L’aventure sous terre avec le Spéléo-Club Lédonien

Une des particularités du Jura est qu’il possède un sol extrêmement riche en calcaire. C’est grâce à cette géologie combinée à l’action de l’eau qu’un grand nombre de cavités, grottes et gouffres se sont créés au fil du temps. C’est pour trouver l’aventure sous terre qu’un grand nombre de spéléologues amateurs se lancent dans la découverte de ce monde souterrain. Anne Gavand, présidente du Spéléo-Club Lédonien nous parle de sa passion et nous fait découvrir les plus belles cavités jurassiennes comme la borne aux Cassots, la grotte de la Balerne, ou la grotte de la Doye.

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Le Spéleo-Club Lédonien. (photo S.C.L.).

Pourriez-vous présenter votre club ? Quelles activités recouvrent la spéléologie ? Le club a été fondé en 1995, il s’est constitué autour de spéléologues souhaitant promouvoir les techniques modernes de progression sous terre, la formation et la découverte des aspects scientifiques. Nous avons une quinzaine d’adhérents dont 3 initiateurs spéléo. 1/3 des membres sont des femmes, ce qui est peu courant.
La spéléologie est une activité pluridisciplinaire qui peut être à la fois sportive et technique, qui allie à la fois l’exploration et la découverte des grottes et cavités. Il y a aussi la spéléologie scientifique elle-même subdivisée en spéléologie physique, en biospéléologie et en en archéologie souterraine. Alors que l’alpinisme tend à devenir un sport de compétition, la spéléologie conduit à mieux connaître plusieurs aspects scientifiques du monde souterrain.

Arabesque-géologique (photo S.CL.).

Comment avez-vous découvert la spéléologie ?
J’ai découvert la spéléo étant enfant. J’étais interne, et tous les ans, on nous montrait un reportage sur la spéléologie sur grand écran au cinéma. De plus, je suis d’origine agricole, et quand on passait à certains endroits avec les engins, on nous disait : « attention, là, il n’ya plus de terre et un trou dessous », ce qui m’intriguait beaucoup. Plus tard, une de mes filles qui avait 8 ou 9 ans a voulu commencer la spéléologie, il faut dire que mon frère la pratiquait. Je m’y suis donc intéressée et j’ai aussitôt apprécié. On m’a alors conseillé de me rapprocher du Spéléo-Club Lédonien, ce que j’ai fait. Je n’ai dès lors plus quitté ce club.

La magie de l’eau (photo S.C.L.).

Est-ce une activité dangereuse ? Comment peut- on éviter les accidents ?
On entend souvent parler dans les médias de la spéléologie quand il y a un accident de personne coincées dans une grotte et qu’il faut aller chercher. Il est vrai qu’un simple incident quand il se passe à la surface, comme une cheville foulée par exemple, prend une autre dimension quand cela se passe sous terre. Ce sont des secours spécialisés qui sont mis en œuvre. Mais, on ne peut pas dire que c’est une activité dangereuse quand elle est pratiquée dans de bonnes conditions comme nous la pratiquons nous, selon les normes de la fédération.
Il faut sans arrêt améliorer la technique et la formation. La règle est de ne jamais partir seul mais à quatre. En cas d’incident, une personne reste avec celle qui est blessée, et les deux autres remontent pour donner l’alerte. De plus, quand on fait une sortie, il y toujours quelqu’un qui sait où on est, et à l’heure à laquelle on doit sortir. Donc, on ne peut pas la considérer comme une activité dangereuse si on respecte les règles.
Elle requiert une bonne consistance physique, mais on va adapter les qualités de chacun. Tout dépend de ce qu’on recherche. Ce peut être un challenge pour certains qui vont essayer de descendre le plus profond possible, mais pour beaucoup, c’est la connaissance de l’environnement et le plaisir de la découverte.

Les variations du blanc sous terre (photo S.C.L.)

Est-ce une discipline pour tous les âges ?
Les cavités sont classées en fonction des difficultés pour permettre à ce que les gens se situent par rapport à leur âge, leur forme physique et leur degré de formation. On peut commencer vers 11 ou 12 ans et il n’y a pas d’âge limite. Un de nos membres est âgé de plus de 70 ans et pratique toujours. C’est la santé et les articulations qui limitent. Mais, on fait en fonction des ses capacités. De toute façon, c’est une activité qu’on ne fait pas seul et sans formation.
Pour les moins alertes, il y a tout un travail de topographie à mettre à jour et des consultations d’historique. Aller découvrir est le plus passionnant, mais il y a tout un travail de transcription. La topo permet de savoir ce qui a été fait et ce qui reste à faire et surtout de se diriger.

(photo S.C.L.).

