
Le principe est d’accueillir le patient devant une borne ou, mieux, dans une cabine connectée. Là, il est mis face à face avec un médecin par écrans interposés. Ces bornes ou cabines disposent de stéthoscope, otoscope, oxymètre, tensiomètre thermomètre et dermatoscope. Tous connectés instantanément avec le médecin.
Le patient n’est pas livré à lui-même, mais accompagné par une personne référente, formée par Medadom.
« Nous avons 200 médecins généralistes partenaires, salariés de centres de santé, mais également quelques libéraux. Notre critère est de pouvoir obtenir une consultation avec un praticien dans un délai moyen de dix minutes ».
Le coût des bornes ou des cabines proposées en leasing est de 219 euros par mois sur trois ans pour une borne, et 390 euros sur quatre ans pour une cabine. La formation de l’accompagnant est incluse dans ces coûts.
Plus de 680 000 téléconsultations ont été réalisées à date, 10 bornes ont été installées dans le Jura.

La consultation physique laisse désormais parfois la place à la télémédecine.