Les factures d’électricité disjonctent

Petites ou grandes, toutes les entreprises risquent un nouveau coup d'assommoir…qui sera répercuté aux consommateurs.

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1000, 1500, 1700 € le mégawattheure (MWh) sur le marché européen : jamais la fée électricité n’aura exigé un tel tribut pour daigner éclairer particuliers ou entreprises. Des chiffres d’autant plus vertigineux si l’on se rappelle qu’il y a un an à peine le même mégawattheure ne coûtait « que » 80 à 100 €… une valeur déjà considérée comme élevée à l’époque. Comment expliquer une telle spéculation ? Par un mode de calcul indexé sur le prix du gaz, qui -on le sait- a littéralement explosé depuis la guerre en Ukraine, et les mesures de rétorsions édictées par l’Europe à l’encontre de l’ogre soviétique. Un mode de calcul (lire encadré) désormais remis en cause, une remise en cause bien tardive puisque depuis des mois, toutes les entreprises d’Europe et de Navarre alertent sur une possible apocalypse énergétique. Parmi les derniers en date, Dominique Schelcher, président du groupe Système U, qui sur BFMTV a lâché : «Les PME et les artisans découvrent l’ampleur de la situation. La facture ne sera peut-être pas multipliée par deux, mais par huit». Et même dix pour des industries très énergivores comme les verreries, qui voient l’énergie représenter 50% de leurs coûts de production…contre 5% il y a quelques mois. Dans le bâtiment aussi, on estime que la maison Europe prend feu. La Fédération nationale du bois (FNB) a ainsi écrit à la Première ministre Élisabeth Borne ces propos : « La spéculation qui gagne le secteur de l’électricité prend une telle ampleur que la continuité de l’activité de nos entreprises n’est plus garantie pour cet hiver et au-delà ». Il faut dire que les PME, contrairement aux grands groupes, n’ont jamais souscrit de couverture contre les hausses énergétiques. C’était jusqu’à présent inutile, et d’ailleurs comment faire lorsqu’on n’a même pas de directeur des achats ?

Le bouclier tarifaire contourné

L’Europe semble enfin bouger pour envisager de désindexer gaz et électricité, mais cela prendra encore beaucoup de temps. Certaines entreprises souhaitent donc un tarif réglementé d’urgence, à l’instar du TaRTAM (tarif réglementé transitoire d’ajustement du marché), qui avait été promulgué lors de la précédente envolée du marché en 2007. Mais pour la majorité d’entre elles, pas de mystère : les hausses de coût énergétiques sont peu ou prou répercutées à leurs clients, qui les répercutent à leurs clients, etc, etc. Même si les particuliers français jouissent du privilège du ‘bouclier tarifaire’ (face aux anglais qui endurent 100% de hausse ou plus du jour au lendemain), ils paieront aussi les pots cassés d’une manière indirecte. Après la société d’abondance, l’heure semble désormais à la société de pénurie. Faudra t-il un jour revenir aux tickets de rationnement ? L’hiver prochain le dira …ou en donnera un aperçu.

La rédaction 

Électricité et gaz : même tarif !

Pourquoi diable l’électricité a-t-elle flambé autant que le gaz ? Pour comprendre, il faut savoir que l’électricité ne peut être stockée : pour ajuster en permanence la production à la demande, il faut faire tourner en dernier recours des centrales à gaz. Avec une règle du « prix marginal » pour équilibrer le marché : c’est le coût de la dernière centrale qui donne le « la ». Une doctrine élaborée par Marcel Boiteux dans les années 1950 qui semble aujourd’hui complètement dépassée…