Pourquoi les salaires n’augmenteront pas (vraiment) en 2022

Annoncée comme l’année du rattrapage, les gains des salariés (+ 2,4% estimés par un cabinet d’études) devraient être en grande partie annihilés par l’inflation.

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+ 2,2% au 1er octobre 2021 : le SMIC a ouvert le bal des hausses de salaires, qui se poursuivent actuellement dans de nombreuses branches professionnelles. Et  c’est –fortement invité par le gouvernement à agir en ce sens- le patron du MEDEF lui-même, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a confessé sur RTL que les entreprises devront se résoudre à augmenter leurs collaborateurs : « Il y a, je pense, beaucoup d’entreprises qui augmenteront les salaires, parce que, d’abord, les salaires en 2020 et 2021 ont été peu augmentés, parce qu’il y a de l’inflation, et parce qu’on a du mal à recruter…/…Il y a, en ce moment, 57 branches qui négocient et il y aura beaucoup de négociations en début d’année » a-t-il poursuivi, preuve que la pression est forte.
Compte tenu entre autres d’un contexte inflationniste moins perçu comme « transitoire » que ne l’annoncent en chœur, toutes les banques centrales, à commencer par la Banque Centrale Européenne (BCE) et son homologue américaine (FED)… Rien de comparable toutefois entre le pays de l’Oncle Sam où les dernières estimations donnent le tournis (+ 6,2% d’inflation sur un an) et l’Hexagone (+2,6%), mais certains économistes estiment que les chiffres officiels pourraient être sous-estimés et que la hausse des prix pointerait bien au-delà des 3%. Les hausses de salaire espérées ou consenties pour 2022 risquent donc de n’être que poudre aux yeux, compensant à peine la baisse de pouvoir d’achat à venir (devenue préoccupation numéro une des français).

L’intéressement : intéressant, mais seulement pour la moitié des salariés

Comme chaque année, le cabinet de consulting People Base CBM a sondé 569 entreprises représentatives de l’économie françaises au sujet de leurs intentions : l’augmentation moyenne devrait atteindre 2,4 % en 2022, bien au-delà des estimations 2021 (1,3%) et 2020 (1,8%), soit 0,2% seulement au-dessus de l’inflation prévue en 2022 par la BCE. Mais ces augmentations ne s’annoncent  générales qu’à hauteur de 1,2% a annoncé People Base, le reste étant décidé au cas par cas pour chaque salarié : une manière d’entretenir la motivation.
Face aux renchérissements des matières premières, les entreprises cherchent aussi d’autres manières de « soigner » leurs collaborateurs, et la prime Macron devrait une fois de plus mettre de l’huile dans les rouages. Pour rappel, cette prime (exonérée d’impôt, de cotisations et contributions sociales) se monte à 1 000 euros, et peut être portée à 2 000 euros en cas d’accord d’intéressement entre autres.
Face aux excellents résultats de nombreuses entreprises en 2021, les salariés devraient aussi pouvoir compter sur un « bonus » substantiel via l’intéressement, mais seulement la moitié des salariés français en bénéficient… Autre leviers activés par les entreprises, le mieux-être au travail, une dimension particulièrement prisées des jeunes générations : avantages sociaux, meilleur organisation du temps de travail, crèches, conciergerie, etc.

La rédaction

Les cafés hôtels restaurants mettent (enfin) le paquet

10,5 % de hausse envisagés par les patrons, 25 à 35% espérés par les syndicats : dos au mur, avec des centaines de milliers de postes vacants, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) prépare son carnet de chèques avant le dernier round de négociations destinées à rattraper le retard considérable accumulé dans cette branche. L’idée d’un 13e mois est pour l’instant jugée trop coûteuse, mais l’heure est aux compensations horaires (certains restaurants fermant le week-end, ou évitant de servir après 20h30 par exemple). La coupure entre les services du midi et du soir pose aussi question, des jours chômés pourraient la compenser.