Le combat d’une PME dans une situation inédite

Hausse des intrants ou des matières premières, hausse des coûts du transport, difficultés de recrutement : les PME de Franche-Comté ne sont pas à la fête ! Témoignage de l’une d’elle, en relation avec une étude sur les ravages des cartels en France.

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”70 à 100% de hausse sur les intrants » : depuis septembre 2021 environ, une entreprise du haut-Jura opérant dans le secteur de la plasturgie subit de plein fouet l’impact de l’inflation sur ses matières premières. Préférant préserver son anonymat, elle dénonce le chœur des prétextes où tout est bon pour justifier d’une augmentation des prix : un vague de froid au Texas, des usines qui s’arrêtent, etc. Ou plutôt « une forme de spéculation : pendant le Covid certains grands groupes n’ont pas vendu ce qu’ils auraient dû vendre, et on à l’impression de participer à un phénomène de rattrapage » confie sa dirigeante. « Nous avons été obligés de répercuter une fois, deux fois, trois fois, quatre fois ces hausses, mais il risque désormais d’y avoir un tassement de la demande, et une baisse d’activité pour tout le monde. Car à la fin, il y aura le client qui n’achète plus ou moins en magasin ». Une baisse de la consommation qui sera donc le pendant de l’inflation actuelle et à venir. « On a connu des coups de chaud sur les matières premières, mais une hausse aussi forte qui n’en finit pas, c’est inédit » ressent-elle. Même les matières recyclées ont flambé, car faute de pouvoir s’approvisionner en neuf, certains industriels se sont tournés vers d’autres canaux d’approvisionnement. A cela s’ajoutent les coûts de transport, eux aussi dans le rouge, avec certaines particularités locales. Ainsi l’enclavement du Haut-Jura a conduit à une raréfaction de l’offre des transporteurs, qui préfèrent grouper leurs rotations, et qui se sont aussi concentrés pour grossir.

Exit investissements et embauches

Pour parachever ce tableau peu réjouissant, cette dirigeante de PME s’exclame : « On voulait recruter, mais on ne trouve personne ! Des intérimaires nous ont par exemple dit qu’ils préféraient rester sous ce statut. Heureusement nous disposons d’un personnel fidèle -intéressé aux bénéfices- et polyvalent. Par ailleurs nous avions modernisé l’outil de production en le robotisant ». Une robotisation qui devrait logiquement encore croître face à ces pénuries de main d’œuvre… Mais l’heure n’est plus aux investissements : pas question d’investir en pleine tempête, et plus question non plus d’embaucher, même en intérim. En revanche, il a fallu arrêter certaines presses très énergivores en hiver, car « on bénéficie du tarif été/hiver » confie-t-elle. La dynamique PME joue sur tous les tableaux pour s’en sortir, et ne s’estime pas menacée par le contexte, mais espère bien évidemment des jours meilleurs, comme nombres d’acteurs économiques jurassiens, moins solides que les groupes internationaux.

La rédaction

Et les cartels dans tout cela ?

Une étude récente * de Flavien Moreau et Ludovic Panon lance un pavé dans la mare. Si tout flambe pour la majorité des entreprises, d’autres s’en mettraient plein les poches. Des entreprises bien françaises formant des cartels aussi discrets qu’informels, mais dont les effets délétères pèsent sur notre économie. Les auteurs de cette étude avancent en effet : « Nous fournissons des preuves systématiques sur les caractéristiques des cartels, en utilisant de nouvelles données sur des dossiers instruits par l’Autorité de la concurrence. Ces pratiques sont largement réparties dans tous les secteurs, et les membres du cartel figurent généralement parmi les premières entreprises dans leurs secteurs d’activité. Casser des cartels français augmenterait la productivité globale de 2%, le bien-être de 3,5 % ». Des chiffres sur lesquels nous reviendrons…

* « Macroeconomic Effects of Market Structure Distortions » du 25 avril 2022.