Pourquoi les Français font-ils de moins en moins l’amour ?

Selon une récente étude publiée par l'institut IFOP, les Français et notamment les jeunes (18-24 ans) feraient de moins en moins l'amour. Un constat sur lequel nous avons interrogé le docteur Maxime Gallet, sexologue à l'hôpital Louis-Pasteur de Dole.

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Ilustration

C’est un phénomène observé depuis quelques années et mis en lumière récemment par l’institut IFOP dans son enquête menée auprès d’un échantillon de 1 911 personnes. Le sondage révèle que l’activité sexuelle des Français serait en net recul ces quinze dernières années, une « Sex recession » en particulier visible chez les jeunes de 18 à 24 ans. Plus d’un quart, initiés sexuellement (28%) admettent ne pas avoir eu de rapport en un an, soit cinq fois plus qu’en 2006 (5%).
Ce même rapport fait état d’une baisse des fréquences, les Français auraient moins de rapport hebdomadaire, 43% rapportaient avoir en moyenne un rapport sexuel par semaine, contre 58% en 2009. (source IFOP).
Au-delà des statistiques nous avons demandé l’avis du docteur Maxime Gallet, diplômé en sexologie médicale. Depuis mai 2023, ce dernier assure des consultations au sein du centre hospitalier Louis-Pasteur à Dole.

L’avis du docteur Maxime Gallet, sexologue à l’hôpital Louis-Pasteur

Maxime Gallet
Docteur Gallet, quel sentiment avez-vous au regard de cette étude?

« Alors tout d’abord il apparait chez certains couples des phénomènes de perte de libido, c’est vrai ! Bien que cette étude porte sur un échantillon de 1 911 personnes, elle est par conséquent à relativiser. Comment expliquer ces statistiques ? Je dirais que les écrans ont leur part de responsabilité là-dedans, des instants importants où le couple se voit maintenant perturbé par la présence d’écrans, à l’heure du coucher, chacun plonge le nez dans le téléphone, pianote sur les réseaux sociaux ou autres… Et la conversation est rompue. Au final l’intention est détournée, l’envie de rapprochement est moins présente. »

L’étude s’est aussi intéressée à la tranche d’âge des 18/24 ans, elle révèle que les jeunes adultes seraient eux aussi moins actifs, quelles peuvent-être les raisons?  

« Sur cette question des réflexions peuvent se faire sur deux versants, le masculin et le féminin. Actuellement l’explosion de la pornographie représente un fléau que nous observons, certains jeunes hommes présentent des signes d’addiction à ces contenus qui finalement leurs apportent une sexualité solitaire, facile d’accès, sans effort pour trouver une partenaire.
Par ailleurs, d
epuis quelques années le rapport à la sexualité a changé, la société change et des mouvements émergent comme le hashtag « Me Too. » Si la libéralisation de la parole de la femme est une bonne chose, ces témoignages qui se multiplient ces dernières années peuvent apporter un climat anxiogène. Les jeunes filles se demandent si elles peuvent encore faire confiance à un garçon et inversement les jeunes hommes hésitent à être entreprenants par peur que cela soit mal interprété ».
Là arrive le rôle de la prévention dans les lycées et facs, la sexualité doit être présentée comme un moment de partage et de plaisir mutuels entre personnes consentantes. »

Faits assez rare, le président de la République s’est inquiété de l’intimité des ménages Français en mettant en avant la baisse de natalité dans notre pays, faut-il  s’inquiéter de cette donnée ? 

« La baisse des naissances est effectivement visible en France, elles sont moins nombreuses dans les maternités. L’explication peut être conjoncturelle, l’actualité n’étant pas toujours réjouissante ne motive pas vraiment les ménages à nourrir des projets de bébé, le coût de la vie augmente et élever un enfant n’est pas sans conséquence. Les perspectives climatiques ne sont pas au beau fixe et l’avenir incertain, il s’agit finalement d’une anxiété générationnelle… »

E.S.