Reste t-il des grottes à découvrir ?
Il reste beaucoup de cavités inexplorées, on peut estimer que nous n’en connaissons qu’entre 30 ou 40%, ce qui laisse de la marge. Par exemple, la borne aux Cassots qui est située entre Nevy-sur- Seille et Blois-sur- Seille est la plus grande cavité du Jura et a déjà 19,5 km de répertoriés. Elle a été découverte il y a plus de 50 ans et on est loin d’avoir été au bout des nombreuses galeries qui restent à découvrir. On va toujours plus loin car on sait qu’elle a des connections avec le plateau.
Nous somme dans une zone Karstique qui est typique de l’Ère jurassique et qui laisse penser qu’il y a des cavités à certains endroits. Ce sont surtout des effondrements qui donnent des indications sur l’existence d’une cavité. On travaille en ce moment sur Malchefroid à Macornay dont on connaît mal le réseau. On sait où ça sort, mais on ne connaît pas tous les passages. Il reste aussi des découvertes au niveau de la connaissance de la biospéléo et surtout de l’hydrologie. L’eau devenant un problème de plus en plus crucial, on s’aperçoit qu’y a des zones d’étiage qu’on n’a jamais vues avec des niveaux très bas. Les montées d’eau se font de plus en plus brutales è cause des orages. Il y a un déséquilibre manifeste entre les pompes qui s’amorcent et se désamorcent.

(photo S.C.L.).

Est-ce une activité touristique qui est bien exploitée ?
Il est difficile de répondre à cette question. Par exemple pour la borne aux Cassots, l’accès est facile mais il y a un risque au niveau touristique car elle est soumise à une autorisation administrative pour limiter les risques d’accident. De plus, une cavité trop fréquentée réchauffe l’air ambiant, il faut mettre en place des éclairages, ce qui perturbe l’écosystème. Il faut aussi que la cavité présente un intérêt particulier et le Jura est déjà bien pourvu en grottes que l’on peut visiter. L’accès aux cavités est réglementé, pour certaines où il faut une autorisation, mais pour d’autres, elle ne l’est pas. Par exemple, quand les sources de l’Ain étaient pratiquement à sec, on a rencontré des gens qui s’étaient enfoncés assez profondément avec seulement un téléphone portable pour s’éclairer, ce qui est de la folie.

(photo S.C.L.).

On fait beaucoup d’expérience de confinement dans les grottes, qu’en pensez- vous ?
On fait beaucoup de recherches sur l’importance que peut avoir la lumière naturelle. Et c’est là que l’on voit qu’on a besoin du soleil par rapport à la vitamine D par exemple. Il n’y a pas cette notion de lumière dans l’environnement souterrain, d’où cette absence de repère d’heure et du temps qui s’écoule autrement. Seule l’horloge biologique, la notion de faim par exemple peut nous ramener à la réalité.
Avec le système de batterie performante, on peut rester jusqu’à 24 à 36 h sous terre. Cela parait long, mais on ne se rend pas compte, on est un peu en dehors du temps. En moyenne, une petite sortie, c’est 4h00, une conséquente, c’est 8 à 10h00. Il faut quand même que le corps soit habitué avec un taux d’humidité qui avoisine 90% et une température entre 6 et 10 degrés. C’est un entrainement d’être sous terre, une habitude au milieu, et un environnement à appréhender. On fait en moyenne entre 25 et 30 sorties par an. Il n’y pas de saisonnalité, on est au frais l’été et au chaud l’hiver. Seuls les problèmes d’eau et de précipitations peuvent limiter l’accès aux cavités.

(photo S.C.L.).

De toute votre expérience, quelle a été est la plus dure ?
Il y a plusieurs fois, ou j’ai eu du mal à sortir de certaines cavités, mais, je considère que si on a pu entrer, on peut en sortir. Mais, par contre, il m’est arrivé une fois, on était dans les Causses, où il y avait un trou où je ne me sentais pas à l’aise. Une fois entrée, je n’ai pas pu aller plus loin. Ce sentiment est arrivé à tout spéléologue après un certain nombre d’année de pratique. Quand ça vous arrive, on comprend ce que certains vous ont décrit. On a le sentiment qu’on n’y arrive pas, on ne « sent pas l’endroit », c’est une sorte de pressentiment. Le fait qu’on soit à plusieurs, fait que, soit on vous aide à passer, soit on fait demi tour. Faire demi- tour n’est pas une honte, tout le monde avance et on ne laisse jamais quelqu’un en rade. Il n’y a aucun esprit de compétition. L’esprit est qu’on se met toujours à la portée du plus faible du groupe. La sécurité passe avant tout.

Millefeuilles de marnes (photo S.C.L.).

