Le Jura peut-il devenir macron-compatible ?

Il avait recueilli 61,37% des voix au second tour de 2017. Mais n'en a récolté plus que 53,07% lors de ce second tour dans le Jura. L'érosion du vote jurassien en faveur du Président de la République réélu traduit la mouvance d'un nouvel électorat local. Analyse et décryptage à six semaines d'un troisième tour particulièrement indécis.

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Disparités idéologiques

A l’instar de sa victoire nationale (58,54% contre 41,46% pour Marine Le Pen), et contrairement à il y a trois semaines, où il était arrivé deuxième dans le département (24,88% contre 26,29% pour la chef de file du Rassemblement National), Emmanuel Macron est arrivé en tête dans le Jura au soir du second tour de l’élection présidentielle avec 53,07% des suffrages exprimés (68 843 voix) contre 46,93% (60 882 voix) pour sa rivale.
Par ailleurs, on note une abstention de 24,06% (45 868 sur les 190 643 inscrits jurassiens). En légère hausse par rapport aux 21,84% enregistrés lors du premier tour.
10 903 bulletins blancs ont été déposés (5,72%) et 4 147 bulletins se sont avérés nuls (2,18%). Les suffrages exprimés s’élèvent ainsi à 68,05% des inscrits.
L’inversion de la tendance du premier tour, et donc la remontée du président sortant réélu reste cependant à relativiser. Car en 2017, Emmanuel Macron avait recueilli 61,37% des voix au second tour. On peut donc considérer qu’en filigrane des résultats nationaux, l’avance du Président de la République sur ses principaux poursuivants ne cesse de fondre, à chaque scrutin. Pour preuve, Marine Le Pen parvient à totaliser dans le Jura près de 11 000 voix de mieux qu’il y a 5 ans (60 882 en 2022, 49 887 en 2017).
De quoi inciter à un triomphe modeste pour les élus, militants et sympathisants LREM…

 

Fracture territoriale ?

On observe surtout de nombreuses disparités territoriales dans le département.
A l’image des deux France, y aurait-il deux Jura ?
Des différences qui s’expliquent essentiellement par de multiples et fluctuants critères géographiques, démographiques, économiques, idéologiques et même souvent sociologiques.
Ironie du sort, c’est en Bresse jurassienne, sur les terres de la seule parlementaire LREM jurassienne Danièle Brulebois, que le score du Rassemblement National reste le plus spectaculaire. Notamment à Chaussin (58,96%), Rye (62,62%), Neublans-Abergement (60,62%) ou encore La Chapelle-Voland (62,54%). Entre autres.
Également en périphérie doloise avec Saint-Aubin (56,12%), Tavaux (56,52%), ou l’habituel fief communiste de Damparis (58,96%), qui pour le coup, s’est vu passer d’un extrême à l’autre.
Le Jura Nord s’inscrit dans une situation similaire avec de solides points d’ancrage du vote nationaliste (Orchamps : 59,04%, Ranchot : 61,72%).
Naturellement, au vu de la sociologie de son électorat, c’est dans les villes et les bourgs qu’Emmanuel Macron fait le plein. (Dole : 59,54%, Lons : 63,39%, Saint-Claude : 58,68%, Champagnole : 54,22%, Poligny : 66,57%, Arbois : 63,85%, Les Rousses : 61,59%)
De quoi souligner encore un peu plus le clivage entre urbains et ruraux ou progressistes et conservateurs qui s’illustre ici parfaitement, même à l’échantillon ultra-local…
Enfin pour l’anecdote, on retiendra qu’avec 50,13% (24 041 voix), contre 49,87% (23 912) pour Marine Le Pen, le chef de l’État a failli perdre la troisième circonscription.
C’est dire quant à la volatilité de l’électorat. Par conséquent, les élections législatives s’annoncent plus ouvertes que jamais pour succéder à l’indéboulonnable Jean-Marie Sermier.

Déjà vers le troisième tour…

De nombreux sondages ont été révélés dès le début de semaine dernière quant à ce fameux troisième tour qui d’ores et déjà, s’annonce tonitruant.
A l’heure où nous écrivions ces lignes, Marine Le Pen réunissait le plus de soutien pour le poste de Premier ministre, avec 46%, talonnée par Jean-Luc Mélenchon (44%). Suit derrière Valérie Pécresse avec un famélique 8% !
Selon un sondage Opinionway pour Cnews et Europe 1, 63% des personnes interrogées souhaitent qu’Emmanuel Macron « ne dispose pas d’une majorité et soit contraint à une cohabitation », contre 35% qui veulent qu’il « dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale et puisse mener sa politique ». 2% ne se prononcent pas.
Selon une autre enquête Ipsos Sopra-Steria pour France TV, Le Parisien et Radio France, 56% des enquêtés souhaitent qu’Emmanuel Macron perde les législatives, contre 20% qui veulent qu’il obtienne une majorité « pour appliquer son programme » et 24% qui jugent préférable que « par cohérence » il obtienne une majorité pour « éviter une cohabitation ».
Nouveauté notable, toujours selon cette enquête Ipsos Sopra-Steria, 57% des personnes interrogées (26% tout à fait et 31% plutôt) souhaitent que les partis de gauche (LFI, EELV, PCF et PS) forment une alliance et présentent des candidats communs. Ils sont même 93% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 85% de ceux de Yannick Jadot à émettre ce souhait.
Par ailleurs, 35% des sondés veulent une alliance entre le RN et le parti d’Éric Zemmour Reconquête!. Cette approbation monte à 70% chez les électeurs de Marine Le Pen et à 93% des électeurs d’Eric Zemmour.
C’est oublier un peu vite, que rassembler ce qui est épars n’est pas donné à tout le monde…