Luthomiction

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Gérard Bouvier.

Dans cette rubrique où l’on apprécie les expressions et les mots on peut regretter de voir s’éteindre certains d’entre eux.
Entendrons-nous longtemps encore : saperlipopette, faire la bringue, ouvrir tout grand ses mirettes, être un rapporte-paquet, jurer comme un pattier ? Chez nous, comtois, entendrons-nous longtemps : avoir un cul comme une jument de mille francs ou ramasser du mal, ou faire la chose à la retirotte, ou pleurer la michotte tout seuls les deux ? Et que deviendra : faire Pâques avant les Rameaux, (faut dire que la fiérote a du bois derrière la grangée).
Bref !
Et faudra-t-il encore longtemps faire ficelle pour plier bagage quand il sera bientôt temps de se rapatrier ?
Nos expressions s’étiolent et disparaissent. Parfois un grand homme se lâche et ses propos abracadabrantesques sauvent un mot qui tombait dans l’oubli.
Heureusement des mots nouveaux surgissent de nulle part et ravitaillent notre vocabulaire.
Ainsi certaines élucubrations nous paraissent « tirées par les cheveux ». C’est que depuis 1636 cette locution désigne cette violence à portée de main et bon marché. Mais on dit plutôt aujourd’hui de ces spéculations qu’elles sont capillotractées.
Le mot prend sa place et peu à peu remplace.
On disait aussi d’un projet anéanti dans l’indifférence : « autant pisser dans un violon ». Il fut un temps où ce verbe était d’une grande vulgarité. Depuis le vieillissement des populations et les gonflements de prostate qui suivent une ligne parallèle, le verbe pisser s’est banalisé H24. Et l’aimable et bucolique locution «pisser dans un violon » est traduite aujourd’hui en « luthomiction ».
On n’arrête pas le progrès.
Et l’Hebdo non plus.