Quel est votre plus beau souvenir ?
Il y en a tellement qu’il est difficile d’en évoquer un seul. Quand on rentre dans certaines cavité, on est « scotché », on s’arrête et on regarde, c’est un tableau que l’on ne voit pas à l’extérieur et qui est de toute beauté. On est dans un monde entièrement différent « on pose ses valises, on oublie ses soucis », il n’y a pas de lumière, à part la nôtre, on a les bruits de la terre, l’eau, qui coule, la terre qui respire. Il n’y a pas de bruits parasites. On est dans un environnement où on se sent protégé, on est enveloppé par la terre, il n’y a aucun sentiment d’enfermement car il a des passages très étroits mais aussi des endroits extrêmement vastes où tiendrait un immeuble de 3 étages. Il y a aussi le plaisir de la découverte, le désir de chercher. La notion de temps est abolie, on a l’impression que le temps se déroule autrement, impression due au manque de lumière.

Anne Gavand, présidente du S.C.L.

 Le Jura est-elle une région spécifique, comment se différencie t-elle ?
Les cavités du Jura sont spécifiques. La constitution des roches dans le Jura est le fait d’un massif ancien qui a été assez fracturé. Au niveau du département, on a des cavités qui contrairement au Doubs ou à l’Ain qui ont des cavités beaucoup plus grandes, sont par contre plus nombreuses. On estime à plus de 20 000 le nombre de cavités dans tout le massif du Jura. C’est pour cela que nous sommes amenés à faire quelques expéditions hors Jura, par exemple en Ardèche où les cavités sont beaucoup plus grandes et « confortables et touristiques » avec des températures et des paysages différents.

(photo S.C.L.).

Cette activité nécessite t-elle un matériel conséquent ?
Pour ceux qui débutent, nous fournissons le matériel, et petit à petit, pour ceux qui veulent continuer, ils acquièrent le matériel qui se compose de 2 parties, l’habillement et le matériel technique qui a une durée de vie qui dépend de la fréquence et du degré de difficulté des cavités. Il est vrai que l’investissement est conséquent. Un équipement complet dépasse largement les 500 euros, mais on peut le comparer à d’autres activités comme le vélo par exemple qui est beaucoup plus cher. Ce qui peut coûter beaucoup plus est la lumière. Ce sont des éclairages spécifiques qui vont de 200 à 1000 euros. Mais si on en prend soin, la durée de vie est conséquente.
Le club s’applique à promouvoir les aspects formation par l’implication de deux de ses membres dans les stages organisés au niveau régional ou national mais aussi par l’initiation en mur d’escalade, sur falaises en bonne saison ou en contexte souterrain dans des gouffres-école.

(photo S.C.L.).

Est-ce que l’activité de l’homme est visible sous terre ?
Ii existe une faune dans le monde souterrain, il y une biospéléologie, hors les chauves souris qu’on commence à connaître, c’est une vie souterraine très riche. On trouve aussi des aussi des traces d’habitat ou de sépultures, mais ce sont les archéologues qui sont appelés pour les étudier. On voit aussi malheureusement des traces de la vie humaine de l’extérieur. Quand on jette quelque chose sur terre, cela finit dessous. Il faut avoir conscience que le quartz ne filtre pas. Sous terre on voit les effets de la pollution. Il est vrai que les choses se sont améliorées par rapport à une époque où on jetait les cadavres d’animaux dans les puits ou dans les rivières. Plus on connait notre milieu et plus on le protège. Avant on se servait des pertes comme dépotoir. La connaissance du monde souterrain sert à tout le monde, une fois qu’on connait où sont les passages d’eau, où sont les équilibres, cela contribue à la connaissance générale.

(photo S.C.L.).

Un mot supplémentaire pour inciter le lecteur à essayer la spéléologie ? Peut-on pratiquer hors d’un club ?
Pour les gens qui nous sollicitent, nous organisons des sorties, pour qu’ils prennent conscience si c’est quelque chose qui peut leur correspondre. Il y a un environnement à amadouer et nous faisons des sorties découverte dans ce sens. Ensuite, les gens commencent à apprendre par des cavités qui peuvent s’appréhender sans compétences particulières. Pour ceux qui se sentent à l’aise, on augmente la difficulté tout en lui faisant apprendre la technique à l’extérieur. Tout le monde n’est pas à l’aise sous terre. Il y a un cheminement à faire pour que les gens soient le plus serein possible et surtout prennent plaisir.
Je dirais tout simplement aux futurs amateurs : « viens découvrir un monde que tu ne connais pas, des bruits, une vie que tu vas appréhender dans un monde que tu as sous les pieds. Ce sera une découverte ou chacun voit les choses différemment ».

(photo S.C.L.).

Spéléo-Club Lédonien
Speleoclubledonien.net