L’invité de la semaine : Christian Ginter

A 68 ans, le jurassien s'est lancé dans une des épreuves les plus difficiles au monde : courir pendant sept jours en autosuffisance en plein désert marocain. Près de 250 kilomètres d'enfer. Pourquoi et comment y consacre t-on 34 ans de sa vie ? Rencontre avec "La légende" du marathon des sables, juste avant son départ pour les dunes de Merzouga.

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Christian Ginter dans l'ascension d'une dune en plein cagnard, dans le désert de Merzouga.

Christian Ginter, pourquoi être reparti cette année encore pour le Marathon des sables ? Surtout après la dernière édition, un chemin de croix que vous avez fini en tongs.
Était ce mon âge ? Ou était-ce la chaleur ? Mon 33e Marathon Des Sables, disputé en octobre 2021 a effectivement été le plus dur que je n’ai jamais connu. Les températures d’abord, avec jusqu’à 58 degrés le jour et 25 degrés la nuit. Tout le monde a également chopé la tourista : on s’était habitué à voir les coureurs faire leurs besoins à 10 mètres du tracé officiel, car dans tous les cas dans un désert plat il n’y a vraiment aucun endroit où se cacher. Sur environ 650 coureurs, près de la moitié ont abandonné alors qu’en temps normal seulement 5 à 10% jettent l’éponge. Chez les plus de 70 ans, tous ont abandonné, sauf une femme… Pour ma part, j’ai fini à 2 kilomètres/heure, sur des béquilles et en tongs, mais j’ai fini !

Est-ce pour ne pas faire mentir ‘La Légende’ que vous avez repris le départ ? C’est ainsi qu’on vous appelle, pourquoi ?
J’ai participé à tous les Marathons depuis leur création, sauf les deux premières éditions que j’ai loupées car je ne le connaissais pas encore. J’en suis donc à ma 34e édition et mon 33e marathon sans abandon. Je suis d’ailleurs devenu ambassadeur de cette épreuve mythique, car les ‘dinosaures’ comme moi se font plus rares. Il reste aussi mon ami Paolo, qui a déjà 33 Marathon des sables a son actif, mais qui a abandonné 6 fois.

A épreuve extrême, sentiments extrêmes. Quels moments les plus forts resteront gravés dans votre mémoire ?
Déjà le grand départ au sein de l’hymne déjanté du Marathon des sables : Highway to hell (Autoroute pour l’enfer) du groupe de hard rock AC/DC. Mais aussi l’arrivée de l’étape XXL de plus de 80 kilomètres, car on sait alors que c’est pratiquement dans la poche, sauf accident. Et bien sûr l’arrivée finale, après environ 250 kilomètres parcourus en 7 jours. La mort d’un des concurrent dans le désert de Merzouga le 2e jour de course l’an dernier, me toucha aussi profondément, car ça aurait pu être chacun d’entre nous.

Comment se déroule une journée type sur le Marathon des sables ?
Le départ s’effectue vers 9h. Avant, je franchissais l’arrivée vers 14h, maintenant c’est plutôt vers 18h…  Nous courons en autosuffisance avec  les fameuses 14000 kcal pour sept jours, c’est à dire qu’il faut porter un sac comprenant notre nourriture et notre paquetage.

La relève semble déjà prête. Votre fils Anthony est lui aussi devenu accro ?
Oui, il a déjà terminé 26e, 24e, 23e, et il vise désormais le top 20 (sur plus de 1.000 coureurs au départ). Nous faisons des entraînements ensemble mais il tient du 15 km/h de moyenne quand je ne suis qu’à 7 km/h. En conditions de course, la moyenne baisse car les appuis dans le sable mou s’avèrent fuyants. Quand il faut monter une dune raide, tu fais un pas mais tu recules de 40 centimètres à chaque enjambée

Quel étaient vos objectifs cette année ?
Tout d’abord finir, ce qui veut dire rentrer dans les temps à chaque étape, y compris l’étape la plus longue, plus de 80 kilomètres. L’an dernier, c’est la première fois que j’ai vu les éliminatoires de près, j’ai failli finir hors chrono à la 3e étape. Ce que j’ai aussi en tête, c’est de moins souffrir que lors de la précédente épreuve…

La rédaction

Les descentes, casse pattes, demandent aussi beaucoup de vigilance à Christian Ginter.